Interview avec Chloé Fonvielle, fondatrice du collectif pas d’AVU / pas d’ÉTUDES

Propos recueillis par Mouna BENNOUR

« J’ai besoin d’avoir des projets pour oublier les difficultés liées à mon handicap »

Le Cheveu sur la Langue vous présente aujourd’hui Chloé Fonvielle, fondatrice du collectif Pas d’AVU / Pas d’ÉTUDES. Elle cherche, avec beaucoup d’énergie, à mettre en place en France une Auxiliaire de Vie Universitaire pour les étudiants porteurs de handicap sans solution adaptée. Ses réponses nous aident à mieux comprendre les enjeux derrière son collectif mais aussi et surtout à mieux la connaître.

Peux-tu te présenter pour les étudiants qui ne te connaissent pas encore ?

Je m’appelle Chloé fonvielle, j’ai 22 ans et j’ai ce qu’on appelle une paralysie cérébrale (un manque d’oxygène à ma naissance a engendré une cicatrice au niveau de mon cerveau). Chez moi, ce handicap se caractérise par une tétraplégie sans l’usage de la parole. Je suis donc totalement dépendante pour tous les gestes quotidiens mais également pour ma communication orale.

Après avoir obtenu mon bac L spécialité cinéma avec mention très bien, j’ai intégré Sciences Po Grenoble en 2019. Pour mon cursus, je suis ce qu’on appelle un parcours long c’est-à-dire que je fais une année en deux ans. Me voilà donc partie pour 10 ans d’études si tout va bien. J’ai validé la moitié de ma A1 en juin 2020 et je suis donc encore en première année afin de valider la deuxième partie. 

J’aime les voyages, les rencontres et le cinéma et j’ai besoin d’avoir des projets pour oublier les difficultés liées à mon handicap.

Comment a été mis en place le collectif Pas d’AVU / Pas d’études ? As-tu eu l’idée seule ou quelqu’un a pu t’aider ?

En février dernier, suite à la journée anniversaire de la loi de 2005 « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » et la Conférence nationale du handicap présidée par Monsieur Macron, j’ai commencé à alerter les médias et les pouvoirs publics sur le fait que le statut d’Auxiliaire de Vie Scolaire ou d’Auxiliaire de Vie Universitaire n’existe pas dans l’Enseignement Supérieur et sur le fait que j’ai dû embaucher personnellement une AVS : si je ne trouvais pas les financements pour pouvoir la payer, je serais obligée d’arrêter mes études. Cette aide humaine est  indispensable pour moi pour qui les solutions apportées par le service handicap de l’université (preneurs de notes etc..) ne sont pas suffisantes.

Dès le départ, j’avais axé ma communication sur mon cas personnel mais également sur le fait que cela concernait d’autres étudiants en situation de handicap. Je sais que je ne suis pas la seule étudiante en situation de handicap à avoir fait une cagnotte en ligne, ni la seule à avoir interpellé les pouvoirs publics sur le besoin d’AVS à l’université, il suffit de faire des recherches sur le web pour se rendre compte que mon cas n’est pas unique. Très vite , l’idée de créer un collectif m’est venue car en face de moi, on essayait de recentrer le débat uniquement sur moi alors que je milite en faveur de la fin de la rupture des droits entre le secondaire et le supérieur et de la création de postes d’Auxiliaires de Vie Universitaire (AVU) pour que plus aucun étudiant ne soit sans solution d’accompagnement adaptée.

C’est pourquoi, en mai dernier, j’ai créé le collectif « Pas d’AVU / Pas d’ETUDES » qui a pour objectif de recenser les besoins en aides humaines des étudiants en situation de handicap et d’envisager les meilleures solutions pour y répondre et participer ainsi à la création d’un dispositif d’Auxiliaires de Vie Universitaire étendu sur tout le territoire, en complément des aides actuelles.

Tous les étudiants handicapés n’ont pas les mêmes besoins, certains ne veulent plus d’AVS à l’université car l’aide d’autres étudiants est suffisante pour eux, mais d’autres en ont besoin. Et mon but , avec ce collectif, c’est justement de parler des étudiants qui auraient besoin d’un auxiliaire de vie universitaire et à qui on répond que ce n’est pas possible ! Le problème c’est qu’il n’existe pas de statistiques sur la situation des étudiants handicapés, impossible de savoir grâce au nombre de bacheliers en situation de handicap. Combien poursuivent leurs études, combien choisissent un BTS parce qu’il y a des AVS ? Combien arrêtent car pas de solution pour un accompagnement ? 

Durant les trois premiers mois du collectif, plusieurs de mes copains m’ont aidé à le gérer puis depuis septembre, 6 autres étudiantes de Sciences Po Grenoble le pilotent avec moi ! En tout, notre collectif compte une cinquantaine de membres qui sont handicapés ou valides !

Que fais-tu actuellement pour capter l’attention du ministère de l’Enseignement Supérieur ? 

Le ministère de l’enseignement Supérieur est opposé à la mise en place d’un système d’auxiliaires de vie universitaire en estimant que les dispositifs actuels répondent aux besoins et que les départements et les maisons du handicap suffisent. Leur argument est de distinguer ce qui dans l’accompagnement des étudiants en situation du handicap relève des actes dits de savoir et les actes de la vie quotidienne or cette distinction n’existe pas pour les AVS dans l’Education Nationale. Il est très difficile d’entrer en contact avec ce ministère directement, nous essayons donc de faire entendre notre voix à travers des journalistes, le chargé de l’éducation auprès de la secrétaire d’État chargée du handicap mais également des députés et même Madame Macron leur a transmis notre demande !!! Nous espérons que les actions de notre collectif pourront peut-être les faire réagir.

Afin de pouvoir argumenter et faire entendre notre position, toute l’équipe du collectif s’affaire actuellement sur 4 principales actions :

  • Déterminer quelles aides sont, en théorie, censées être prises en charge par les universités et lesquelles le sont dans la réalité.
  • Enquêter sur le dispositif d’accompagnement universitaire mis en place par l’association Le GIHP Ile-de-France.
  • Diffuser la campagne de recrutement mais aussi et surtout l’enquête en ligne auprès des jeunes en situation de handicap. Cette tâche s’avère plus compliquée que prévue car certains services handicap d’université ne souhaitent pas collaborer avec nous et nous aider à diffuser notre enquête par exemple.
  • Dynamiser notre page Facebook

J’ai pu voir sur la page facebook de ton collectif que la députée Camille Gaillard-Minier t’a rendu visite en juillet dernier, tu peux nous en dire plus ?

Dès le mois de mars, Madame la députée Camille Gaillard-Minier s’est intéressée à ce dossier. Je l’ai rencontrée plusieurs fois, elle est à l’écoute et recherche avec nous des solutions pour interpeller le ministère de l’Enseignement Supérieur. Elle a décidé de  faire partie de la commission handicap de l’Assemblée. Elle est un soutien important dans notre combat et souhaite comme nous l’application de la loi de 2005 dans lequel il était prévu un dispositif d’AVU mais qui n’a jamais été mis en place.

Peux-tu me parler de tes projets, d’un rêve que tu veux réaliser ou d’un métier qui te tient particulièrement à cœur ?

Comme tu l’auras compris, la réussite de ce collectif me tient particulièrement à cœur et si je pouvais faire en sorte que la position du ministère de l’Enseignement Supérieur évolue dans le bon sens, ce serait une réelle fierté. 

Lorsque je me suis inscrite à Sciences Po, j’avais comme projet de devenir journaliste, mais à vrai dire je me laisse la possibilité de changer d’avis, mon choix de master n’est pas encore arrêté et donc ni mon choix de métier, c’est l’avantage de faire Sciences Po !!!

Si le coronavirus ne brise pas nos plans , dans quel pays souhaiterais-tu étudier l’an prochain ? 

Malheureusement, il n’y a pas que le coronavirus qui peut briser mes plans concernant ma mobilité à l’etranger. Je suis encore en réflexion concernant cette année à l’étranger. Les contraintes logistiques, humaines et financières sont énormes sur ce type de projet. Je ne suis pas encore sûre d’avoir la force morale et physique pour affronter un tel défi. J’ai donc décidé que pour la première partie de ma A2, j’étudierai à Grenoble sûrement en Droit et pour la deuxième partie, je me laisse encore du temps.

Si je n’avais pas eu de contraintes liées à mon handicap, j’aurais aimé étudier à Rabat (Maroc) ou aux Etats Unis…

Quel est ton ressenti face au (re)confinement ? Est-ce que tout se passe bien de ton côté personnellement et scolairement parlant ?

J’avoue que ce reconfinement m’a mis un coup au moral. Je savais que la situation sanitaire était tendue mais je pensais que les mesures mises en place seraient suffisantes pour “vivre avec le virus” selon l’expression de notre Président !

J’ai pris la décision de retourner chez mes parents pour me confiner, je ne me voyais pas rester dans ma résidence adaptée avec des contraintes encore plus importantes. Scolairement, ça va , même si  le travail à distance pour les travaux de groupe est pesant. Ce qui me manque le plus, c’est de rencontrer les autres étudiants, de partager des moments conviviaux, d’avoir une vie en dehors des études ! Du coup, je me suis rabattue sur les téléfilms de Noël, cela me permet de mettre mon cerveau en pause et de ne pas trop réfléchir à cette situation déprimante : nobody is perfect !!!

Le collectif pas d’AVU / pas d’ÉTUDES

► Questionnaire pour déterminer les besoins des personnes en situation de handicap à l’Université et les solutions proposées par l’Enseignement Supérieur : https://forms.gle/vKQ4pCXcymHzEKsR9

► collectif.pasdavupasdetudes@gmail.com

► la page Facebook « collectif pas d’AVU / pas d’ÉTUDES »

► le groupe Facebook pour les membres « collectif pas d’AVU / pas d’ÉTUDES »

Propos recueillis par Mouna BENNOUR

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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