La soirée qui se transforma en un vol direct pour la Moldavie – 1ère partie

Jeudi 30 janvier s’est déroulée la conférence sur la Moldavie et son vin qui fait la fierté du pays et est un enjeu géopolitique central pour celui-ci. Nous étions en compagnie de l’ambassadeur de la République de Moldavie en France et du député et directeur de l’Office National de la Vigne et du Vin de Moldavie. Ensuite, nous avons pu allier la théorie à la pratique par la dégustation d’une sélection originale de trois vins de Moldavie et d’un buffet de spécialités scandinaves. Un moment de convivialité illustrant le pouvoir fédérateur d’un vin de qualité qui a coulé à flot. L’événement a été organisé par les associations Krasa Mira, Alp’Europe et le Club Œnologie de Sciences Po Grenoble.

 

Cet événement nous a permis d’en apprendre plus à la fois sur les aspects  historiques, culturels et politiques du vin en Moldavie.

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Le vin moldave, un enjeu géopolitique de taille

Quelques points sur la Moldavie 

La République de Moldavie est indépendante depuis 1991, c’est un pays de 33 000 km² situé au carrefour de l’Europe et du monde slave, encadré par l’Ukraine et la Roumanie. Sa capitale est Chisinau, elle est d’ailleurs jumelée avec Grenoble. La Moldavie est très proche de la Roumanie du point de vue culturel et linguistique ; en 1918 les deux territoires étaient encore unifiés. La République de Moldavie est pour autant dépendante du marché de la Russie, un héritage de la période de l’Union Soviétique, où elle était devenue la  »cave à vin » de cette dernière, après son annexion en 1950, se convertissant à la viniculture de masse jusqu’à devenir la plus grande productrice dans l’Union. On ne compte pas le nombre de dirigeants qui sont venus s’y perdre et passer des soirées arrosées…

L’un des points de tension est la relation de la Moldavie avec la Transnistrie, région qui a le soutien de Moscou et s’est déclarée indépendante en 1992 par la force; de facto elle possède désormais sa propre monnaie, son Parlement, son drapeau… Le dialogue est difficile à instaurer et le statu quo est toujours de mise, d’autant plus qu’elle est devenue une plaque tournante de divers trafics.

La Moldavie entre le mur de la Russie et la fenêtre de l’UE, le rôle géopolitique du  »robinet du vin »

La République de Moldavie est dépendante à 98% des hydrocarbures de la Russie, pourtant c’est en coupant le  »robinet du vin » que le Kremlin cherche à faire pression sur le pays. Pourquoi prendre le vin comme outil géopolitique de pression ?

Le premier embargo a eu lieu en 2006, après que l’agence sanitaire russe ait détecté des présences de pesticides dans le vin moldave. Comme par hasard, cette inspiration divine survient au même moment qu’un profond désaccord avec Moscou sur le statut de la Transnistrie, et d »un rapprochement avec l’UE. La Russie n’apprécie guère que l’on tente de sortir de ses griffes. L’efficacité de ce premier embargo est flagrante du point de vue économique, il prive le pays de 80 %  de ses exportations. La croissance du pays passe de 7,5 %  en 2005 à 3%  en 2007. De nombreux producteurs sont au bord de la faillite. Cependant, seulement un an après la fin de la sanction, la République remonte à un taux de croissance de 7,8%. La fin de l’embargo est posée par la menace de Chisinau de bloquer l’entrée de la Russie au sein de l’OMC.

 

En 2013, la Moldavie signe un accord de libre échange avec l’UE pour un partenariat plus approfondi. Le pays est en effet européen de  »vocation et de localisation ». La surprise est alors grande… En réaction, un nouvel embargo est mis en place par la Russie. Les choses ont pour autant évolué. Le partenariat oriental s’est par exemple mis en place (politique de voisinage de l’UE), la Russie ne représente plus que 28 % du marché des exportations, l’Allemagne et l’Italie continuent les échanges sans remarque de la part de leurs propres services sanitaires… L’UE accoure aussi en ouvrant un marché total, donnant l’image d’un  »espace de solidarité avant tout », d’une alternative durable et fiable pour la sécurité du secteur vinicole du pays, d’une clé pour construire un  »avenir optimiste ». Le gouvernement de Moldavie est déterminé à saisir cette ouverture, avançant à petits pas mais à pas concrets par des reformes dans la production du vin. En 2013 est créée la marque nationale  »le Vin de Moldavie », la qualité est prônée notamment par une procédure de contrôle créée en 2014 et l’instauration de zones protégées. Ce sont aussi des avancées sous des angles plus larges à la fois juridiques, politiques et sociaux. Le vin et le secteur viticole sont donc désormais une direction stratégique pour un pays divisé entre diverses tensions territoriales, confronté à la difficulté de se reconstruire après l’URSS et les ingérences de Vladimir Poutine. Un moyen pour rayonner à travers le monde notamment lors de sa fête nationale du vin en octobre mais aussi en diversifiant son marché et par conséquent améliorant sa santé dans d’autres domaines aussi. Depuis l’indépendance il y a 27 ans, le pays construit la démocratie par une République parlementaire, et un gouvernement qui partage les valeurs européennes mais qui doit faire face à de nombreux défis.

Notre ambassadeur résume ces embargos et l’ingérence de la Russie puis cette échappée de la République de Moldavie pour construire cet avenir optimiste par un proverbe japonais  » le malheur peut être un pas vers le bonheur ». A méditer.

 

Portrait robot du vin moldave

Puis c’est au tour de Gheorghe Arpentin, œnologue et directeur de l’institut de l’Office National de la Vigne et du Vin, alias le meilleur compositeur de bons vins moldaves, de prendre la parole. Avant de déguster un bon vin, il présente son histoire qui lui donne toutes ses saveurs. Les premières traces de vignes sur le territoire datent de 2800 av. J.C, le vin voyage jusqu’aux marchés grecs et romains. Il est utilisé comme un outil d’échange mais aussi comme un trophée après les combats. Son développement est aussi lié à la religion orthodoxe majoritaire dans le pays, il est donc symbolique. Le développement de ce secteur fait partie intégrante de l’histoire. La suite de l’évolution du secteur viticole colore les vins de teintes stratégiques. Il joue un rôle dans le domaine social, économique et aujourd’hui la tendance est à la défense d’une certaine qualité et d’une entrée dans le développement durable. Notons par ailleurs que le ramassage des raisins se fait encore à cheval.

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L’une des appellations certifiées en Moldavie est le  »Divin », un vin produit par une méthode spéciale : double distillation, âgé de trois ans et mis en contact avec du bois de chêne. Selon la légende, son bouquet est de fleurs, de fruits parfois de vanille, de chocolat, des effluves de bois précieux, de noix de coco ou encore de grains de café…
La viniculture est aussi rendue possible par un climat et une situation géographique particulière. Les conditions micro-climatiques sont très propices, grâce à 3000 petites rivières passant dans le territoire et des hauteurs qui varient ce qui influe les expositions. Le sol est très riche, composé de terre noire. En bref, de quoi faire varier les cépages pour créer des assemblages et explorer de nouvelles possibilités. Le réchauffement climatique pose également un nouveau défi pour adapter les vignes à des bouleversements qui se font sentir notamment à travers un volet stratégique d’expérimentation de cépages résistants.

Sélune Cannizzo

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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