Matthias et Maxime, entre quête d’identité et histoire d’amour

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C’est l’histoire d’une bande d’amis allant passer un week-end dans la campagne québécoise. Rien de bien palpitant a priori. Mais pour Matthias et Maxime, ce week-end n’a rien d’anodin. Au détour d’une conversation, un défi est lancé et les deux amis se retrouvent à devoir s’embrasser devant une caméra pour les besoins d’un court métrage amateur. Ce baiser va les changer au-delà de ce qu’ils avaient imaginé, faisant naître en eux nombre de troubles et de questionnements profonds sur leur identité et leur sexualité. Mais c’est aussi une course contre la montre qui s’entame pour eux puisque Maxime s’apprête à partir pour deux ans en Australie. Le compte à rebours commence alors pour ces deux hommes qui n’ont que peu de temps pour tenter de trouver un sens à ce qu’ils ressentent.

La beauté du film de Xavier Dolan tient en ce qu’il nous fait ressentir puissamment ce trouble, ces doutes qui habitent les deux jeunes hommes. Magnifiquement interprétés par Xavier Dolan et par l’humoriste québécois Gabriel D’Almeida Freitas, Maxime et Matthias n’arrivent pas à se dire ce qu’ils ressentent. Alors ce qu’ils n’arrivent pas à exprimer par les mots, ils l’expriment à travers leurs gestes, qu’ils soient doux- un regard à la dérobée, un sourire, un rire absurde après une querelle- ou violents, la violence semblant un exutoire pour ces personnages emprisonnés dans leur corps qu’ils croyaient connaître mais qui se révèle les surprendre et les trahir. Pour ces deux hommes hétérosexuels et amis de longue date, il est difficile de mettre des mots sur ce sentiment nouveau et quand les mots sortent enfin, c’est souvent de manière violente et blessante. Ils s’aiment mais ils ne savent pas se le dire et cela crée une tension, qui ne peut se résoudre que par le rejet ou par un rapprochement physique qui n’est pas exempt d’une certaine brutalité. Le réalisateur québecois nous fait ainsi ressentir avec une grande délicatesse la gêne et les maladresses propres aux relations humaines.

Car dans le cinéma de Xavier Dolan, chaque plan a son importance et fait écho aux émotions qui traversent ses personnages. Le réalisateur est un maniaque du contrôle; chaque scène aussi désordonnée puisse-t-elle paraître, comme ces dialogues au rythme effréné et à la verve québécoise toujours d’une grande drôlerie, rend palpables les pensées des personnages. Ainsi, une succession de plans rapides des différents personnages s’exprimant à toute vitesse lors d’une conversation nous fait ressentir le sentiment de décalage et de solitude du personnage à l’écart de cette discussion. Certains égarements des personnages gagneraient peut-être plus à être laissés à l’imagination du spectateur que suggérés à travers une succession de gros plans sur des éléments de l’environnement de ceux-ci -une plante dans un coin de la salle, une peinture sur le mur- qui peuvent parfois sembler superflu. Toutefois, c’est aussi l’attardement de la caméra sur des éléments paraissant n’avoir aucun lien avec l’action principale qui permet de rendre pleinement compte de la force de certaines scènes. Ainsi, une scène de course sous la pluie afin de récupérer le linge étendu dehors illustre parfaitement l’urgence des derniers moments passés ensemble. Cette urgence, ce besoin profond de vaincre la montre quand le temps manque pour tout se dire et pour enfin comprendre, nous sont aussi transmis par la musique, élément toujours central dans les films de Dolan. Hormis quelques références pop chères au réalisateur, comme l’apparition notable d’une musique de Britney Spears pendant un numéro de pole dance, la musique du film est cette fois confiée aux bons soins du pianiste québécois Jean-Michel Blais. Celui-ci nous offre une bande originale tout en émotion qui traduit à merveille la détresse des personnages et permet de saisir pleinement l’intensité du moment qui se joue sous nos yeux.

La magie de Matthias et Maxime réside donc bien moins dans son intrigue, d’apparence anodine, que dans sa subtile représentation de la quête de soi, que celle-ci passe par un voyage à l’autre bout du monde ou par la redécouverte d’une sexualité que l’on ne pensait pas avoir un jour à questionner.

Camille Ravasio 

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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