Guinée: un troisième mandat pour Alpha Condé ?

Le président de la République entretient une grande ambiguïté autour de la question d’un 3ème  mandat. Alors que son second et dernier mandat arrive à échéance en 2020, le chef de l’État n’a toujours pas annoncé s’il sera candidat pour les prochaines élections ou non. Lorsque les journalistes lui posent la question, il se montre très agacé et répond parfois que « c’est le peuple qui décide ». Cependant, la Constitution guinéenne est claire. Article 27 : « Le président de la République est élu au suffrage universel direct. La durée de son mandat est de cinq ans renouvelable une seule fois. En aucun cas nul peut exercer plus de deux mandat consécutifs ou non. »

Tout porte donc à croire qu’il sera très difficile, si ce n’est impossible, que ces élections se tiennent à la date prévue par le code électoral guinéen, surtout si l’on se réfère au passé : les élections communales qui devaient se tenir en 2011 ont finalement eu lieu en 2018, et jusqu’à présent l’installation de ces maires  élus n’a pas été effective sur tout le territoire.

Le mandat de l’actuelle Assemblée a pour sa part expiré, et le sujet suscite beaucoup de débats et de controverses dans le microcosme politique guinéen car il n’y a aucun calendrier électoral officiel concernant la tenue des nouvelles élections pour renouveler le Parlement. Pour ne rien arranger, le Président de la République a adopté un décret le 12 janvier pour proroger le mandat des députés qui devraient siéger pour la session des lois en avril, laquelle s’annonce cruciale.

La question que tout le monde se pose actuellement est de savoir si les députés de l’opposition vont continuer à siéger ou pas. Depuis l’annonce de cette  date de prorogation, les avis restent  mitigés dans les rangs de l’opposition.

En effet, une partie des députés pense que siéger signifierait permettre à l’actuel président qui ne cache plus ses velléités de troisième mandat de saisir cette occasion pour prolonger son mandat à la Kabila (l’actuel Président de la RDC), si toutefois il n’arrivait pas à faire réviser la Constitution. La non tenue à bonne date de ces élections législatives aura forcément des incidences pour les présidentielles, qui , juridiquement, doivent avoir lieu en octobre 2020.

Néanmoins, l’autre partie de l’opposition pense qu’il ne faut  pas jouer la politique de la chaise vide sinon cela pourrait permettre à Alpha Condé de faire réviser la Constitution pour se représenter pour un troisième mandat.

D’autant plus que l’actuel homme de fort de Conakry bénéficie en ce moment d’un soutien et non des moindres : il s’agit du doyen des ambassadeurs accrédités en Guinée, l’ambassadeur russe  Alexandre Bregadze. Ce dernier a ouvertement déploré le principe d’alternance en vigueur dans la plupart des pays. L’ambassadeur a estimé que « les Constitutions ne sont pas des dogmes, ni le Coran, ni la Bible, c’est les Constitutions qui doivent s’adapter à la réalité et non l’inverse », « on ne change pas les chevaux au passage de la rivière », avait-il martelé lors d’un discours prononcé le mercredi 9 janvier 2019 lors de la présentation des vœux de nouvel an des diplomates accrédités en Guinée.

Ce à quoi le principal parti de l’opposition a répondu qu’un ambassadeur ne doit pas se mêler des affaires intérieur d’un pays indépendant et appelle les autres pays tels que la France, les États-Unis et la Grande Bretagne à se désolidariser de cette déclaration.

 

Barry Bademba

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Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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