Deux étudiantes de Sciences Po aux portes du MIT

Le Cheveu sur la langue est allé à la rencontre de Nina Youssoufou et Aline Morestin toutes les deux en 2nd année de Master TSD (Techniques, Sciences et Décisions) et impliquées depuis un an maintenant dans un projet qui les mène du 31 Octobre au 5 Novembre à Boston et plus précisément au très célèbre Massachusetts Institut of Technology (MIT) où elles auront à présenter leur travail pour l’International Genetically Engineered Machine Competition (iGEM). L’objectif de ce concours, est de mettre au point des dispositifs visant à répondre à des problématiques publiques (santé, environnement, urbanisme,…).

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Nina Youssoufou et Aline Morestin

C’est autour d’un café que nous avons eu l’occasion de discuter avec Nina et Aline, le moment est décontracté mais les deux étudiantes sont encore en plein rush pour la finition du projet auquel elles ont consacré un temps considérable, sacrifiant leur été et ne comptant pas leurs heures.

Parlons de ce fameux projet justement, une larme, tout part de là, que renferme-t-elle qui pourrait intéresser la science ? C’est autour de cette question que le projet s’est développé.

L’équipe NeuroDrop (nom du projet) a mis au point après de longs mois de travail un système de reconnaissance précoce de la maladie de Parkinson via l’étude des larmes. Ce test, fait de manière préventive lorsque les premiers symptômes très banals se mettent à apparaître, permet de détecter les prémices de la maladie (avant que les symptômes reconnaissables n’émergent tels que les tremblements ou des difficultés de mouvements).

Ce projet répond à un vrai problème de santé public à échelle mondiale, la maladie est diagnostiquée chez plus de 300 000 personnes chaque année mais ce diagnostic ne peut être posé que lorsque les symptômes évidents se manifestent, à ce moment-là il est souvent trop tard car 60% à 80% des cellules nerveuses de la substance noire du cerveau sont déjà détruits (zone du cerveau secrétant la dopamine, neurotransmetteur permettant de réguler les mouvements). À l’heure actuelle il n’existe aucun test biologique pour diagnostiquer la maladie de Parkinson et la maladie d’Alzheimer, les deux maladies neurodégénératives les plus répandues au monde.

Ce projet est d’abord un défi technique majeur, nécessitant un investissement fort et une rigueur de travail considérable. Mais c’est aussi une grande expérience sur le plan humain, car elles ont fait équipe durant un an avec de nombreux autres étudiant.es issu.es de différentes filières ; 6 biologistes venant de l’UGA et 5 ingénieurs d’INP. Une cohabitation qui n’a pas toujours été facile face à des charges de travail différentes et des rythmes et périodes d’activités désynchronisés.

Et puis il y a les stéréotypes et préjugés pas toujours faciles à dépasser, c’est dur d’harmoniser une équipe dans laquelle les sciences po « blablatent », les biologistes sont « trop stressés » et les ingénieurs « peu portés sur la communication ». Des à priori qui sont autant d’embûches à l’organisation de l’équipe, ces disparités de points de vue, de méthodes de travail ou de manières de communiquer ont été compliquées à appréhender pour chacun.e des étudiant.es mais au final cet agrégat fut nécessaire pour le développement d’un projet équilibré et viable.

Si Nina et Aline ont eu du mal dans un premier temps à trouver leur place, il ne leur a pas fallu longtemps pour saisir l’importance du rôle qu’elles eurent à jouer. Alors que biologistes et ingénieurs s’épuisaient au laboratoire entre hypothèses, expériences, résultats infructueux et arrachage de cheveux, nos deux sciences-pistes écumaient les questions de droit, d’éthique, de viabilité économique du projet, s’interrogeaient sur la distribution, l’utilisation et la réception du sujet de recherche par le public.

Car là est aussi l’enjeu de ce concours, il ne s’agit pas seulement de créer quelque chose, d’inventer un objet ayant pour finalité sa propre existence mais de s’interroger sur sa propension à être diffuser dans la société que ce soit dans l’espace public ou privé. Quelles possibilités d’utilisations du système à l’hôpital par exemple ? C’est le pôle Human Practices du projet.

Comme elles nous l’ont expliqué c’est la pluridisciplinarité qui fait l’attrait de ce programme, c’est ce qui a mis en valeur leurs compétences et capacités à mobiliser des sujets, cadrer les enjeux et problématiques de l’étude mais aussi rencontrer des professionnels de milieux très spécifiques tels qu’Anne-Marie Benoît en droit de la santé et Thierry Bontems en pilotage de projet, tous les deux chercheurs au laboratoire Pacte.

Outre donc cet immense travail de documentation et de recherches, elles ont eu l’opportunité de se rendre aux Pays-Bas pour y rencontrer à Amsterdam un ancien biologiste, et aujourd’hui artiste à plein temps. Maurice Mikkers est le créateur du projet photo Imaginarium of Tears dans lequel, vous l’aurez compris, la larme est l’objet central et plus particulièrement la larme vue au travers d’un microscope. Le partenariat mis en place permet de proposer un angle différent de la larme, lui donner encore un peu plus de relief au sein d’un travail qui cherche à se l’approprier totalement.

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Maurice Mikkers à droite

 

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une larme vue au microscope

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si vous avez été inspiré par ce projet, sachez que l’édition 2020 ouvre en janvier et que vous pouvez postuler dès le 1er novembre, envoyez votre CV et une lettre de motivation à l’adresse mail suivante : Igemgrenoble2019@gmail.com.

Le Cheveu garde un œil sur le déroulement du concours, de votre côté n’hésitez pas à vous rendre sur le site internet du projet https://2019.igem.org/Team:Grenoble-Alpes

Mais aussi sur leurs réseaux sociaux :

Insta : iGem Grenoble

La page Facebook : IGEM Grenoble 2019

Site internet de Maurice Mikkers : https://imaginariumoftears.com/

 

Eliot Buchaca

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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