Guinée: un déguerpissement sauvage qui passe inaperçu

Si dans la plupart des Etats « normaux », l’un des rôles régaliens de l’Etat est la protection de ses citoyens, au pays de l’ancien professeur de Droit à la Sorbonne, Alpha Condé, l’État use de sa force pour martyriser et appauvrir sa population.

En effet, le gouvernement guinéen vient de détruire plusieurs milliers d’habitations à Conakry dans le but de décongestionner certains quartiers, violant ainsi de manière flagrante la Constitution guinéenne et ses engagements régionaux et internationaux.

Les citoyens visés par ces destructions n’ont eu qu’une semaine, si ce n’est 72 heures, pour abandonner l’endroit qu’ils habitaient pour certains depuis 70 ans, sans dédommagements et sans aucune mesure d’accompagnement, sous prétexte qu’ils habitent sur une zone réservée.

Ainsi, les gouvernements se suivent et se ressemblent : en 1998 le même quartier avait déjà été visé par cette mesure et on constate que 20 ans après, rien n’a été construit sur la zone.

Aujourd’hui, ces personnes qui ont travaillé durant toute leur vie pour construire leurs logis ont été brutalement chassées et humiliées avant que leurs maisons ne soient démolies et transformées en champs de ruine.

Pour rappel, en 1998 l’actuel homme fort de Conakry était le principal opposant du régime et n’avait pas hésité à qualifier cette opération de « déguerpissement sauvage ».

Lors de sa dernière visite sur ce site en 2016, le chef l’État avait promis que dans le cas où il devrait y avoir déguerpissement, la loi serait respectée et qu’ainsi, toutes les personnes habitant dans cette zone seraient dédommagées et qu’il aurait des mesures d’accompagnement pour les mécaniciens. Le voilà donc aujourd’hui à la manœuvre, faisant pire que son prédécesseur en militarisant la zone pour créer la psychose au sein de la population sans que personne ne puisse broncher un mot.

Aujourd’hui, ces citoyens sont désemparés et abandonnés dans la nature. Il s’agit de milliers d’enfants qui vont être contraints d’abandonner leurs études parce que leurs maisons, mais aussi leurs écoles ont été détruites. Les images qui viennent du pays sont saisissantes. Une vieille dame témoigne : « moi j’habite ici depuis 1940, aujourd’hui ma maison a été détruite par le gouvernement et je ne sais pas où aller ». Des images d’enfants et de femmes qui pleurent de toutes leurs larmes : c’est une véritable violation des droits de l’homme qui a été commise sur plus de trois milles personnes sans que les médias occidentaux ne fassent échos de ce crime.

Cependant, ce qui est encore plus révoltant dans cette affaire, c’est que toutes ces personnes qui habitaient dans cette zone détenaient des titres fonciers délivrés par le Ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat qu’ils avaient achetés à travers les représentants de l’État, soit des maires, soit des chefs de quartier. Cela signifie qu’ils disposaient des documents légaux certifiant leur droit à résider dans la zone.

Suite à cette opération de déguerpissement, la population s’organise pour jouer le rôle qui devrait être celui de l’l’État pour fournir des toits et de la nourriture aux personnes déplacées et éviter un drame humanitaire. Par exemple, un opérateur économique a offert deux hectares à ces victimes de déguerpissement sauvage dans la commune de Coyah, c’est à dire à 50 kilomètre de la capitale.

Par ailleurs, des guinéens épris de paix et de justice se mobilisent pour une levée de fonds en faveur de la construction de logements sociaux pour ces personnes.

La question que tout le monde se pose actuellement est de savoir pourquoi seule cette partie de la capitale subit ce sort, alors qu’il y existe des dizaines d’autres zones réservées à Conakry, sans que   ces personnes ne soient inquiétées. Pourquoi ce deux poids-deux mesures ?

Barry Bademba

 

Crédit: mosaiqueguinée

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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