Mais où est donc passé Jack Ma ?

par Alexis CUDEY

source image : lepoint.fr

Cela fait près de deux mois que le milliardaire chinois, Jack Ma, n’a pas été aperçu. Le fondateur et ancien directeur d’Alibaba, d’habitude omniprésent, ne donne plusieurs signe de vie depuis un discours controversé à Shanghai, où il émettait quelques critiques à l’endroit du système bancaire chinois, qu’il accusait de gêner l’innovation. Pourtant, Jack Ma appartenait à cette génération d’entrepreneurs qui avait su tirer parti de cette libéralisation économique dans les années 1990. Il a su progressivement se constituer une certaine notoriété et sa voix portait. Sa disparition pose donc question.

Un discours controversé en octobre :

Fin octobre, lors d’un discours à Shanghai, le milliardaire avait émis quelques réserves à l’encontre de la stratégie technologique et économique du gouvernement chinois. Selon lui, les régulateurs financiers et bancaires chinois empêchaient tout effort d’innovation technologique en Chine. À la suite de ces déclarations, Jack Ma a été interrogé par les autorités et personne ne sait où il se cache depuis. Il n’est d’ailleurs pas apparu à l’antenne d’une émission télé qu’il  a pourtant fondée, Africa’s Business Heroes, remplacé à la dernière minute par un autre cadre d’Alibaba.

Une mise en cause d’ Alibaba : 

Depuis quelques mois, l’entreprise Ali Baba représente un danger pour le gouvernement chinois. Cette entreprise fondée en 1999 s’est pourtant très rapidement érigée en géant du divertissement, du e-commerce et du paiement en ligne, et était présentée comme un fleuron de l’ Empire du milieu. Mais l’ampleur et la puissance du groupe ainsi que certaines récentes déclarations de Jack Ma ont condamné l’avenir de ce groupe, pourtant pétri de réussite.

Cette disparition fait donc suite au succès d’un autre groupe présidé par Jack Ma : Ant Group. En effet, Jack Ma vantait le succès triomphant de cette société dont il est actionnaire et qui s’apprêtait à une entrée en Bourse retentissante début novembre, de l’ordre de 34,4 milliards de dollars, dépassant ainsi les précédents résultats de son autre entreprise, Alibaba. En effet, en 2014, l’entrée en bourse d’ Alibaba à Wall Street avait généré près de 25 milliards de dollars. Cette introduction en Bourse était déjà un record à l’ époque. 

Mais le gouvernement chinois ne l’ entendait pas de cette oreille. De façon très surprenante, le gouvernement a retoqué l’IPO d’Ant Groupe, ce qui a fait chuter le cours d’ Alibaba à Wall Street. Sont notamment en cause certaines fonctionnalités qu’Ant Group souhaitait mettre en place, comme la dotation facilitée de prêts financiers et de contrats d’assurance. La Banque centrale chinoise (PBoC) lui a ainsi ordonné de s’en tenir à ses activités d’origine de paiements en ligne. Les autorités chinoises ont par ailleurs lancé une enquête anti-trust contre Alibaba, accusé d’ abus de position dominante.

Des disparitions fréquentes : 

Cette initiative s’ inscrit dans une démarche plus large de reprise en main de la part des autorités chinoises. Bien des entreprises ont acquis un statut et une importance telles qu’elles constituaient un danger pour les autorités chinoises. C’est le cas d’Alibaba évidemment, mais également de Tencent, une autre entreprise chinoise, qui en s’introduisant dans le quotidien de centaines de millions de Chinois, parvient à créer une certaine dépendance envers ses services. Par cette initiative, le régime de Pékin s’est privé d’une éclatante IPO de plus de 34 milliards de dollars. L’argument utilisé est de s’attaquer aux « pratiques monopolistiques » de certains de ses mastodontes, mais l’enjeu est plus grand : tout ce qui exerce de l’influence constitue une potentielle menace pour le gouvernement chinois. 

Mais la disparition de Jack Ma n’est pas isolée. D’ autres milliardaires, au pouvoir de nuisance comparable à celui de Jack Ma, ont précédemment été inculpés. L’idée est de réduire au silence les critiques du pouvoir, qui du fait de leurs activités annexes disposent de beaucoup de visibilité. Ce phénomène de disparition est courant et d’autres exemples peuvent être cités. C’est notamment le cas de l’influent Ren Zhiqiang, magnat de l’immobilier qui avait entre autres traité Xi Jinping de « clown » pour sa gestion du COVID; il a ainsi été condamné à 18 mois de prison.

Notons également Xiao Jianhua, célèbre gestionnaire d’actifs, qui avait été enlevé en 2017 pour être placé en garde à vue. Encore récemment, c’est Lai Xiaomin, célèbre patron de China Huarong, qui avait été condamné à mort, pour « corruption et bigamie ». Ces arrestations sont le prétexte par la suite d’ une reprise en main de sociétés en question, sous la main du gouvernement chinois. 

Alexis CUDEY 

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s