Massacre du 17 octobre 1961 : 60 ans après, un silence toujours pesant de l’Etat français sur sa responsabilité

Ce dimanche 17 octobre marquait les 60 ans du massacre de plusieurs dizaines d’algériens dans les rues de Paris par la police française. La veille, le Président Emmanuel Macron s’était rendu sur le Pont de Bezons près de Nanterre pour une cérémonie de commémoration, pont où les corps de certaines victimes avaient été repêchés.

Dans un contexte de fin de guerre d’Algérie, le FLN appelle à manifester pacifiquement le 17 octobre 1961. Cet appel s’inscrit dans la lignée du combat pour l’indépendance. Cependant, il marque surtout ce jour-là une réponse à la mise en place par la préfecture de police, pendant le conseil ministériel du 5 octobre, d’un couvre feu à Paris et ses alentours, seulement pour les Algériens. Le préfet n’est autre que Maurice Papon, ancien haut fonctionnaire sous Vichy et qui (Vichy point. Il) sera condamné 30 ans plus tard pour crimes contre l’humanité pour avoir participé à l’organisation de la déportation de personnes juives entre 1943 et 1944.

La manifestation qui rassemblera plusieurs dizaines de milliers de personnes sera violemment réprimée par la police, sous les ordres de la préfecture. Le lourd bilan sera impossible à connaître (déterminer à la place de connaître ?) précisément, tant il sera fortement minimisé par les rapports officiels de l’époque, et tant les autorités refuseront d’ouvrir les archives internes. Il sera cependant estimé par les historiens à plusieurs dizaines voire une centaine de morts, tués par balle, jetés dans la Seine, sans compter les blessés passés à tabac par les agents de police, les nombreux  disparus et arrestations. 

Depuis 60 ans, l’absence de reconnaissance de la responsabilité de l’Etat par les gouvernements successifs reste un enjeu majeur pour les spécialistes de la question coloniale, les associations et les familles de victimes.

C’est un crime d’Etat, pas un crime préfectoral.”

Car Maurice Papon ne prend pas les décisions seul : en tant que préfet, se trouvent au-dessus de lui dans l’ordre hiérarchique le ministre de l’intérieur Roger Frey, et le premier ministre Michel Debré, qui menaient déjà depuis plusieurs mois une politique raciste de répression des Algériens. L’historien spécialiste de l’histoire coloniale de la France Gilles Manceron déclarait samedi sur France 24 :  “C’est un crime d’Etat, pas un crime préfectoral. » 

En 2012, François Hollande, alors Président, parlait (évoquait ?) d’une “sanglante répression” et admettait en demi-teinte et sans jamais l’expliciter une responsabilité de l’Etat Français. Un premier pas largement insuffisant, minimisant grandement ce qu’avait été cette nuit du 17 octobre. Sans marquer de rupture avec son prédécesseur, ce samedi 16 octobre dans un communiqué de presse publié quelques heures après la cérémonie de commémoration du massacre, Emmanuel Macron dénonçait “les crimes commis cette nuit-là sous l’autorité de Maurice Papon”. Une déclaration qui laisse un goût amer à celles et ceux qui attendaient une réelle reconnaissance des faits de la part du chef de l’Etat. En effet, en janvier dernier était publié le rapport Stora sur les questions mémorielles de la Guerre d’Algérie, commandé par le Président quelques mois auparavant. La publication de ce rapport avait été suivie de peu par des déclarations du gouvernement algérien qui souhaitait voir la France reconnaître enfin ses crimes coloniaux. 

“la France doit reconnaître pleinement sa responsabilité dans les massacres liés à la colonisation”

Ce dimanche 17 octobre, de nombreuses manifestations se sont organisées partout en France. A Grenoble, un rassemblement à 11h place Edmond Arnaud dans le quartier de l’Alma a accueilli un dépôt de gerbe au pied d’une plaque commémorative, des chants révolutionnaires algériens ainsi qu’un discours du maire Eric Piolle.  

Le maire de Grenoble Eric Piolle lors de la cérémonie de commémoration du 17 octobre 2021, Place Edmond Arnaud.

Ce dernier a dénoncé les efforts des autorités pour étouffer l’affaire ainsi que l’accès difficile aux archives, et déploré l’absence de reconnaissance par la France de ce massacre comme crime d’Etat. S’attaquant en sous-texte aux déclarations d’Emmanuel Macron de la veille, le maire de Grenoble s’est opposé opposa  à ceux qui, au plus haut sommet de l’Etat, voudraient nous faire croire que le silence effacerait les crimes et laverait les mains des bourreaux”, avant d’ajouter que “la France doit reconnaître pleinement sa responsabilité dans les massacres liés à la colonisation”.  La foule s’est ensuite formée en cortège pour mener une marche jusqu’au pont Saint-Laurent d’où ont été jetées des fleurs en hommage aux victimes.

Jetés de fleurs dans l’Isère par le cortège depuis le Pont Saint-Laurent.

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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