Le multiculturalisme canadien : à quoi ça ressemble ?

Par Alexis CUDEY

Canada's population surpasses 36 million | Canadian Geographic
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    13 novembre 2020 : l’occasion pour le premier ministre canadien Justin Trudeau de souhaiter, à la communauté indienne de son pays une joyeuse Divali, célèbre fête religieuse indienne. Il y a quatre ans, Justin Trudeau avait également rompu symboliquement le jeûne du ramadan avec ses compatriotes musulmans. Enfin en 2015, Justin Trudeau nommait également à la tête de la défense nationale, Harjit Sajjan, de religion sikh et portant publiquement le Dastar. Selon les mots du premier ministre, ces trois exemples sont « le reflet du Canada dans sa magnifique diversité ». En France, ces initiatives auraient de quoi surprendre, mais elles s’ expliquent par l’histoire du Canada, et son rapport à la diversité des minorités qui la composent. En effet, bon nombre de Canadiens sont d’origine immigrée, et cette construction historique par l’ altérité affecte durablement les politique mises en oeuvre. 

Le multiculturalisme, c’est quoi ?: 

Le multiculturalisme est une politique fédérale du Canada mise en oeuvre à l’initiative de Pierre Elliott Trudeau dans les années 1970. Cette adoption s’inscrit dans un contexte de montée en puissance d’un nationalisme francophone présent au Québec, et fait suite à la « commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme » (1963-1969). En 1971, le Canada devient ainsi le premier pays à légiférer sur le multiculturalisme.

Développé par John Murray Gibbon (Canadian Mosaic: The Making of a Northern Nation, 1938), le concept de multiculturalisme aspire à se substituer au concept américain alors très répandu de « melting pot ». L’idée est alors de trouver une alternative, qui corresponde mieux à la réalité canadienne. 

Un arsenal législatif et juridique

Dans les années 1960, cette politique de multiculturalisme gagne en importance. C’est ainsi qu’est mandatée la « Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme », en vue de s’attaquer à la question du nationalisme francophone. En effet, les Canadiens français du Québec, se sentant menacés, exigent alors que leur langue et leur culture fassent l’objet d’une protection plus significative. Ces derniers revendiquent également une place plus importante dans la vie politique et dans le processus de décision. Cette commission officialise ainsi la création d’ un ministère fédéral du Multiculturalisme et adopte la Loi de 1969 sur les langues officielles, instituant le français et l’anglais comme langues officielles. 

En avril 1971, Pierre Elliott Trudeau (père de l’actuel premier ministre) défend sa loi sur le multiculturalisme, et la définit comme « une politique de multiculturalisme dans un cadre bilingue». Il souhaite ainsi compléter  la Loi sur les langues officielles. La loi de 1971 reconnait que les Canadiens sont originaires de milieux culturels très variés et que les cultures acquièrent par conséquent une valeur propre. Si plusieurs langues sont reconnues, aucune culture n’est cependant officielle.  

Une loi de 1971 qui sera suivie par d’autres lois : la Charte de 1982 sur les droits et libertés (également adoptée sous Pierre Elliott Trudeau) et celle de 1988 adoptant la Loi sur le multiculturalisme canadien. Cette structure législative reconnait le Canada comme un ensemble de cultures variées, et fait fi de l’idée surannée d’un pays avec « deux peuples fondateurs », à savoir les Canadiens-anglais et les Canadiens-français. 

Les objectifs de cette loi sont pluriels. En premier lieu, il s’agit de faciliter l’intégration des diverses minorités ethniques en les connaissant. La loi assure donc la garantie des droits religieux et culturels de chaque communauté, et reconnait entres autres le bilinguisme. En définitive, le multiculturalisme permet à terme de lutter contre la discrimination en reconnaissant cette diversité fondatrice du Canada. 

Un multiculturalisme réellement ancré ?

Cette initiative législative s’est par la suite profondément ancrée. D’un point de vue institutionnel,  la Cour Suprême rend annuellement un rapport rendant compte de l’ application de la loi sur le multiculturalisme. Cela témoigne de la volonté d’ institutionnaliser ce multiculturalisme et de l’inscrire dans le temps long. 

En outre, cette institutionnalisation semble appuyée par l’opinion publique qui garde à coeur cette logique « multiculturelle ». En effet, en 2017, 75% des Canadiens affirment que le Canada est « un lieu d’accueil pour tous les groupes ethniques », 55% des canadiens considèrent cependant que les immigrants sont « très importants pour la construction d’un avenir économique stable du Canada ». 

Cependant, le multiculturalisme fait aussi l’objet de critiques. Entre autres par les Québécois qui voient en cette conception une volonté, malgré tout, de les assimiler aux Anglo-Saxons. D’aucuns reprochent également à l’État de se plier au « devoir d’intégration » et de céder aux potentielles dérives communautaires de ses parties, dépouillant le Canada de toute cohérence et unité historique. Il serait trompeur de considérer ce multiculturalisme comme unanimement soutenu, et ne souffrant d’aucune critique. Si le Canada reconnait la diversité des cultures et des langues de son paysage, force est de constater qu’il accueille également une diversité d’opinion en son sein. 

Alexis CUDEY

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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