« The Batman : un feu d’artifice visuel »

Par une soirée d’Halloween,sous des lumières sombres, au coin des ruelles obscures et humides nous voici emportés au sein de Gotham city. Le retour n’est pas certain. Nous sommes en pleines élections pour la ville, et cette dernière semble se noyer entre corruptions, trafics de drogue, mafias puissantes, pauvreté et violence dans le plus grand anonymat. Voici le monde de Batman, noctambule inlassable, alias Bruce Wayne (Robert Pattinson). Célèbre justicier masqué, milliardaire discret, et surtout fin limier. Dans les labyrinthes nocturnes nous voici embarqué-es dans une enquête tortueuse où l’on ne peut se fier à personne, l’appât du gain, les secrets, la peur semblent être les dominantes d’une ville qui pourrit de l’intérieur. Un mystérieux criminel féru de devinettes laisse des pistes sanglantes et scotchantes et nous sommes tenus en haleine jusqu’aux derniers instants au fil d’une intrigue proche du film policier. Dans cette toile d’araignée quelques touches de couleurs sont habilement ajoutées, une Catwoman aux 9 vies (Zoë Kravitz), un Commissaire Gordon loyal (Jeffrey Wright) et un majordome féru de cryptogrammes (Andy Serkis). Installez-vous bien, la nuit s’installe…

The Batman, image tirée du film

D’abord, Batman est un feu d’artifice visuel. Des plans qui vous transportent, empreints d’une beauté fine et qui vous absorbent dans les décors. Plus que témoin, vous devenez véritable partie prenante. Vous vous fondez dans une atmosphère ténébreuse, presque brutale, dominée par des tons rouge sang. Tout est dans la suggestion, que ce soit par le symbolisme des visuels que par le prisme de captation des événements (les angles sont originaux et servent ingénieusement au déroulement de l’intrigue). Un film beau. Une odyssée, presque un rêve.

Batman est aussi un voyage à la conquête du Nirvana. Laissez-vous bercer au fil des notes de “Something In The way” du groupe éponyme. Une musique grave, parfois grinçante, qui nous suit tout au long de la naissance d’un véritable héros, qui prend ses cendres d’un homme traumatisé par la mort de ses parents, face à la solitude et en quête de vengeance ou peut-être de justice, la frontière est ténue.

Robert Pattinson dans le rôle du Batman

Batman joue au funambule, son ombre menace, inquiète et pourtant elle porte les aspirations d’un chevalier de la nuit, qui rêve d’avoir un effet, oui mais quel effet ? Un film qui vous invite dans une réflexion plus large sur ce qu’est un héros, un justicier. Quelle légitimité a-t’on lorsqu’on outrepasse les lois, fonctionne dans la violence, même si ses motivations sont bonnes ?

The riddler, ennemi principal du film

C’est ici qu’interviennent les fameux méchants, leur rôle est central, ennemi juré du héros, sans limites, ils sont la raison de vivre de ce dernier. Dans Batman, ils ne sont pas sans reste, que ce soit la criminalité ordinaire et institutionnalisée qui gangrène les rues de Gotham ou celle spectaculaire qui s’exprime dans le personnage de Riddler (Paul Dano). Le film nous offre un véritable psychopathe complexe et au regard aussi terrifiant qu’impénétrable. Sous son masque, il est vidé de toute humanité et projette un dessein sanglant. Batman nous confronte également aux écueils de notre société actuelle. Et nous alerte qu’ à une époque dominée par les réseaux sociaux et l’interconnexion des individus, la vérité a perdu sa parole universelle et que le monde qui nous entoure peut-être manipulé et mobilisé pour le pire comme pour le meilleur.

Enfin, the Batman c’est aussi un espace urbain : Gotham city, une ville chaotique, dystopique, un casse-tête complexe. Une ville vampire. Comment rendre un dédale viable quand ce dernier est pris dans la violence, l’anonymat, la corruption, la soif de pouvoir, la misère ? Comment agir quand le désespoir semble être à son paroxysme, que la méfiance semble être l’unique condition de survie? Etalement urbain, invisibilisation de toute humanité, promesses trahies des programmes sociaux, de redistributions non tenues, crise du logement…la liste est longue. Gotham city est selon Selina Kyle, alias Catwoman, condamnée, on s’y noie, c’est un puits sans fond, une cause perdue. Pour autant, la maire finalement élue apporte une lueur d’espoir. Batman, lui, semble tout entier dédié à cette ville et la vision qu’il en a et sur sa manière d’influer sur sa métamorphose s’étoffe au long du film. En même temps que le chevalier de la nuit prend de l’épaisseur, se confronte à ses propres traumatismes, Gotham city elle, explose, se dévoile. Car finalement, « Nous ne pourrons jamais expliquer ou justifier la ville. La ville est là. Elle est notre espace et nous n’en avons pas d’autre. Nous sommes nés dans des villes. Nous avons grandi dans des villes. C’est dans des villes que nous respirons. Quand nous prenons le train, c’est pour aller d’une ville à une autre ville. Il n’y a rien d’inhumain dans une ville, sinon notre propre humanité.» (Georges Perec).

logo et symbole du Batman

Pauline Chatail et Sélune Cannizzo

Critique de The Batman, 2022, un film de Matt Reeves, musique de Michael Giacchino

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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