J’ai rencontré The Sheepest !

Il est des figures dont on entend parler, dont on parle nous-même, dont l’œuvre nous est visible… mais qui restent un mystère. Il en va de la sorte pour The Sheepest, l’artiste à l’origine d’un mouton devenu très connu du public grenoblois.
Lundi 21 octobre 2014, il est venu dans les locaux de l’IEP pour répondre aux questions des plus curieux, tout en gardant son anonymat. Le contrat était le suivant : des infos, un échange, mais pas de photos. Compte-rendu d’une réunion des plus originales !

 C’est la responsable de la semaine des arts (et illustre capitaine du volley) Cassandre Maurel qui a tenu la conférence, accompagnée d’Adèle Bérault, co-présidente du BDA. Basée sur un système de questions-réponses, nous avons pu en savoir plus sur The Sheepest, ainsi que sur son œuvre et les conditions de sa réalisation.

L’artiste a goûté à la culture urbaine dans les années 1990, alors qu’il skatait avec sa bande de copains. Le manque de skate-park les pousse à investir l’espace public, et il découvre la rue. Il n’y a ni murs, ni barrières, et l’absence de cadre lui donne gout de la liberté et soif de création. Il cherche ses propres endroits, et l’envie de s’exprimer lui donne, sans formation artistique préalable, la créativité nécessaire à l’élaboration d’un symbole simple mais percutant : le mouton. A la fois suiveur et suivi, en dehors du troupeau ou en faisant partie, ce mouton peut être considéré comme une allégorie de la société de consommation, ainsi que de notre façon de se comporter ou d’être. Rapidement, il lui associe la phrase « je suis ceux que je suis », qui joue avec les mots et appuie son message.

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« The Sheepest », nom qui qualifie à la fois son personnage et sa personne, lui est venu de façon assez spontanée. C’est le mélange entre un « super mouton », qui arriverait à se placer au-dessus des autres, et un « cheap mouton », mouton au rabais ancré dans la société de consommation. L’élaboration du visuel lui a cependant demandé plus de réflexion. D’abord sur quatre pattes, il n’a gardé que le visage du mouton, plus adaptable au décor, et pouvant sortir de nulle part (tel un clown de sa boîte).

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Et pour satisfaire notre curiosité, The Sheepest a dévoilé, sur le ton de la confidence, tout bas, entre les quatre murs du tout petit amphi B, l’origine des traits du mouton. En feuilletant un ancien magazine de skate, il tombe nez-à-nez avec une publicité de « Sheep », ancienne marque de skate dans les années 1990. Le dessin lui plaît, et c’est parti pour un nouveau symbole !

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Cela fait maintenant plus de sept ans qu’il colle son mouton à travers la ville de Grenoble, mais pas seulement. Il adore trouver de nouveaux lieux, en France (Bordeaux, Lille, Paris…) ou à l’étranger (Prague, New-York, Berlin…). Avec quelques 350 moutons collés à travers le monde, un véritable troupeau commence à prendre forme, et cela va dans le sens de son œuvre. « Je ne pense pas m’en lasser de sitôt », affirme-t-il, puisque l’accumulation de moutons est au centre de son projet : il recherche presque sa propre saturation et la saturation du public, pour pousser au plus loin les consciences face au troupeau que nous représentons.

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Le retour du public est souvent très positif. Que ce soit lors du collage de ses affiches, ou a posteriori, à travers les échos de sa famille et de ses proches, son œuvre est comprise et appréciée. Depuis ses débuts, il ne s’est fait arrêter par la police qu’une seule fois, à l’étranger. La question de la politique de la ville de Grenoble face à ses moutons lui a été posée, et il semble encore une fois que nous puissions nous targuer d’être grenoblois. La ville de Grenoble a un historique dans le street art et les graffitis, et sans n’avoir jamais eu de retour direct de la ville, les moutons restent étrangement en place, et ne sont que très rarement effacés. La lecture du symbole The Sheepest est-elle comprise, voire approuvée, par les autorités ? Une certaine réflexion publique n’est pas à écarter.

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Si The Sheepest n’arrête pas de sheeper, c’est parce qu’il veut continuer son travail d’éveil des consciences, et faire lever la tête à ceux qui suivent les pas de la foule. Il laisse une part de mystère quant à la réalisation pratique de son travail, car ce n’est pas sa personne qui doit intéresser, mais son message. Cette entreprise graphique s’ancre également dans une réflexion plus grande sur le street art : c’est pour lui un acte non lucratif, autonome et indépendant. Le caractère éphémère de ses moutons leurs apporte une dimension humaine appréciable : ils vieillissent et évoluent dans le temps, son œuvre prend des rides et se régénère par de nouveaux collages, rien n’est fixe. Si le street art s’est démocratisé ces dernières années, l’essence de cet art n’en reste pas moins la même, et de tels artistes, en éveillant notre curiosité au cours de nos pérégrinations urbaines, participent à porter un regard nouveau sur la rue.

Pour satisfaire ce nouvel intérêt pour le street art, ci-joint quelques noms glissés par The Sheepest  :
– Miss Tic 
– Ernest P. Ernest 
– Bonom 
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Auteur : Charlotte Ballet-Baz

Etudiante en troisième année à Sciences Po Grenoble, section politique.

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