Quai Perrière, la Little Italy grenobloise

Crédit: http://lesphotosdepatrice.blogspot.fr/
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Sur la rive droite de l’Isère, le quai Perrière abrite un nombre impressionnant de restaurants italiens, dans un décor typique. Cette rue, incontournable dans le paysage grenoblois, a toutefois mauvaise réputation, en raison d’un passé tumultueux.

Lorsque l’on débarque sur la rive droite de Grenoble, depuis le pont Saint-Laurent, c’est Le Petit Rocher qui ouvre le bal. Avec sa façade noire sans fioriture, l’établissement est le premier de la longue série des restaurants italiens du quai Perrière. C’est un petit quartier que l’on croirait sorti de l’autre côté des Alpes, avec ses immeubles aux façades multicolores, et, donc, ces restaurants, qui déploient leurs terrasses sur les bords de l’Isère. Une tradition installée depuis les années 1960, qui est devenue une véritable institution dans la cité dauphinoise. Mais, avec un restaurant italien tous les 15 mètres environ sur les 330 mètres du quai Perrière, on pourrait se dire que le client a l’embarras du choix.

Pour Gilles Ramon, propriétaire des 4 saisons depuis 1992, et de La Felicita depuis trois ans et demi, ce n’est pourtant pas un désavantage d’être noyé dans la masse. « Le monde appelle le monde, surtout l’été », affirme-t-il. « C’est sûr que l’hiver, on bosse moins, et il faut se faire sa clientèle ». Sa clientèle, Mehmet Serefoglu, propriétaire du Casanova depuis 2000, en est fier : « On a quelques clients qui viennent toujours chez nous, jamais chez les autres », se réjouit-il. « Mais on a quand même de très bons rapports avec nos concurrents. On se connait tous, et on s’entraide. Quelques fois, si j’ai besoin de farine, je vais en chercher chez le voisin ».

  • Le fantasme de la mafia

Mais, au-delà de ce sentiment de camaraderie, les commerçants du quai Perrière sont souvent associés, dans l’imaginaire collectif grenoblois, à la mafia italienne. Lorsque l’on effectue une recherche sur Google en entrant les mots « pizzeria Grenoble », la première réponse proposée par le moteur de recherche est le mot « blanchiment ». Cela étonne Sébastian Roche, directeur de recherche au CNRS, enseignant à l’IEP de Grenoble et spécialisé en criminologie. « Lorsque l’on a fait en enquête en 1986, on a constaté que certaines personnes voyaient les quais comme un quartier dangereux. Mais c’était en majorité des personnes de plus de 50 ans, qui avaient connu l’âge d’or de la mafia à Grenoble dans les années 1950-1960 ».

Installés sur des anciens quartiers populaires, ces restaurants ont eu la réputation d’être des véritables usines de blanchiment d’argent issu du commerce de prostitution, trafic de stupéfiants et racket. Arrêté en décembre 1993 à Bruxelles, Giacomo Pagano, considéré comme un membre actif de la Causa Nostra, était considéré comme un simple anonyme à Grenoble, où il occupait un poste de chauffeur d’une entreprise de déménagement.

Pour Gilles Ramon, désabusé à l’évocation du crime organisé sicilien, « ce quartier a toujours été attribué à la mafia italienne. Mais c’est un mythe. Moi ça fait plus de vingt ans que je suis ici, et je ne me suis jamais occupé de ça. Et puis, si c’était vrai, tous les gens ici seraient en taule, non ».

Thomas Coignac

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Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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