France-Algérie (2001) : l’échec d’une rencontre politique

Par Justine Magaud

Le 6 octobre 2001, au Stade de France, les Bleus rencontrent pour la première fois depuis la fin de la guerre d’indépendance algérienne les Fennecs, l’équipe nationale algérienne. Ce match amical est issu d’une volonté politique. Dès le début de la rencontre, le climat est lourd dans le stade. La Marseillaise est copieusement sifflée par les supporters algériens et Zinédine Zidane, seul joueur d’origine algérienne est conspué à chacune de ses prises de balle. Ce qui devait être le symbole de la réconciliation tourne au fiasco. Retour sur l’échec d’une rencontre éminemment politique.

8 octobre 2001. JT de France 2

Marie-George Buffet a étroitement contribué à l’organisation de cette rencontre en partenariat avec la Fédération française de football (FFF). Le contexte politique international est pourtant très tendu en cette période : quelques semaines plus tôt, les États-Unis subissaient les attentats du 11 septembre. De plus, l’histoire commune de la France et de l’Algérie rend cette affiche particulière, étant données les relations tendues entre les citoyens des deux nations et les difficultés d’intégration des personnes issues de l’immigration au sein de la société française. Lors de cette soirée automnale, devant plus de 78 800 supporters et plusieurs représentants politiques français présents au Stade de France, les tensions persistantes entre les deux peuples ont été révélées au grand jour, et on fait de cette rencontre politique qui se voulait symbolique, un raté

Dès le début de la rencontre, le climat est lourd dans le stade. La Marseillaise est copieusement sifflée par les supporters algériens et Zinédine Zidane, seul joueur d’origine algérienne présent ce soir-là dans l’effectif de l’Équipe de France, est sifflé à chacune de ses prises de balle. Il avait d’ailleurs avoué avant le match être mal à l’aise avec cette affiche opposant son pays au pays d’origine de ses parents : « S’il y a un match où l’on doit faire match nul, si j’ai à choisir ce sera celui-là. L’Équipe de France fera tout pour gagner le match, mais à la fin, si on fait match nul, je ne serai pas trop déçu. » Thierry Henry remarque dès son entrée sur le terrain l’ambiance particulière dans laquelle serait disputée la rencontre, comme en témoigne Medhi Meniri, joueur membre de l’équipe de Fennecs, dans le documentaire Les Bleus, une autre histoire de la France, 1996-2016 : « Quand je rentre sur le terrain, je croise Thierry Henry et Patrick Vieira et Thierry Henry me dit : ‘ce soir, vous allez jouer à domicile’. Et je pense qu’il a eu raison, on a joué à domicile ce soir-là. »

les limites de la France « black, blanc, beur »

Les Bleus, champions d’Europe et du Monde en titre, mènent 4-1 à la 76e minute grâce à des buts de Vincent Candela, Emmanuel Petit, Thierry Henry et Robert Pires quand plusieurs dizaines de supporters envahissent le terrain, contraignant l’arbitre, Gomez Costa, à interrompre la rencontre, estimant que la sécurité des joueurs n’était plus assurée. Ce match symbolise les limites de la France « black, blanc, beur » qui faisait la fierté du pays au lendemain de la victoire face au Brésil en Coupe du Monde. Il montre que le football ne peut pas porter seul un message politique, celui de l’intégration. Ce soir-là, l’échec a été politique plus que sportif. L’ancien défenseur de l’Équipe de France Franck Lebœuf, en 2017, dans l’émission « Le Vestiaire », s’en prend directement au pouvoir politique français de l’époque en évoquant ce match : « Nous n’avons pas joué un match de foot. On a fait un match politique pour des gens qui avaient envie de se la raconter. Et moi, j’ai eu peur pour moi et pour mes potes. »

Dans les semaines qui suivent cette rencontre, le match est souvent évoqué par les personnalités politiques de gauche comme de droite.

« Il faut avoir le courage de dire que l’intégration est un échec. »

Les élus regrettent les difficultés d’intégration des jeunes issus de l’immigration, qui seront à nouveau visibles en 2005 lors des émeutes en périphérie des grandes villes françaises. François Hollande, alors premier secrétaire du Parti Socialiste, déplore que « le mécanisme d’intégration marche mal. » Marie-George Buffet fait plusieurs interventions médiatiques après le match où elle exprime des regrets vis-à-vis de la situation : « Il faut avoir le courage de dire que l’intégration est un échec. » Les représentants de la droite, à l’instar d’Alain Juppé et de Bernard Pons, ont évoqué leur indignation et leur peine quant au fait que l’hymne national français ait été sifflé lors de cette soirée d’octobre 2001.

Suite à cette rencontre, trois jeunes interpellés au Stade de France ont été condamnés à trois mois de prison avec sursis par le tribunal de Bobigny.

Durant l’été 2019, les manifestations de joie des supporters algériens en France au fil des victoires de l’Algérie durant la Coupe d’Afrique des Nations ont ravivé les souvenirs laissés par le match France-Algérie.

Une nouvelle rencontre entre les deux équipes en 2020 est actuellement en pourparlers. Cette dernière aurait lieu en Algérie à l’occasion de l’inauguration, à l’Institut du monde arabe à Paris, de l’exposition « Football et monde arabe, la révolution du ballon rond. » Une manière, souhaitons-le, de mesurer les progrès de l’intégration presque vingt ans plus tard.  

Des matchs très politique

Le football est le sport le plus populaire au monde. Il n’est pas rare que les matchs, notamment internationaux, soient porteurs de messages politiques forts. Ils symbolisent parfois l’union et le soutien entre les peuples, comme lors du match France-Angleterre du 17 novembre 2015 suivant les attentats de Paris, où les joueurs ont porté le deuil du pays, ou encore lors de la rencontre Belgique-Portugal après les attentats de Bruxelles où les deux équipes se sont mélangées pour chanter les hymnes nationaux. D’autres rencontres témoignent à l’inverse des tensions entre les peuples et des difficultés d’intégration au sein de la population française des personnes issues de l’immigration. On peut par exemple citer le match France-Tunisie au Stade de France en 2008 au cours duquel la Marseillaise a été sifflée, ou encore celui opposant la France à l’Algérie en 2001 qui a fait l’objet de multiples tensions et n’est pas allé à son terme.

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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