Orthodoxie, Autocratie et Empire

Ces derniers temps, la Russie s’est vue propulsée a de nombreuses reprises au devant de la scène, que ce soit le départ de Gérard Depardieu, ou encore par les lancinantes complaintes et sempiternelles gesticulations médiatiques concernant les traitements infligés aux opposants – autoproclamés démocrates – par Vladimir Poutine, sorte d’incarnation moderne du despote slave, mélange frelaté d’Ivan IV, de Vlad l’Empaleur et de Iossif Vissarionovitch. Bref, un personnage détestable qui persécute le peuple russe (entre autre visés : oligarques véreux, opposition po-américaine grassement stipendiée, et autres artistes dégénérés, soit tout ce que l’Humanité recèle de beau et d’innocent, de vertueux, modèles d’abnégation comme de probité).

    Désarmé face à cet ogre oppressif, l’expression s’en retrouve réduite à l’insulte, consistant, généralement, en un appel au meurtre dans une cathédrale, ou bien encore, par la démonstration tangible de sa désapprobation politique en s’insérant une carcasse aviaire au plus profond de son intimité corporelle, manière poétique et raffinée d’exprimer son soucis – sincère – face aux droits bafoués. Une vision épique du nouveau duel entre les David et les Goliath des temps modernes, métaphore imagée de la juste lutte des opprimés vertueux face à leurs sinistres oppresseurs, vicelards immondes, dépravés imbibés d’ambitions répugnantes et aux desseins sardoniques. Une joute qui, en bien des points, incarne le paradigme essentiel – pour ne pas dire univoque – du cinéma américain : celui, manichéen, du bien contre le mal, séraphiques Pussy Riots affrontant l’atroce Vladimir Poutine, aussi diabolique que ses innombrables séides : Gégé, Kiril et Bachar.

    Certes la Russie a ses problèmes, ses lourdeurs, ses difficultés, à ceci près qu’elle est loin d’être un cas unique de par le monde : nul besoin d’aller a Moscou pour trouver de la corruption crapuleuse, des médias fort peu amènes, où des prisons insalubres, la France possède de remarquables talents dans ces domaines précis.

    Non, ce qui au fond dérange profondément nos sociétés occidentales délurées, c’est bien cette farouche opposition slave à toute les « merveilles » que nous tentons d’imposer, avec véhémence, au monde entier. Finalement, ce que l’on reproche à la Russie, ainsi qu’à son dirigeant, c’est cette volonté, irrévérencieuse à notre égard, de vouloir conserver ses valeurs fondamentales, consubstantielles, ce triptyque incarné par trois mots : Autocratie, Orthodoxie et Empire, bien plus charnels et tangibles que celui, sans âme, arboré sur nos frontispices.

    L’Autocratie, d’abord, n’est finalement pas si éloignée de la conception Gaulliste de la fonction présidentielle. Russe comme Français ont cette particularité d’être attachés au rayonnement patriarcal de l’Homme Illustre, celui qui fait par ses chairs la transsubstantiation d’une Idée puissante et transcendante, celle de la nation. En cela, les Russes apprécient les leaders charismatiques, et, malgré les critiques acerbes contre l’actuel locataire du Kremlin, ce dernier fut bien élu par 64% des voix, lors de l’élection présidentielle de l’an passé. Certains crient au suffrage truqué, sans pour autant avoir été interpellés par les fraudes caractérisées qui entachèrent les élections américaines ces dernières années. Amnésie sélective, quand tu nous tiens. Enfin, quoi qu’on en dise, les Russes voient en Poutine celui qui les a sorti des limbes post-soviétiques de l’ère Eltsine, où ce président fantoche, étranger à l’abstème, était manipulé par ces mêmes oligarques, aujourd’hui pourchassés, auparavant thuriféraires des innovations américaines libérales, plongeant la majeure partie de la population dans une misère atroce qui, quoiqu’on en dise, n’était pas forcément l’apanage de l’Union Soviétique, laquelle fut pourtant tenue responsable de cette situation par ceux-là même qui devaient éviter au pays de sombrer.

    L’Orthodoxie ensuite, se réfère à la foi chrétienne Orthodoxe, embrassée par les princes ukrainiens à la fin du premier millénaire de l’ère chrétienne. Élément essentiel, si ce n’est fondamental, de l’identité d’un pays qui se considère comme la personnification de la troisième Rome. Même durant la période soviétique, la foi en Dieu demeura vivace, ce malgré les persécutions communistes, Staline lui même était ancien séminariste et le patriarcat russe ne fut jamais vraiment aboli, il appela même, au nom de Dieu, à lutter avec Staline lors de la Grande Guerre Patriotique. D’ailleurs, en bien des points, le marxisme d’Union soviétique usait des canons religieux, que ce soit lors de ses grandes « messes » sur la place Rouge, ou part ses défilés similaires a de grandes processions. Aujourd’hui encore, il n’est pas rare de voir dans certains logis russes, trônant fièrement au dessus de la cheminée, des portraits de Staline, au côté de ceux de Poutine et d’icônes orthodoxes, rappelant que la foi et le « souverain » sont des aspects essentiels de la conception du pouvoir en Russie.

    L’Empire enfin, concept fondamental, support territorial irrémédiablement lié à l’idée de Nation, qui, dans un pays de 17 millions km², est forcément prégnant. D’autant plus que l’espace et le territoire furent à la fois enjeux essentiels et objectifs stratégiques de plusieurs conflits : heartland envoutant, nourrissant les rêves impériaux de Napoléon comme d’Adolf Hitler.

 

    Cruciales pour comprendre l’identité russe comme les positions politiques de son actuel dirigeant, ces trois essences nationales ne correspondent pourtant pas aux canons d’un Occident purement américanisés. Cruel paradoxe, cependant, que cette société qui, autoproclamée « juste et évoluée », prône avec ardeur la consécration de la diversité, mais qui s’offusque de ceux qui refusent de se conformer. Toutefois, la Russie, malgré ses scléroses, conserve l’espoir, s’accrochant à ses valeurs. La France décadente, elle, dont les dirigeants sont passés du Tigre au flan, ne peut se targuer d’une telle espérance, alors qu’il serait si simple de retrouver les fondements d’une nation qui compta jadis parmi les plus grandes. Et celles-ci ne pourraient qu’être : Césarisme, Catholicisme et Nation.

 

Raphreus

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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