Semaine En Tout Genre – Conférence « Transidentités : enjeux de luttes dans une société binaire »– 30/02/2019

Mercredi 30 Janvier, dans le cadre du festival En Tout Genre et de la journée « Je rêvais d’un autre genre”, l’IEP recevait la visite de l’éminente Karine Espineira, sociologue des médias franco-chilienne et chercheuse dans le domaine des constructions médiatiques des transidentités, de la politisation du mouvement trans et des transféminismes.

 

Comment concevoir les transidentités à notre époque et dans des sociétés articulées autour de la distinction binaire homme-femme ? Karine Espineira l’avoue, elle « n’aime guère les termes que l’on emploie » pour qualifier ces identités croisées, que la société a étiqueté puis, semble-il, mis de côté, faute de savoir où ranger ces personnes considérées comme hors du cadre.

Karine Espineira déconstruit ces phénomènes et brise les codes dans ses travaux de recherche. Transsexuel.le, transgenre, transféminisme: derrière les mots se cachent des images, fabriquées par la machine médiatique depuis les années 1950. Au cœur de ses recherches, la question des luttes et de la formation d’une identité commune qui ne « peut être que politique ». La communauté trans, alors guidée par Martha P. Johnson, s’est battue pour faire reconnaître ses droits au milieu d’autres grands mouvements sociaux associés au civil rights movements. Sa mort dans de mystérieuses circonstances a laissé un arrière-goût d’injustice pour de nombreux militants, confrontés au silence coupable d’une police désintéressée par le sujet. Tout se passe comme si certains – hommes, hétéros – possédaient le pouvoir, tandis que d’autres le subissent, femmes, homosexuel.le.s et tous ceux dont le sort n’est pas considéré comme étant digne d’intérêt.

Cette vision binaire, excluante qui est celle d’un monde genré, Espineira l’observe à tous les niveaux de la société, que ce soit dans le vocabulaire ou au cœur des institutions.

Pour elle, les persécutions et l’incompréhension que subissent les personnes trans au cours de leur histoire s’expliquent par des enjeux de pouvoir, et étudier ces identités revient à étudier ceux qui sont dépossédés de tout pouvoir. La chercheuse parle de son vécu : « Quand je parle de mes travaux, on m’accuse d’activisme, tandis que lorsque mes collèges parlent de la même chose, on les crédite pour leur objectivité ».

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Avant de répondre aux nombreuses questions de la salle, la sociologue s’attarde sur la croisée des causes féministes et trans, réunies sous le terme de transféminisme. Si les deux mouvements ont la même volonté de faire reconnaitre leurs droits et de s’affirmer en tant que groupe social, les questions d’identités et de légitimité divisent, créant des luttes intestines.

Après plus d’une heure et demie de conférence et de questions et réponses, la conférence se termine sous les applaudissements d’un public conquis.

Sacha Meliava

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