Les Hirondelles de Kaboul, réflexion sur la justice

 Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mérvellec n’est pas un film d’animation au sujet poétique. Il est cruel, sans aucune pitié, mais terriblement réaliste. Les graphismes faits de décors semblables à des aquarelles dépeignent un univers sanglant, dur, un univers pénitentiaire pour la pensée libre. Et c’est là qu’une poésie improbable apparaît dans ce chef-d’œuvre, car cette pensée libre nous transporte, nous et les personnages à travers ce film. Elle vit en Zunaïra qui n’accepte pas le régime taliban. Elle se bat en Mohsen qui se sent perdu à la suite d’un acte irréparable qu’il a commis. Mais cette pensée libre est surtout naissante en Atiq. Telle une graine, elle va germer dans son esprit, puis grandir et commencer à fleurir. Mais une fois qu’Atiq, gardien de prison pour les femmes condamnées à morts, prend conscience de cette fleur, ce doute envers le régime taliban, là commence sûrement la plus grande épreuve de ce personnage : doit-il arroser cette fleur et en prendre soin, la cultiver à ses risques et périls, ou doit-il l’abandonner et la laisser faner pour revenir à son ancienne vie et oublier ce doute ? Si la réponse nous semble évidente, c’est sans aucun doute parce que nous ne sommes pas à Kaboul, été 1998, sous le régime taliban.

Ce thème de la pensée libre lie ce film au sujet, inépuisable en art, de la justice. Qu’est-ce que la justice ? Est-elle liée à la loi ou à la morale ? Et quel est son prix si elle en a un ? Nous dirions sans doute que la justice n’a pas de prix et qu’il faut se battre pour elle, tout en se bombant le torse et en levant fièrement la tête. Nous nous référerions aux résistants qui ont lutté durant la Seconde Guerre Mondiale. Mais dans ce cas, il faut alors prendre en compte un chiffre : 3%. C’est l’estimation haute du nombre de résistants alors actifs dans la population française. Alors oui, il est vrai qu’il faut défendre la justice, mais à Kaboul, été 1998, la priorité, comme cela l’était pour 97% des Français en 1944, est de survivre.

Et c’est là qu’apparaît l’héroïsme. Car dans ce film, il n’y a pas besoin de grandes démonstrations de force pour être un héros. Il ne suffit que de musique, de dessins, d’eau ou de chaussures, des choses qui nous semblent insignifiantes mais qui sont pourtant une marque de rébellion contre une « justice » que l’on n’accepte pas. Ce film nous rappelle l’importance et la chance de pouvoir penser librement, différemment, et de pouvoir douter de ce qui est juste ou non.

L.A.D.

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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