Guaido vs Maduro : un point sur la situation au Venezuela

Le Venezuela, pays d’Amérique du Sud bordé par la Colombie, le Brésil et le Guyana de 32 millions d’habitants est actuellement en train de vivre une page de son histoire. 

Que s’est il passé ?

L’Assemblée nationale vénézuélienne appelle à manifester contre le régime de Nicolas Maduro le 23 janvier, date qui symbolise la chute de la dictature de Marcos Perez Jiménez en 1958. Ce jour-là, le président de l’Assemblée Juan Guaido, membre de Volonté populaire (un parti d’opposition alors inconnu de la scène internationale et nationale), s’autoproclame Président par intérim de la République bolivarienne du Venezuela lors d’une manifestation.

Deux jours auparavant une vingtaine de militaires s’étaient insurgés contre le régime de Maduro, ce  qui avait déclenché des manifestations, vite réprimées par le pouvoir.

Le 10 janvier Nicolas Maduro avait prêté serment pour un deuxième mandat présidentiel (d’une durée de 6 ans). Il avait été élu en mai 2018 lors d’élections très contestées.

Les États-Unis ont aussitôt reconnu Juan Guaido comme Président du Venezuela par intérim. Maduro dénonçant un coup d’état annonce alors la rupture des relations diplomatiques de son pays avec les États-Unis Les Etats Unis ont été suivis par le Canada et de nombreux pays d’Amérique latine, dont la Colombie, le Brésil et l’Argentine.

En revanche, la Russie, la Chine, Cuba et l’Iran ont apporté leur soutien à Maduro.  La France, a quant à elle déclaré avec l’Allemagne, les Pays Bas, l’Espagne, le Royaume Uni et le Portugal qu’elle reconnaîtrait Juan Guaido si Nicolas Maduro n’annonçait pas des élections libres sous huit jour (jusqu’au Dimanche 3 février). Le Parlement européen a finalement reconnu le jeudi 31 janvier Guaido comme «président par intérim légitime».

 Le 27 janvier Guaido appelle à manifester le mercredi 30 janvier et le samedi 2 février pour pousser l’armée à quitter Maduro. L’opposant déclare qu’il offrira l’amnistie aux militaires qui se joindraient à lui.

Le lendemain, les États-Unis annoncent des sanctions financières sur la compagnie pétrolière  vénézuelienne PDSVA qui représente une grande partie des ouputs du pays.  Le même jour, Guaido déclare dans un communiqué diffusé sur Twitter qu’il prend les contrôles des actifs de PDVSA à l’étranger pour éviter que Maduro les dilapide s’il quitte le pouvoir.

Le mardi 29 janvier Juan Guaido est interdit de sortir du pays par  la Cour suprême vénézuélienne pro-Maduro et ses comptes bancaires sont gelés car il fait l’objet d’une enquête pour « des actions ayant porté atteintes à la paix de la République ». Il demande le lendemain dans un entretien avec le journal allemand Bild plus de sanctions de la part de l’Union européenne. L’Union avait déclaré le 27 janvier prendre des mesures si les élections n’étaient pas convoquées dans les prochains jours.  Le 30 janvier Maduro déclare dans une interview à l’agence de presse russe Ria Novosti qu’il refuse l’ultimatum européen sur de nouvelles élections présidentielles mais qu’il n’exclue pas des élections législatives anticipées et qu’il est prêt à « s’asseoir à la table des négociations avec l’opposition ».

Le 31 janvier Juan Guaido a présenté son « Plan Pais », un plan pour l’économie vénézuélienne en cas de transition politique en insistant sur l’importance d’une aide humanitaire et d’investissements étrangers.

Une presse malmenée

Deux journalistes français de l’émission Quotidien sur TMC avaient été arrêtés le mardi 29 janvier alors qu’ils couvraient les événements à Caracas. Ils ont finalement été libérés le jeudi 31 janvier grâce à la pression du Ministère des Affaires étrangères français. Deux journalistes chiliens avaient aussi été arrêtés le mardi et ont été expulsés. Mercredi trois journalistes de l’agence espagnole EFE ont été interpellés. Leur libération a été également confirmée jeudi par le gouvernement espagnol.

 Quel bilan ?

Ce conflit a fait de nombreux réfugiés. Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et l’Agence des Nations Unies pour les migrations (OIM), en novembre 2018, trois millions de Vénézuéliens avaient quitté leur pays. Un million sont actuellement en Colombie.

Par ailleurs, au moins 40 personnes sont mortes au cours des manifestions et 850 personnes ont été arrêtées en une semaine selon le porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme Rupert Colville et plusieurs ONG.

Quelles sont les raisons de ce soulèvement populaire contre Maduro ?

Depuis la mort d’Hugo Chavez en 2013 et son remplacement par Nicolas Maduro, le Venezuela est dans une crise économique profonde. L’économie du pays est quasi exclusivement basée sur l’exportation de pétrole, le Venezuela possède d’ailleurs la plus grande réserve de pétrole au monde selon l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP). Selon les chiffres de l’OPEP, en 2017, les exports de pétrole représentaient 98 % des exports du pays. De nombreux produits de base comme la farine sont importés de pays voisins. Les pétrodollars avaient servi sous Chavez à financer des programmes sociaux qui ont fait du Venezuela, encore aujourd’hui, le pays le moins inégalitaire d’Amérique latine selon l’ONU.  Mais en 2014 le prix de l’or noir baisse ce qui entraîne une chute drastique des revenus du Venezuela.  De plus, une mauvaise gestion de l’entreprise nationalisée PDVSA et le manque d’investissements a encore plus diminué la rentabilité du pétrole. Les programmes sociaux ont donc été supprimés transformant la crise économique en crise sociale. La monnaie, le bolivar, a été extrêmement dévaluée, il faut aujourd’hui 3200 bolivars pour avoir un dollar. Le pays fait face à de graves pénuries de nourriture et de médicaments et une hyperinflation, l’inflation étant estimée par le FMI à 10 000 000% en 2019. Les Vénézuéliens n’arrivent donc plus à se nourrir, malgré la multiplication par 150 du salaire minimum en novembre dernier, ce dernier ne représentant que 50 dollars.

Depuis 2014 les manifestions contre le gouvernement n’ont pas cessé et ont fait de nombreuses victimes. En 2017 l’immunité des parlementaires est supprimée. La même année la Cour suprême pro-Maduro se donne le pouvoir législatif jusque-là donné au Parlement, ce qui le donne en fait à Nicolas Maduro qui se retrouve donc avec les trois pouvoirs.

Alors que l’ultimatum de la France et de ses partenaires européens arrive bientôt à expiration, l’avenir du Venezuela semble incertain. Si un nombre croissant de pays se rangent derrière Guaido entamant toujours un peu plus la légitimité de Maduro, aucun des deux camps ne semble prêt à céder.

Marianne Coulavin

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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