Sciences Po Grenoble, Clinton et Rihanna – Portrait d’André Vallini

Le Cheveu Sur La langue réalise une série de portraits de personnages (grenoblois ou non) qui seront publiés régulièrement dans nos colonnes. Anecdotes, bribes de vie et témoignages, ces portraits se veulent variés et originaux.

Derrière ses petites lunettes carrées, le regard d’André Vallini est perçant et malin. L’homme est habile et élégant, dans le verbe comme en costume, et il n’a pas à rougir de son passé. Son CV ? « Rectiligne ». Son engagement  au PS ? « De tous les instants », ce qui lui a valu, après être devenu président du conseil général puis député, ses entrées au gouvernement en temps que secrétaire d’Etat. « Le député élu le plus élégant de l’assemblée nationale » est assez expressif, mais son regard ne s’éclaircit vraiment que quand il est question de ses années étudiantes à Sciences Po Grenoble et de ses voyages à Washington. Dans les deux cas, c’est l’homme qui parle, crevant la carapace politicienne.

« J’arrive à 17 ans à Sciences Po ».

Avec un peu d’avance, le jeune André s’enthousiasme pour « les études de droit constitutionnel et d’histoire », découvre « le trotskisme et la révolution russe » avec Pierre Broué et « l’économie vue par Marx grâce aux enseignements de Bernard Billaudot ». Si ces matières lui laissent un si grand souvenir, c’est que son engagement politique naît à cette époque : « Je n’étais pas politisé à mon entrée à Sciences Po, mais très soucieux de justice et d’égalité. Tout ça m’a fait basculer du gaullisme de mon père au gauchisme »; « non violent » précise-t-il, le regard joueur.  Cette conviction politique grandissante se mêle à une culture familiale catholique traditionnelle. « Pour moi le premier révolutionnaire fût Jésus et le christianisme me travaillait beaucoup. Je me disais qu’on ne peut pas être chrétien et se satisfaire de la société telle qu’elle est ».

Si André Vallini se sent « sciences-piste » dans l’âme et profondément Isérois, il balaye cependant la question de la politique d’Eric Piolle d’un revers de main : « Je fais confiance à mes amis socialistes grenoblois pour faire leur travail d’opposition constructive à ce que fait la municipalité actuelle ». Au fond, le sénateur n’est pas de Grenoble au sens strict du terme, et bien qu’il sache honorer ses racines, c’est vers l’international que se porte le bleu de ses yeux. Pour commencer, depuis la métropole: « A l’époque on ne parlait pas encore de la mondialisation, mais Grenoble était déjà un creuset d’étudiants venu du monde entier, d’Afrique et du Maghreb. J’avais des amis grecs, libyens, marocains, ivoiriens et d’Europe, ce qui a contribué à me faire prendre conscience de l’aspect international des problèmes qu’on peut rencontrer en France. ».

Le jeune député Vallini ne connait que quelques mots d’anglais lorsqu’il se retrouve catapulté à la présidence du groupe d’amitié France-États-Unis. « Un coup de pot » selon lui, qui a donné lieu à de nombreux voyages de l’autre côté de l’Atlantique, dont un particulièrement marquant. « J’ai été prévenu une heure avant »; le député, alors à Washington avec la délégation française, se voit proposer d’aller déjeuner à la Maison Blanche. « Avec la séparation des pouvoirs là-bas, il n’est normalement pas question qu’un parlementaire assiste à un déjeuner de travail entre deux exécutifs. Mais Clinton avait dit oui ». Le président américain, soucieux du détail, portait du Dior et du Saint-Laurent pour l’occasion. L’ordre du jour portait sur les OGM, la dévaluation du Yen ou encore le Kosovo. A l’époque, la présidence était inquiétée par l’affaire Monica Lewinsky – scandale médiatique à base d’adultère, aussi connu sous le nom de Monicagate. « Le congrès était en train de délibérer pour savoir s’il le destituait ou pas. Et je voyais souvent Clinton avec les yeux dans le vide, perdu dans le vague, fixant un couvert sur la table, une assiette. N’écoutant plus, décrochant… » souffle Vallini, presque emporté par le souvenir qu’il ressuscite.

« Quand vous y avez goûté vous y revenez toujours ».

Le sénateur de l’Isère peut se targuer d’avoir été retweeté par Rihanna après le passage de la chanteuse à l’Elysée. Mais s’il a des étoiles plein les yeux, il y a bien une chose qu’il se refuse de convoiter en public. Il réfute tout en ironie : « La présidentielle ? En France c’est un peu petit maintenant, aux USA peut-être ».

La série de tweets en question :

 

Propos recueillis par Antoine Beau

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