Un jour sans fin

Disclaimer : la plume d’Antoine Beau est à l’image de son nom de famille. Tu ne pourras pas dire que tu ne savais pas : nous t’invitons à entrer dans l’univers d’un styliste à nul autre pareil. Bienvenue dans son monde !

Cette journée était interminable. 

Le soleil ne brillait pas, caché par de sombres nuages blancs obstruant toutes sources de chaleur et de lumière. Nous étions en hiver, une de ces périodes de l’année qui semble ne jamais finir. Comme si le temps n’avait pas d’emprise sur le vide et le froid que je ressentais. Je tremblais tout en restant immobile, mon âme cherchant un instant de répit dans sa lutte acharnée pour le soulagement.

Deux semaines que je n’avais pas réussi à trouver ces bras qui jadis me paraissaient être immuablement là pour moi, dès que j’en éprouvais le besoin. Il était si beau le temps où il suffisait d’un mouvement de paupière pour s’évader un peu et trouver une quiétude salvatrice, un échappatoire inconscient à l’usure et à l’érosion. Cette journée n’avait pas vraiment de début et s’étirait inlassablement en dépit des mouvements des astres et des va-et-vient de cette boule ardente que nos ancêtres avaient appelé soleil.

Je ne me rappelle pas exactement quand j’ai commencé à douter de la fidélité de ce compagnon de toujours aux rendez-vous pourtant si ponctuels. Les cycles se succédaient sans que mon cœur n’y prenne vraiment part. Le repos ? Je flirtais avec, comme un jeu amoureux dont l’issue, pourtant certaine, ne pouvait freiner mon ardeur. Je l’aimais et je crois que je l’aime toujours au fond, mais j’avais fini par fuir son inconstance et sa sournoiserie. Pourtant nul doute : nous étions promis à nous retrouver et je me délectais à peine de ces moments d’abandon qui s’offraient à nous brièvement, comme le soldat se réjouit tant bien que mal d’une trêve qui laissera place, il en est certain, à un combat au dernier acte unique et pitoyable : le plomb dans la cervelle.

Je l’avais mérité je le sais, lorsqu’on joue avec le feu, on finit par ne plus avoir de combustible. Deux semaines que je ne dormais pas vraiment et que je consommais cigarettes et cafés. Quitte à vivre en enfer, autant provoquer le diable. L’insomnie était ma bête à corne et l’oubli mon paradis.

1h30. Je me résignais à ne plus essayer, laissant le soin à l’épuisement de surgir pour m’assommer, m’étourdir un petit peu avant de me remettre à ronger ongles, nerfs et sang. Mes paupières s’alourdirent, mon esprit se perdit mais l’anxiété, elle, ne fit preuve que de discrétion. Elle était là, je le sais, prête à surgir à chaque minute passée, à défaire mes draps et à faire les cent pas immobiles, piégée dans mon esprit.

Je perdais progressivement la mémoire et la notion du temps et mes certitudes s’effaçaient peu à peu, n’en laissant qu’une : je ne dormirais pas cette nuit. Que pouvais-je faire de plus ? La bouteille et le flacon me faisaient du pied, tout comme l’avait fait le fruit défendu, cette fleur aux épines invisibles et au poison insidieux que je brulais en secret lorsque jadis j’en admirais la douce couleur verte. La solution, je l’avais en moi, tout comme je portais cette haine profonde envers mon incapacité qui me consumait peu à peu.

2h10. Le temps s’écoulait si doucement et pourtant je réalisais à quel point le levé du jour se rapprochait vite, amenant avec lui son lot d’obligations et d’angoisses. Je devais m’y résoudre : l’abandon était un de ces pas qu’aucune béquille ne peut guider. Je fermais les yeux un moment, me remémorant involontairement la veille, et fantasmant un lendemain comblant toutes mes peines, colorant tous mes sentiments. Elle était bien longue cette journée, et bien noire, là où la nuit me semblait être une fleur fanée, que la lumière n’atteignait plus. Mes paupières toujours closes, je rêvais de dormir. Chaque bruit en dehors de ma chambre venait transpercer mes oreilles, et chaque sensation corporelle venait informer mon cerveau malade d’une tension latente, ancienne, qui ne demandait qu’à entrer en éruption. J’enviais le nourrisson qui dormait par intermittence et le chat qui malgré l’œil ouvert gardait l’esprit assoupi.

4h30. M’étais-je endormi ? Ma perception du temps était faussée par l’obscurité et le silence dans lesquels je m’étais plongé volontairement, après avoir pénétré cette cage rectangulaire qui était mon lit et m’être fait ensevelir par cette couette bien trop pesante et trop fine à la fois. L’immobilité de mon corps ne pouvait freiner l’urgence de mon être. Mon cœur criait aux secours à un rythme infernal. Je le savais, dans cette course, il n’y avait pas de ligne d’arrivée. C’était un tracé de fond pour lequel personne n’était préparé. Je fus soudainement pris d’une envie de changer les règles. De ne plus courir. De m’assoir sur le bitume et de laisser le chronomètre défiler. J’entendis des cris au loin. M’exhortant à continuer, à reprendre ma progression même si le finish semblait reculer peu à peu en fonction de mon allure, pour ne jamais me laisser gagner du terrain. Les bruits se rapprochèrent. Ils étaient de plus en plus intenses dans leurs réclamations, dont je pouvais bientôt distinguer la tonalité, particulièrement aigue. Je n’écoutais pas, profitant d’un répit artificiel que je savais de courte durée. Dans cette course, la défaillance n’était pas une option. Les bruits s’intensifièrent encore et je pus distinguer leur mélodie et leur fréquence particulièrement régulière. Ce n’était pas la foule venue pour m’imposer de continuer. C’était… familier, sans pour autant que je ne sache vraiment d’où cette horrible musique provenait. Soudainement le chaos. Le bruit avait rempli l’espace et pénétrait mon état de conscience, le modifiant.

Foutu réveil, j’avais pourtant réussit à déjouer les règles du jeu.

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