Rétrospective sur le festival Game O-Vert d’Agir Alternatif

Agir Alternatif, ton asso écolo préférée, organisait la deuxième édition de son festival Game O-vert au début du mois de mars. Game O-vert c’est deux semaines très riches en événements qui ouvrent la réflexion sur les moyens d’actions face à l’urgence climatique. Nous vous proposons de revenir sur certains de ces événements. 

 

  • Grenoble une ville résiliente ?

L’image contient peut-être : plein air

Cette conférence, réalisée avec le collapsologue Nicolas Géraud et le professeur à l’IEP de Grenoble Stéphane Labranche, avait pour but de s’interroger sur la résilience de la ville de Grenoble face à l’emballement du dérèglement climatique qui semble inévitable. Loin de tomber dans la fatalité et le catastrophisme, cette conférence cherchait à mettre en avant les prises d’initiatives au niveau des villes.

Ce qui est mis en avant dans cette conférence, c’est la capacité des grandes villes telles que Lyon mais surtout Paris à prendre en compte le climat et la biodiversité grâce à leurs capacités d’innovation et d’expérimentation. Ces capacités peuvent faire peur aux plus petites communes car elles demandent une importante marge de manœuvre. A Paris les projets de revégétalisation sont abordés de manière poussée en prenant en compte les périodes de floraison pour les abeilles, les îlots de chaleurs et l’environnement proche du lieu de revégétalisation.

A Grenoble, la capacité d’intervention est moindre mais des réalisations sont déjà entreprises notamment concernant la biodiversité mais moins sur la lutte contre le réchauffement climatique. Pourtant, le réchauffement climatique est le point sur lequel la commune peut s’améliorer selon les deux intervenants. L’un des plus grands problèmes touchant Grenoble et les communes alentours est sans surprise la pollution. Eric Piolle avait mis en avant le fait qu’une personne meurt tous les trois jours à cause de la pollution à Grenoble, une statistique confirmée par le CNRS et reprise en conférence par les intervenants. Il s’agit notamment de la pollution aux particules fines qui est la plus meurtrière, celle-ci est largement favorisée par le chauffage au bois qui constitue la première source de pollution.

La résilience dépend du domaine d’activité, cela signifie qu’il y a des résiliences particulières. A Grenoble, la résilience énergétique ou concernant l’eau est très bonne mais il faut accélérer l’autonomie alimentaire et donc aider à développer les territoires voisins avec qui il faut collaborer. Il est nécessaire d’accroître l’audit fait sur les résiliences de chaque commune afin de cibler les besoins primordiaux des collectivités et de trouver une réponse adaptée, ce processus est long et encore très récent, à l’état de réflexion le plus souvent.

Nicolas Géraud explique que les populations les plus faibles actuellement seront les plus touchées dans le futur et qu’il est donc nécessaire de faire avancer la résilience des villes en même temps que les avancées sociales pour ne laisser personne sur le côté dans l’évolution des villes.

 

  • Pour une écologie radicale par les stagiaires du blog Floraisons

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Des stagiaires du blog Floraisons sont venus donner une conférence au sujet de l’écologie radicale et de la nécessité de celle-ci. Floraisons a été créé il y a un peu plus d’un an. Ce blog part du fait que la civilisation industrielle dans laquelle nous vivons détruit notre planète Terre. En opposition à cette civilisation, Floraisons partage des réflexions incluant des idées écologistes, féministes, anti-racistes, anti-spécistes ou encore libertaires. Leur but étant de “démanteler la civilisation industrielle, sa structure, ses hiérarchies, son idéologie et ses valeurs”, comme il l’est indiqué sur leur blog. 

La conférence rappelle d’abord la situation catastrophique qu’est celle de notre planète. Pour ne citer que quelques chiffres mais qui suffisent pour être alarmant, d’ici à 2050 il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans, ou encore à l’heure actuelle 97% des forêts anciennes ont été détruites. “Nous sommes prisonnier.e.s d’une méga machine qui transforme le vivant en marchandises et en zones mortes”. Cette méga-machine étant la civilisation industrielle. Les humains, ceux qui seraient civilisés, dépendent de l’agriculture intensive et de la domestication des animaux qui y est associée. Les “civilisés colonisent le reste de l’environnement” et ils entreprennent “une guerre contre tout ce qui n’est pas eux-mêmes”. Il s’agit d’une “guerre totale” dans le sens où ce système produit une violence systémique d’une part envers les autres espèces et d’autre part au sein de l’espèce humaine. 

Les consciences humaines s’éveillent voire sont déjà réveillées sur l’urgence de la situation. Pourtant, peu entrent en résistance contre cette civilisation car ce système est confortable voire profitable. Pour engendrer une résistance, il faut détruire l’idée que l’industrie et la capitalisme sont nécessaires, indispensables voire naturelles. Le système économique de la nature a existé bien avant celui de l’économie industrielle, et la nature peut vivre sans l’économie industrielle tandis que l’inverse est impossible. Alors, quelles stratégies existent pour résister aux activités offensives de la civilisation industrielle ? Il y a les stratégies défensives qui réduisent le gain des opposants, comme des manifestations ou des occupations de terrain. Ces stratégies sont à l’origine du mouvement écologiste mais elles “ne suffisent pas pour gagner la guerre” et épuisent trop d’énergie dans la lutte. Il y a alors aussi les stratégies offensives qui visent à gagner du terrain, des ressources, à les reprendre de la civilisation industrielle. Face à un ennemi bien plus puissant, la stratégie est de le mettre en échec dans un espace et un temps limités où il peut être battu. Il faut aussi développer une culture de résistance à travers des discussions, la légitimation et la promotion de l’action collective ou plus simplement en ne dénonçant pas des actes d’écosabotage. 

Les stagiaires du blog Floraisons précisent qu’à travers leur conférence, ils n’incitent pas à l’action mais font de la promotion, qui permet notamment à créer cette culture de la résistance. Pour retrouvez tous les détails sur l’écologie radicale et sur pleins d’autres sujets liés à l’écologie, allez faire un tour sur leur site très riche et fleuri. Les diaporamas, un podcast ainsi qu’une retranscription résumée de leur conférence sont disponibles

  • Ce que la décroissance nous permet d’espérer collectivement

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Michel Lepesant est professeur de philosophie à la retraite et occupe dorénavant son temps libre par l’écriture et les conférences qu’il anime sur le thème de la décroissance. 

Il propose d’ouvrir cette conférence par le désarroi et de la fermer sur l’espoir, aussi mince soit-il. Désarroi d’abord en constatant la réforme des retraites et les critiques (celles des syndicats notamment) qui lui sont faites, elles ne font que s’inscrire dans un objectif de croissance et au final ne saisissent pas, selon lui, le véritable problème et « restent prisonnières du monde de la croissance».

La décroissance c’est une nouvelle vision de ne plus faire société, Macron est le porte-parole d’une façon de faire di-société c’est-à-dire la concevoir de manière individualiste, comme une simple association d’individus juxtaposés. L’intervenant se questionne alors sur le montant idéal pour une retraite qu’un décroissant pourrait proposer, la réponse est simple, le même montant pour tout le monde car les écarts ne peuvent être justifiés une fois à la retraite. Il explique que cette proposition n’est jamais mise en avant par les syndicats car ils ne sont pas capables de penser la retraite comme un non-travail.

Être décroissant signifie « je vois les bienfaits de la croissance, du capitalisme », il faut donc que la réponse en terme de décroissance soit encore plus attractive, car c’est là où le capitalisme l’emporte, son attractivité. Mais c’est aussi évidemment en voir ses méfaits et aujourd’hui on ne peut pas être mal informé sur la situation de la planète à cause du système actuel. Il faut donc que la décroissance réussisse à s’inscrire comme nouvelle façon de penser les rapports économiques et sociaux.

C’est là un point important, la décroissance ne pense pas qu’en termes économique et de soutenabilité environnemental mais aussi, et c’est central, en termes de soutenabilité sociale et Michel Lepesant pense que c’est ce qu’il manque aux collapsologues. Être décroissant ce n’est pas simplement s’inquiéter du dépassement des plafonds écologiques mais voir aussi ouvrir un front démocratique car à force de saper la démocratie on risque de détruire le plafond de soutenabilité démocratique. C’est là aussi que le philosophe Lepesant se fait le plus ressentir, il explique que même si le capitalisme était d’un point de vue social, économique et environnemental une réussite, alors ne faudrait-il quand même pas le remettre en question, ce mode de vie qui pousse à la profusion et à l’absence de limitation ? Etre décroissant c’est rompre avec la question de l’avoir et renouer avec celle de l’être.

Michel Lepesant fait aussi une différence entre les objecteurs de croissance, ceux qui s’inquiètent de l’objectif de croissance sans limite, et les décroissants, ceux qui disent déjà clairement qu’il ne faut pas tarder à décroître car les limites sont déjà dépassées.

Il y a selon Michel Lepesant, 3 catégories de gens potentiellement décroissants :

  • Les révoltés, indignés rejettent totalement le monde de la croissance car étant le pire de tous. Mais faire le constat de l’état de notre monde et de la catastrophe en cours peut être démobilisateur et ne fera pas naître de motivation. Le sentiment d’être dépassé par le monde qui nous entoure et d’en faire seulement le constat n’est pas mobilisateur.
  • Les rêveurs, idéalistes voient la décroissance comme un projet qui est lui impossible. Les précédentes expériences et celles du présent semblent ne pas être à la hauteur du défi (AMAP, socialisme utopique, ZAD, monnaie locale…). Ce n’est pas qu’elles sont mauvaises, Michel Lepesant ayant lui aussi longtemps participé à celles-ci, mais c’est qu’elles ne sont pas assez démocratiques et ne permettent pas de profondément changer le système. Elles ne font que s’inscrire comme des îlots au milieu du monde de la croissance, ne proposant que de la résilience et pas de véritable rupture.
  • La décroissance comme trajet, c’est la que Michel Lepesant s’inscrit maintenant. Il s’agit déjà de développer la pensée de la décroissance qui est aujourd’hui une naine dans les courants de pensées, c’est-à-dire se questionner et réfléchir à comment faire de la décroissance démocratiquement afin de pouvoir enfin proposer un nouveau modèle à l’échelle d’un pays, du monde. Le trajet signifie aussi de choisir le point de départ de la réflexion est de ne plus s’inscrire dans le socle capitaliste (monnaie locale) mais de rentrer en rupture, aussi avec les critiques faites au système actuel qui ont encore moins fonctionné que le capitalisme lui même (marxistes, trotskistes, écologistes,…).

Aujourd’hui il est trop tôt pour vivre en décroissance car cette pensée n’a pas encore atteint assez de personnes et donc le capitalisme reste toujours le mode de vie le plus désirable et donc la décroissance est rejetée par la plupart des gens. C’est pour cela que la décroissance si elle est possible comme mode de vie, le sera démocratiquement afin qu’elle ne soit pas subie et ne tombe pas dans un nouveau totalitarisme. Pour le moment les valeurs morales prônées, de sobriété, de partage et d’émancipation ne trouvent pas l’écho favorable face à l’attractivité du capitalisme, il faut créer une décroissance désirable. L’espoir naît avec la discussion, faire grandir ce mouvement de pensée afin de faire évoluer les mentalités et de veiller à ne laisser personne sur le côté dans la construction de ce nouveau mode vie.

 

Eliot Buchaca et Amandine Poncet

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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