Allons-nous remettre les pieds sur la lune ?

Lancé en janvier 2004 par George W. Bush, le Programme Constellation avait pour double objectif de remplacer la vieillissante flotte américaine ainsi que de relancer l’exploration spatiale par l’homme en espérant le même succès qu’avec le programme Apollo. Il faut dire qu’en 30 ans de service, les navettes spatiales américaines avaient connu l’horreur avec les explosions en vol de Challenger en 1986 et Columbia en 2003, coûtant à chaque fois la vie à leurs 7 membres d’équipage, en plus de n’être jamais parvenues à justifier leur prix de lancement.

En ressortant du grenier les plans du vaisseau spatial Orion vieux des années  1950, la NASA souhaitait ainsi donner pour objectif au Programme Constellation de renvoyer des hommes sur la Lune à l’horizon 2020 pour ensuite se servir de l’expérience accumulée pour envoyer, cette fois-ci, un équipage vers Mars.

Malheureusement, le 1er février 2010, Barack Obama sonne le glas du programme spatial probablement le plus sexy de ces dix dernières années. Le lanceur Ares I échoue à propulser Orion hors de la gravité terrestre, et, de plus, est gourmand en financement. 3 milliards de dollars, c’est trop, d’autant plus que la Nasa concentre désormais ses efforts sur l’orbite basse, c’est-à-dire jusqu’à 2000 km du sol terrestre, quand la Lune pointe à 300 000 km.

Ainsi, depuis le 14 décembre 1972 lorsque le commandant de bord d’Apollo 17, Eugène Cerdan, réintégra son module lunaire, plus aucun homme ne marcha sur notre satellite naturel. Alors certes, suite au succès grandissant du Programme Apollo, on pouvait s’attendre à ce que la Lune ne soit pas tout de suite remise en ligne de mire d’un programme spatial. Néanmoins pouvions-nous nous imaginer que 46 ans plus tard nous douterions même de posséder la technologie nécessaire à reproduire cet exploit ? Doit-on penser que le Programme Apollo n’était qu’un énorme coup de chance ? De quoi manquons-nous aujourd’hui ? D’ambition ? D’argent ? D’intérêt ? La question paraît naïve tout en restant très intéressante : Pourquoi ne sommes-nous toujours pas retournés sur la Lune ?

La réponse est assez simple : marcher sur la Lune, ça coûte très cher, ça présente peu d’intérêt scientifique et si on la déjà fait, c’est surtout pour des raisons purement politiques.

Remise en contexte : en 1957, les soviétiques envoient Spoutnik 1, le premier satellite artificiel que notre planète comptera. Tout prétexte étant alors bon en pleine Guerre Froide pour montrer qui a la plus longue, les américains se lancent à leur tour dans la conquête spatiale. Et alors qu’ils prévoyaient d’envoyer le premier homme dans l’espace en décembre 1960, plusieurs petits imprévus vinrent reporter la date de lancement jusqu’au 5 de l’année suivante. Comble de malchance puisque finalement, ce furent une nouvelle fois les soviétiques qui remportèrent la bataille en catapultant sans crier garde Youri Gagarine dans l’espace le 12 avril 1961.

La suite de l’histoire, si vous ne la connaissiez pas entièrement, vous en devinez les bouts manquants : réunion de crise à la Maison Blanche :

« – Qu’est-ce qui permettrait de marquer notre supériorité dans le domaine spatial et que les soviétiques n’ont pas encore fait ? »

« – Nous pouvons marcher sur la Lune Mr Kennedy».

Université Rice, Huston, Texas, 12 septembre 1961 :

« – We choose to go to the Moon. »

21 juillet 1969, Neil Armstrong devenait le premier homme à marcher sur la Lune « that’s one small step for man, one giant leap…». Probablement le plus grand coup de poker diplomatique réussi de l’histoire.

La motivation première d’un tel voyage était donc politique, ce qui expliquerait pourquoi aujourd’hui encore la liste des marcheurs lunaires reste bloquée à 12 personnes depuis 1972. Mais reste-il encore un intérêt scientifique à piétiner le sol lunaire ?

L’histoire le montre : entre les programmes Zond et Lunekhod soviétiques des années 1970, les missions Clémentine (1994) et Lunar Prospector (1999) américaines ainsi que les différents programmes européens, chinois, indiens et japonais depuis les années 2000, à défaut d’hommes ce sont bon nombre de machines qui furent envoyées vers la Lune. Notre intérêt  scientifique pour notre satellite naturel ne semble donc pas avoir décru.

Seulement d’un point de vue financier, quand le gouvernement américain finançait à hauteur de 4,41% de son PIB son agence spatiale en 1966 pour lui donner les moyens d’accomplir ses plus grands rêves, il ne lui accorde en 2016 que 0,5% de son budget. Et malgré cela la Nasa reste l’agence spatiale, publique comme privée, détenant le plus grand budget de la planète.

De l’argent, il y en a encore donc, mais proportionnellement beaucoup moins qu’à l’époque de la conquête spatiale. Mais cela coûte-il si cher que ça d’envoyer un homme dans l’espace ?

« Aujourd’hui, mettre 100 milliards d’euros pour envoyer un homme sur la Lune n’aurait pas trop d’intérêt » répondait l’astrophysicien Michel Rocard, responsable du programme d’exploration du système solaire du CNES depuis 1989, au micro de RTL en 2015. Le problème étant que l’homme « dépenserait 80% de son énergie à survivre pour seulement 20% de recherches scientifiques »

Un robot coûte, en effet, en moyenne 100 à 1000 fois moins cher à envoyer dans l’espace qu’un être humain. « Un robot, c’est 1 tonne qu’on envoie sur la Lune. Un homme, c’est un lanceur Saturne V de 100 tonnes qui part dans l’espace » rajoute l’astrophysicien français. On comprend dès lors le désintérêt progressif du monde scientifique pour envoyer des êtres humains dans l’espace et particulièrement sur la Lune.

Envoyer un homme dans l’espace coûte très cher donc. Mais pour autant cela est-il un frein pour tout le monde ? Un voyage habité sur la Lune est-il de ce fait totalement exclu par toutes les agences spatiales ?

Pour répondre à cette ultime question il faut réfléchir au cas par cas. Pour l’instant, russes et américains, du fait de leur quasi mainmise sur l’ISS ont décidé de se contenter de l’orbite basse terrestre et ont déjà fort à faire avec elle quand on voit les récents déboires qu’ont connu le lanceur et le vaisseau Soyouz en 2018.

Même son de cloche à la NSA, par limite de budget, toutes les missions planétaires ont été annulées au sein du nouveau programme de l’Agence Spatiale Européenne. On se contentera encore que du développement de nouvelles sondes ou autres lanceurs de charges utiles.

De leur côté, les agences spatiales privées type Space X ou Blue Origin, malgré le discours rempli d’étoiles et de paillettes de leurs PDG, n’ont pas encore réussi ne serait-ce qu’à propulser un homme sur l’orbite basse terrestre. Il devrait y arriver pour la première fois cette année en 2019. Les voir réussir à renvoyer en premier quelqu’un sur la Lune semble donc une idée à totalement exclure.

Du coup, c’est finalement du côté des agences spatiales plus récentes telles que la CNSA chinoise ou l’ISRO indienne, que l’on aurait le plus de chance de voir réussir en premier ce tour de force. Les deux agences maîtrisent le vol suborbital de manière totalement indépendante et ont depuis plusieurs années beaucoup investi dans l’étude la Lune. Rien d’officiel encore, mais on a là peut-être un préambule avant de tenter l’aventure humaine.

Pour conclure donc, on s’aperçoit bien qu’aujourd’hui envoyer des hommes sur la Lune ne présente quasiment plus aucun intérêt scientifique mais d’un point de vue politique cela resterait un tour de force qui placera à coup sûr l’agence spatiale qui y parviendra à se placer  en pole position pour viser d’autres horizons… comme celui de Mars par exemple.

Sébastien Allec

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