Les juifs en Asie

Disclaimer : Deuxième article de notre collaboration avec l’asso ASIA ! Aujourd’hui, c’est Théo Crochet qui revient pour nous sur la situation des juifs d’Asie. La parole est à lui…

La religion occupe une place très importante dans le monde asiatique et c’est très curieusement qu’on observe que l’une d’elle occupe une petite place dans ce monde : le judaïsme. On tient plusieurs origines à ces communautés juives. Leur présence est constatée très tard par les missionnaires européens à la conquête religieuse de ce monde nouveau aux XVIe-XVIIe siècle, alors très méfiants vis-à-vis de ces étrangers. Le judaïsme reste peu présent dans le continent mais se développe sur le temps long. Suivant les sillons de la route de la Soie, on pense que les premiers marchands juifs ont intégré le monde asiatique en suivant le tracé des caravanes marchandes. Historiquement, les plus anciens documents écrits en hébreux datent du VIIIe siècle après notre ère dans le désert de Gobi (néanmoins, on ignore l’origine géographique exacte de ces juifs). Sur le plan architectural, on retrouve les premières synagogues en forme de pagodes vers le XIIe siècle. Ces premiers mouvements visent principalement l’Asie centrale, à des fins économiques et religieuses. Ainsi, les premières communautés s’installent dans les villes de Boukhara et Samarkand, en Ouzbékistan, formant alors la plus grande communauté juive d’Asie (près de 100 000 dans les années 1970 puis se réduit avec l’émigration). Intégrés à la culture locale, ceux-ci vivent néanmoins selon des traditions ancestrales. Avec l’occupation de ces territoires par l’Empire russe au XVIIIe siècle, ces populations vont connaitre les terribles pogromes. Au final, c’est sur tout le continent que ces groupes vont vivre et prospérer.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Synagogue de Samarkand – Ouzbékistan

En Chine, c’est au IIIe siècle avant J.C (sous la dynastie des Han) que le judaïsme semble naître (même s’il est plus probable que ceux-ci arrivent au début du IXe siècle) et sont mentionnés par les écrits de Marco Polo et les différents missionnaires catholiques. Ceux-ci se situent principalement dans la ville de Kaifeng. La construction de la première synagogue aurait débutée au XIIe siècle et aurait durée jusqu’au XVIIIe siècle avec l’ajout d’une salle d’étude, d’une cabane rituelle etc.

Cette communauté perdure selon une certaine pratique (endogamie, noms juifs…). On remarque que ceux-ci tendent à s’intégrer dans l’Empire du Milieu, portant deux noms et bénéficiant des mêmes droits que les sujets de l’Empire. L’intégration de ces juifs fait que ceux-ci sont de moins en moins visibles (car parfaitement intégrés et ne portant quasiment plus de nom hébreux). Le confucianisme a aussi grandement favorisé l’intégration des juifs chinois, les deux religions partageant de nombreuses valeurs en commun. Mais la situation change sous la dynastie des Ming, lorsque la Chine se ferme sur elle-même et coupe ses voies commerciales, isolant alors la communauté juive chinoise. La synagogue de la ville, détruite dans les années 1880 ne sera jamais reconstruite et les différents documents perdus à jamais. Actuellement, la ville regroupe une petite centaine d’individus de confession juive, vivant quasiment cachés et non reconnus comme minorité ethnique.

Capture d_écran 2017-12-11 à 15.07.59
Juifs chinois (XIXe siècle)

En Inde, c’est une multitude de communautés plus ou moins anciennes qui vivent dans le pays. Par exemple, le collectif des Kukis (ou Bnei Menashe) en Inde fait partie des 10 tribus perdues d’Israël (Comme les Falashas d’Ethiopie et les Dan de Côte d’Ivoire). Ils se trouvent majoritairement dans la région du Bengale occidental, proche de la frontière Birmane, zone montagneuse et très pauvre. Ceux-ci sont en véritable insurrection face au pouvoir central indien et forment des groupes armés (très prisés par l’armée israélienne car formant des bataillons de snipers redoutables sur les champs de bataille).

7000 individus se réclamant du judaïsme sont recensés en Inde. On retrouve aussi l’importante communauté des Bne Israël, principalement autour de Bombay et Pune, qui alimentât l’armée coloniale britannique en sous-officiers jusqu’au XXe siècle. De même, on retrouve la communauté des Baghdadi, d’origine arabe, ou encore les juifs de Kerala (à Cochin). Ces groupes s’adaptent parfaitement à la vie indienne (notamment avec sa culture gastronomique ou linguistique) et créent leurs propres castes. Par exemple, les juifs de Kerala se divisent entre les « juifs noirs » et les « juifs blancs », avec différents rôles et privilèges. C’est aussi de ces communautés que de grandes lignées sont formées, comme avec la dynastie des Sassoons, surnommés les « Rothschild indiens ».

para_orig
Synagogue de Cochin (Inde)

On trouve aussi des juifs au Japon, principalement dans les villes historiques de Kobe et Nagasaki (d’ailleurs, les rares missionnaires chrétiens pénétrant l’empire pensaient que les japonais étaient l’une des tribus perdues). Installées dans les années 1880, ces petites communautés d’une centaine de familles s’installent à des fins économiques mais aussi, à partir des années 30, pour fuir les persécutions nazies (alors que le Japon est membre de l’Axe). D’ailleurs, le consul japonais Chiune Sugihara, en poste en Estonie, va délivrer environ 2000 visas à des Juifs qui vont s’installer durablement au Japon. De même, à Shanghai (alors occupée par le Japon), c’est un véritable ghetto qui se met en place, regroupant près de 20 000 personnes ayant fui l’Europe.

En plus de ces populations juives en extrême orient, on assiste aussi à un intérêt envers le judaïsme parmi les populations présentes (principalement en Corée et au Japon). Par exemple, au Japon, la secte religieuse des Makuyas, fondée après la seconde guerre mondiale, prône un retour à une foi originelle Judéo-chrétienne, à une sorte de « Christianisme hébraïque ». Vénérant alors le Christ et la Torah, les membres de cette société militent pour la cause sioniste et sont de fervents soutiens d’Israël et des Kibboutz. En Corée du Sud, le judaïsme intrigue et le Talmud fait office de best-seller. Introduit dans les années 70, le livre s’est vendu dans de nombreuses familles coréennes (à tel point qu’on pense que 80% de la population l’a lu, juste après la Bible). Dans une société où la réussite sociale passe par une éducation irréprochable, les familles coréennes pensent que la lecture du Talmud peut permettre un grand niveau d’intelligence par l’inculcation du « génie juif » !

Les juifs d’Asie se font de plus en plus rares : avec la création d’Israël, la plupart des juifs ont immigré dans l’Etat Hébreux (faisant leur Alyah c’est à dire retournant sur la Terre Promise) et adopté la nationalité israélienne. Très souvent persécutés par les pays asiatiques (dont la politique antireligieuse voit d’un mauvais œil les minorités agitées), ces communautés sont d’autant plus enclines à quitter ces territoires, qu’ils enrichissaient pourtant par leurs diversités.

Publicités

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s