Le Post-Brexit: entre doutes et espoirs

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par Alexis CUDEY

Ça y est : après plus de 45 ans d’une idylle tumultueuse, le Royaume-Uni et l’ Union européenne consacrent le divorce. C’est une nouvelle ère qui s’ouvre pour le Royaume-Uni après sa sortie du marché unique européen jeudi 31 décembre à minuit. Mais qu’est-ce que ça change vraiment ?

Après 10 mois de longues négociations, un accord de 1246 pages a finalement été signé in extremis la veille de Noël: le Royaume-Uni cessera au 1er janvier d’ appliquer toute règle européenne. « Un moment historique » s’est félicité Boris Johnson pour qualifier cet accord, qui a eu la peau de trois premier ministres depuis son vote en juin 2016 ( approuvé à 51,9%). Néanmoins, face à cet optimisme britannique, le flou demeure. 

I want my tariffs back’

Cette rupture est toutefois rendu moins délicate par un accord de libre-échange signé entre les deux parties. En effet, le Royaume-Uni et l’ Union européenne entretiennent des échanges commerciaux de l’ordre de 700 milliards chaque année. L’enjeu était donc de taille ! Cet accord permet ainsi à au premier ministre Boris Johnson de ne pas perdre la face, en offrant aux britanniques l’accès à un marché européen fort de 450 millions de consommateurs. En d’autres termes, les douanes sont de retour, mais par les droits de douanes ! 

En effet, le passage à la frontière obligera ainsi la déclaration préalable d’ exportation (pour les entreprises exportatrices) et d’importation ( pour les entreprise achetant). En outre, les entreprises britanniques se soumettront à des inspections sanitaires pour pouvoir exporter à travers la Manche. Plus anecdotique, il faudra un titre de séjour pour s’établir de l’autre côté de la Manche. Un certificat sanitaire spécifique sera aussi obligatoire pour les produits alimentaires et pour les animaux de compagnies transitant vers l’ Union européenne. 

De plus, le Royaume-Uni devra repenser sa place dans le concert des Nations. Londres compte pour ce faire entretenir des liens plus significatifs avec le Commonwealth, et opter pour une posture plus atlantiste, et devrait resserrer ses liens avec les États-Unis. Et la City, autrefois coeur financier de l’ Europe, devra faire des concessions  pour fonctionner dans le marché unique européen.  

Une de composantes de cet accord est la fin du programme Erasmus, que Boris Johnson jurait de ne pas quitter il y a encore un an. Son abandon est controversé, mais le gouvernement promet un programme moins couteux, le programme Turing, pour établir son propre réseau de partenariat. En vérité, la balle est au centre. En effet, les universités britanniques étaient en général très prisées par les étudiants européens. De leur côté, les britanniques n’auront plus cet accès facilité aux universités les plus prestigieuses du continent.  

Une « bataille navale » pour la pêche

Durant plusieurs semaines, la pêche a constitué l’une des pommes de discorde les plus centrales de cet accord post-brexit. Le sujet de la pêche a en effet mobilisé tous les esprits jusqu’aux derniers instants des négociations. Désormais, les pêcheurs européens n’auront plus un accès de droit aux eaux britanniques, et devront se doter d’ autorisations pour s’y rendre. Mais cette demande pèsera nécessairement sur l’activité de la pêche et devrait de fait générer des pertes de chiffres d’affaire. 

Cet accord a l’arraché semble toutefois décevoir les britanniques qui envisageaient une plus grande souveraineté, tandis que les Français semblent plutôt soulagés. Cet accord commercial contraint ainsi les Européens à renoncer à 1/4 des eaux britanniques, ce qui est sans commune mesure avec les 80 % exigées par Londres. Mais Michel Barnier, négociateur du Brexit, l’affirme, l’ Union européenne « sera aux côtés des pêcheurs européens ». 

Une souveraineté retrouvée mais des incertitudes

L’ Écosse reste la grande insatisfaite de cet accord. Son attachement à l’Europe reste fort, et le peuple écossais n’avait pas voté le Leave en 2016. L’ Écosse, « européenne avant d’être britannique » selon le chef de file des indépendantistes écossais Ian Blackford, semble être la grande perdante du deal. Que ce soit au Parlement européen ou à Westminster, les prises de position en faveur  de l’ indépendance de l’ Écosse pullulent afin de ne plus subir les choix de Londres. Certains y pensent, d’autres le prônent. Après 5 ans de revirement, l’ indépendance de l’ Écosse conspuera peut-être un nouvel épisode de cette saga Brexit. 

Alexis CUDEY

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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