Coupe du monde 2019 : une aventure au féminin

Par Justine Magaud

La huitième édition de la Coupe du Monde féminine de la FIFA a vu la victoire en finale, à Lyon, le 7 juillet dernier, des États-Unis de Jill Ellis face aux Pays-Bas de Sarina Wiegman. Les bleues de Corinne Diacre se sont fait éliminer aux portes de la demi-finale par les Américaines, championnes du monde en titre, grâce à un doublé de Megan Rapinoe. Retour sur les évènements marquants de cette compétition.

Un succès populaire

En France, cette Coupe du Monde a rencontré un très grand succès, ce qui est notamment visible par les audiences de télévision. En effet, plus de 9.8 millions de téléspectateurs ont regardé sur TF1 le match d’ouverture de la Coupe du Monde 2019 (ils étaient 12.6 millions à regarder celui de la Coupe du Monde 2018).

C’est plus qu’espéré par le groupe TF1, qui a augmenté ses tarifs publicitaires au cours de la compétition. Le succès est aussi perceptible dans les tribunes, puisque plusieurs rencontres se sont faites à guichet fermé, comme par exemple les phases de groupe de l’équipe de France, la demie-finale et la finale.

Si les bleues de Corinne Diacre ont bénéficié tout au long de leur parcours de l’engouement populaire, elles ont également pu compter sur le soutien de leurs homologues masculins, à l’instar de Kylian Mbappé et Antoine Griezmann, qui leur ont adressé un message de réconfort suite à leur élimination en quart de finale.

De nombreux supporters interrogés dans le cadre de cet article ont confié qu’ils appréciaient particulièrement le football féminin en grande partie pour le jeu proposé par les femmes : simple, passionné et sans exagérations (« moins de cinéma », « moins de chichis »).

Des considérations politiques

Les personnalités politiques ont aussi porté intérêt à cette Coupe du Monde « à la maison ». Le président de la République Emmanuel Macron a tenu, comme il l’avait fait en juin 2018 avec l’équipe masculine, à rendre visite aux bleues à Clairefontaine pendant la préparation de la Coupe du Monde pour leur apporter son soutien.

Au micro de France Inter le 1er juillet, Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, a plaidé pour une meilleure rémunération des joueuses de l’équipe de France de football (« il serait naturel et normal d’augmenter maintenant les rémunérations des joueuses »), compte tenu de l’importance prise par le football féminin ces dernières années, avec entre autres des investissements importants au niveau des infrastructures et des centres de formation, mais aussi par les audiences suscitées par cette Coupe du Monde 2019.

Laure Boulleau, ancienne footballeuse du Paris Saint-Germain et de l’équipe de France, et Gaëtane Thiney, footballeuse évoluant actuellement au Paris Football Club et en Equipe de France, se sont exprimées à ce sujet au micro de Clique Dimanche en avril 2019, en expliquant les écarts de salaires entre hommes et femmes dans le football par le fait que le football féminin rapporte moins d’argent que le football masculin et que, par conséquent, il faut attendre que les circuits économiques du football féminin soient aussi développés que ceux du football masculin pour atteindre, à terme, une égalité salariale.

Rappelons que, selon la Fédération Française de Football, le salaire moyen d’une joueuse professionnelle se situe entre 1500 et 3000 euros bruts par mois, alors qu’un joueur de ligue 1 perçoit en moyenne 75000 euros brut par mois.

Lors d’une interview pour Yahoo Actualités, l’ancienne ministre Ségolène Royal a exprimé sa volonté de voir le sport féminin prendre de plus en plus de place sur les antennes de télévision française, et à émis l’idée de créer des équipes de football mixtes (« pourquoi pas du foot à équipes mixtes? Vous imaginez le spectacle? C’est extraordinaire »).

Cette proposition a fait régir de nombreux internautes estimant entre autres l’idée dangereuse pour les joueuses, qui auraient un risque de blessure plus important pendant des matchs mixtes. Le consultant Pierre Menès a aussi tenu à exprimer son désaccord avec cette proposition sur son compte Twitter personnel.

Le parcours des bleues

La liste des 23 joueuses sélectionnées pour représenter la sélection Française était prévisible. On y retrouve notamment les lyonnaises Wendie Renard, Amandine Henry et Eugénie le Sommer, qui ont gagné la Ligue des Champions avec leur club en mai dernier.

L’attaquante du Paris Saint-Germain Marie-Antoinette Katoto, meilleure buteuse du championnat français et meilleur espoir de D1 féminine, n’a cependant pas été sélectionnée pour cette Coupe du Monde, ce qui a beaucoup étonné les personnes s’intéressant au championnat français.

La sélectionneuse a justifié son choix par le fait qu’il manque encore « quelque chose » à la jeune joueuse, mais avoue que le choix de sa non-sélection a été difficile.

En mars 2019, quelques mois avant le début de la Coupe du Monde, la FIFA avait placé l’Équipe de France féminine en quatrième position de son classement, derrière les États-Unis, l’Allemagne et l’Angleterre. En remportant leurs trois matchs de groupe (contre la Corée du Sud, la Norvège et le Nigeria), les coéquipières d’Amel Majri ont réussi l’exploit d’être les premières dans toute l’histoire de l’Équipe de France en Coupe du Monde, sélections féminines et masculines confondues, à remporter leurs trois matchs de poules.

En huitième de finale face au Brésil de Marta (meilleure buteuse en Coupe du Monde, hommes et femmes confondus, avec 17 réalisations), les bleues ont fait sensation.

À égalité à la fin du temps règlementaire (1-1), c’est Amandine Henry, la capitaine des bleues, qui a délivré son équipe à la 106e minute, avec un but suite à un coup franc, qui n’est pas sans rappeler celui de Thierry Henry face au Brésil en 2006.

Le rêve bleues s’est brisé en quarts de finale face aux États-Unis, championnes du monde en titre. Le but de Wendie Renard à la 81e minute n’a pas suffi, face au doublé de Megan Rapinoe, à les envoyer en demi-finales contre l’Angleterre.

Cette élimination au porte du dernier carré de la compétition a aussi pour conséquence de ne pas permettre aux bleues de participer aux prochains jeux olympiques. En effet, seules les trois meilleures équipes européennes de la Coupe du Monde pouvaient participer au tournoi olympique, et c’est donc les équipes d’Angleterre, Pays-Bas et Suède que l’on retrouvera l’an prochain à Tokyo.

Le président de la Fédération Française de Football, Noël le Graët, a annoncé dès le lendemain de l’élimination des bleues le maintien au poste de sélectionneuse de l’Équipe de France de Corinne Diacre, qu’il estime être « la femme de la situation ».

Cependant, les critiques publiques faites par la sélectionneuse sur les performances de la lyonnaise Eugénie le Sommer dans cette Coupe du Monde ont fait réagir les dirigeants du club qui ont estimé, à l’instar de Jean-Michel Aulas, que Corinne Diacre est « sortie du cadre institutionnel et professionnel » et qui ont remis en cause le plan de jeu mis en place par cette dernière.


L’interview : Yannis

De nationalité belgo-marocaine, Yannis est passionné de football depuis ses 9 ans. Supporter du Standard de Liège, de Manchester City, de l’Olympique de Marseille et des sélections Belge, Marocaine, Néerlandaise et Américaine, il ne rate pas une occasion de suivre un championnat ou une grande compétition.

Quel est ton rapport avec le football féminin?

Le foot féminin, c’est surtout maintenant, avec Téléfoot par exemple, qu’on en parle beaucoup en France, et sur Eurosport que je lis et qui en parle souvent puisque la Coupe du Monde se passe chez vous. Par curiosité, je regarde. Je suis moins pris que par le foot masculin parce que je trouve qu’il y a moins d’intensité. J’ai vécu une Coupe du Monde avec la Belgique l’année passé où on a fait une performance énorme, j’ai vu ce que c’était l’intensité d’une demi-finale de Coupe du Monde et on a pas ça dans le football féminin, c’est un peu moins interessant. Je suis supporter le Manchester City où j’ai l’habitude de voir des matchs à haute intensité donc c’est plus dur de voir le football féminin. Mais je suis heureux de voir que le football se développe au niveau féminin. Après, c’est très culturel, j’ai vécu aux Etats-Unis et quand on nous présentait les Universités là-bas, on nous parlait du sport étudiant et on nous avait dit « les équipes de foot, c’est pour les filles ». Je ne suis donc pas du tout surpris du niveau des Américaines quand je vois le développement au niveau étudiant là-bas.

Tu n’es donc pas du tout surpris de les voir en finale de Coupe du Monde?

… Et qu’elles soient championnes du monde en titre non plus. D’ailleurs, on aura peut être un back to back (la finale n’avait pas encore eu lieu au moment de l’interview, ndlr). Le rapport au foot féminin c’est donc plus par curiosité et par découverte.

Plusieurs supporters disent que les femmes sont moins rapides mais plus techniques que les hommes. Qu’en penses-tu?

Ça dépend ce que tu suis. C’est moins rapide et moins intense, ça c’est clair. Au niveau technique, ça dépends, parce que tu peux avoir des joueurs très techniques des deux côtés. Ça dépends de ce que tu suis, si tu suis le championnat d’Espagne, tu vois que c’est très technique, chaque championnat a ses spécificités. Chez les femmes, je ne sais pas… peut être, je ne suis pas particulièrement convaincu.

J’ai demandé à plusieurs supporters ce qu’ils préféraient dans le football féminin par rapport au football masculin, et plusieurs personnes ont répondu que les femmes faisaient « moins de chichis », partages-tu cet avis?

C’est vrai, ça il faut le dire. Moi je m’en fiche un peu, mais c’est vrai qu’elle tombent moins, elles font moins de chichis et moins d’histoires. Mais pourquoi est-ce que ça fait moins d’histoires? Très simplement, parce qu’il y a moins d’enjeux financiers. Il suffit de regarder les sommes allouées pour une Coupe du Monde féminine et pour une Coupe du Monde masculine et tu comprends vite. Il y a moins de chichis parce qu’il y a moins de pression financière.

Pendant la Coupe du Monde 2019, as-tu regardé certains matchs « pour le plaisir » ou as-tu seulement regardé les matchs des équipes que tu soutenais?

J’ai surtout regardé les Etats-Unis et les Pays-Bas qui sont les équipes que je soutiens, donc non, je n’ai pas du tout regardé les matchs par plaisir, je les regardais surtout en tant que supporter.

Faisais-tu pareil pendant la Coupe du Monde masculine?

Je regardais quand même en priorité les matchs de la Belgique et du Maroc. Les autres équipes que je soutiens comme le Pays-Bas et les Etats-Unis n’étaient pas qualifiés. Ça m’arrivait de regarder d’autres matchs mais il n’y a rien à faire c’est une Coupe du Monde, on soutient son équipe. Là (durant la Coupe du Monde féminine 2019, ndlr), si la Belgique était qualifiée, je la regarderais peut-être différemment. Notre équipe féminine s’était qualifiée à l’Euro il y a deux ans, on avait un peu plus suivi, mais sans plus.

Tu as donc tendance à suivre le foot masculin par plaisir, mais le foot féminin seulement quand il y a un enjeu, c’est juste?

… et que je suis supporter. Oui, plutôt. Le foot masculin, je peux le regarder par plaisir. Souvent, quand je regarde les matchs d’autres clubs que ceux que je supporte, c’est parce qu’il y a des Belges dans l’équipe et que je veux les voir jouer, mais c’est aussi parfois pour le plaisir de voir un beau match.

Les prochains matchs de l’Équipe de France féminine seront diffusés sur TF1 et M6 dès la rentrée. Penses-tu que cela peut amener les Français encore dubitatifs sur le football féminin à s’attacher à cette équipe?

La médiatisation peut aider à ce que ça prenne mais il faut aussi qu’il y ait des figures pionnières qui marquent leur temps. Je pense que Pelé et Maradona ont marqué leur temps, et ont aidé au développement de ce sport. Il faut qu’il y ait des étincelles, il y en a une qui s’est allumée avec la Coupe du Monde féminine et il en faut encore quelques-unes pour que ça prenne vraiment.

Selon tes dires, le Coupe du Monde 2019 a eu moins de succès en Belgique qu’en France, comment est-ce que tu expliques ça? Est-ce que tu penses que le fait que la France ait été Championne du Monde en 2018 a pu susciter cet intérêt populaire, en donnant envie aux Français de revivre les émotions de l’été dernier?

En Belgique, on en a peu parlé parce qu’on n’était pas qualifiés. Je pense que si on s’était qualifiés, on en aurait plus parlé. La télévision belge francophone a quand même retransmis tous les matchs de la Coupe du Monde féminine sur son site internet, mais on n’en parlait pas autant parce qu’on n’était pas qualifiés. A l’Euro, on en avait plus parlé parce qu’on suivait le parcours de notre équipe nationale. Le fait que la France soit championne du monde masculine en titre a quand même dû jouer sur l’intérêt des Français. C’est bien qu’il y ait des interactions entre équipe masculine et équipe féminine pour créer l’intérêt chez les supporters pour l’équipe féminine.

Marlène Schiappa a plaidé pour une augmentation du salaire des joueuses. Selon toi, est-ce que cela est possible?

Qu’elles veuillent le même salaire, c’est normal, parce qu’elles font le même métier que les hommes, mais ce n’est pas possible pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas les même sommes en jeu, pas les même droits TV, etc. Pourquoi les meilleurs salaires chez les hommes sont en Angleterre? Parce que les droits TV des matchs sont énormes. La Premier League a évolué, aujourd’hui c’est le meilleur championnat au monde et il y a des conséquences sur les salaires. Tant que le foot féminin ne sera pas aussi médiatisé que le foot masculin, il n’y aura pas les mêmes sommes en jeu, donc on ne pourra pas donner les mêmes rémunérations. Il faut aussi regarder les vrais salaires des joueurs de football masculin. On peut parler des salaires de Neymar, Hazard et Ronaldo, mais tous les joueurs de Ligue 1 et Ligue 2, qui jouent à un très bon niveau, sont loins de gagner autant.

Ségolène Royal a proposé de créer des équipes mixtes de football. Qu’en penses-tu?

C’est une bonne idée mais il ne faut pas tomber, au nom de l’égalité femmes-hommes, dans un oubli des différences physiques et biologiques entre les sexes. Après, faire des équipes mixtes pourquoi pas, on peut essayer. Ça pourrait amener de la curiosité, mais il faudra passer par une baisse d’intensité, ce qui ne va pas forcément plaire aux supporters. Mais ça pourrait être bien.

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Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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