Des sardines en lutte

Premier rassemblement des Sardines à Bologne avec la pancarte « #Bologne ne mort pas à l’hameçon »

Le 14 novembre dernier, à Bologne en Emilie-Romagne, environ 15 000 personnes se réunissaient dans la rue créant le mouvement des « sardines ». Ce rassemblement était fait en marge d’un congrès politique organisé par Matteo Salvini, à la tête de la « Lega » et ancien ministre de l’intérieur, en vue des élections régionales qui auront lieu dans les mois à venir (en Italie, les élections régionales ne sont pas toute en même temps) . La région voisine de l’Ombrie, qui était à gauche depuis plus de 50 ans, a connu une victoire inattendue de la Ligue de Salvini. La réaction à Bologne ne s’est pas fait attendre, par peur de voir la région tomber dans le piège du populisme. Les sardines étaient alors nées d’une idée : lutter contre la démagogie du mouvement d’extrême-droite. 

Pourquoi les sardines ? La professeure d’italien de l’IEP, Triscia Biagiotti nous explique que les sardines sont « petites, mais réunies en banc, elles sont puissantes ». C’est le but des ces manifestations, montrer que tous ensemble, les manifestant.e.s peuvent créer un mouvement de grande ampleur et prouver que l’Italie n’est pas à la merci de Salvini et de son parti. Une idée anime donc le pays : la lutte antifasciste et contre une politique que beaucoup ne supporte plus. Le mouvement souhaite ouvrir la voie à une politique alternative, s’échapper d’un populisme qui fatigue une partie des Italiens. 

C’est seulement deux semaines après Bologne, qu’à Florence, presque 40 000 personnes se réunissent contre l’extrême droite et le populisme. Le deuxième événement du mouvement avait réussi à réunir encore plus de personnes qu’espérer. La Toscane et l’Emilie-Romagne, connues pour leur position politique historiquement à gauche, n’ont pas manqué donc de montrer leur mécontentement. Les deux fiefs des régions qui vont voter au printemps 2020, ont mis en avant des régions qui étaient prêtes à se mobiliser, pour éviter de perdre une identité politique les définissant depuis la seconde guerre mondiale. Bologne et Florence, ne sont pas les seules concernées : tout comme à Turin ou encore à Naples, la place San-Giovanni de Rome a, quelques jours plus tard, été envahit de « sardines », il semble que le mouvement ne fasse que gagner de l’ampleur. 

Cette ampleur, elle est dû à la facilité et spontanéité du mouvement. Chaque rassemblement est créé dans plusieurs villes suite à la création d’une page Facebook et la publication d’un événement avec une place où les sardines doivent se retrouver. Il y a une manière de manifester qui s’inscrit dans l’air de son temps, mais ce mouvement n’a donc pas vraiment de « tête ». Il n’y a plus d’appels de syndicat ou de parties, peu de reprises politiques des événements. C’est avant tout populaire et spontané.

Le mouvement devient cependant plus complexe et ambiguë quand on s’intéresse à son rapport avec la politique. Même si l’on connait ces fondateurs et que ces derniers n’hésitent pas à prendre la parole, il n’y a pas de ligne claire. Le seul but est de montrer un mécontentement de la population. Le mouvement se veut apolitique, un des mots d’ordre étant « pas de symboles politiques », tout en cherchant à créer un réveil des consciences politiques contre la Ligue. Cette ambiguïté, selon Triscia Biagiotti peut poser des questions sur l’évolution du mouvement, où est-ce que ce dernier va mener ? Comment va-t-il évoluer dans les mois à venir ? Ce qui est sûr, c’est que le mouvement grandit, et même s’il est de manière générale plutôt bien perçu, nous pouvons nous attendre à voir une vraie division nationale autour de cette lutte contre un populisme qui a tout de même du succès dans le pays. 

 

Valentin Fabre

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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