Retour sur le concert de SCH à Lyon.

Dans le cadre de sa tournée « Deo Favente », du titre de son dernier album, Julien Schwarzer (alias SCH) était du côté de la capitale des Gaules le 16 novembre dernier. Sautant sur l’occasion, les présidents de votre Cheveu ont immédiatement pris leur ticket pour couvrir ce noble évènement. Reportage !

Enthousiasme et désillusion(s)

Disons le d’emblée, notre soirée était branchée sur courant alternatif et notre humeur s’est finalement satisfaite d’une sinusoïde symbolique du bilan de notre expérience. Constamment balancés entre exaltation et déception, nous retenons de ce concert un bilan mitigé, avec un artiste capable du meilleur comme du pire.

Tout d’abord, le prix ! Malgré la notoriété du rappeur d’Aubagne et le talent qu’on lui connait, il va sans dire qu’il était abusif de réclamer 35€ par billet là où même des figures de proue comme Damso n’osaient pas en demander plus de 24…

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« Se lever pour 1200 c’est insultant » martèle SCH à longueur de sons. Pourtant, en exiger 35 pour une heure de représentation ne l’empêche pas de dormir.

D’abord réticents, nous avons finalement fait l’acquisition de nos précieux sésames, bien aidés par un délicieux et mesquin litron de Chouffe Houblon. Mais ne nous égarons pas !

Arrivés sur place, nous découvrons ébahis les locaux du Transbordeur, jouxtant le fameux parc de la Tête d’Rr sur les bords du Rhône. Cette ancienne usine, jadis destinée au traitement des eaux, fait désormais office de salle de concerts depuis 28 ans. 28, soit presque autant que l’hôte du jour, attendu par plusieurs centaines de personnes.

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En pénétrant à l’intérieur du « Transbo », nous découvrons un espace relativement moderne dont la décoration s’est accommodée du passé industriel du lieu, faisant régner une atmosphère à la fois authentique et contemporaine. Néanmoins, nous demeurons stupéfaits en voyant la taille de la salle réservée au passage du « S » comparée à l’envergure du bâtiment. En effet, il s’agit d’une petite fosse, environ trois à quatre fois plus petite que celle de notre locale « Belle Électrique » à titre de comparaison, simplement surplombée d’un balcon offrant une vue agréable sur une minuscule scène. Pour étouffer notre étonnement, nous prenons le parti d’aller consulter un des burgers proposés par le foodtruck dans la cour extérieure du club. Il fait relativement froid en cette fin d’automne et le souffle chaud des non-fumeurs rejoint dans le ciel la fumée des joints qui s’embrasent çà et là.

À 15 minutes du supposé coup d’envoi, nous regagnons tranquillement la fosse et tentons de nous frayer un chemin pour profiter d’une vue satisfaisante. C’est finalement une mince affaire puisque la salle n’est (étrangement) pas bondée. À 20h, les techniciens s’affairent toujours derrière les platines et réalisent un check-up complet des jeux de lumière alors que la foule commence à s’impatienter. Dehors, la sécurité procède à de (très) légères vérifications d’usage et laisse entrer tout le monde, prise de court par l’affluence soudaine. L’endroit se remplit rapidement mais il est 20h15 et SCH n’a toujours pas donné signe de vie. Quelques insultes fusent et la frustration commence à devenir palpable : pas de première partie et bientôt 20 minutes de retard, c’en est trop pour certains individus qui songent de plus en plus sérieusement à demander un remboursement. À 20h30, avec une ponctualité regrettable, les lumières s’éteignent enfin… et la pression monte.

Un talent incontestable

Les secondes s’égrainent dans le noir, les sifflets éclatent sur les murs du Transbordeur, les cris stridents résonnent contre les parois quand soudain, quatre lignes de projecteurs éblouissent la masse en rythme avec des basses puissantes. Les premières notes de « Gomorra » assomment une foule ahurie et accompagnent l’ascension du « S » sur les planches. Pétard entre l’index et le majeur, micro dans la paume d’une main et biberon de vodka dans l’autre, le rappeur fait son apparition sous les acclamations d’un public qui a visiblement troqué son impatience au profit d’un fanatisme zélé. Casquette DSquared vissée sur le crâne, lunettes de soleil Gucci bien calées devant les yeux et longue veste Adidas oversized sur les épaules, le natif de Marseille enchaîne les punchlines avec une cadence impressionnante.

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Entre deux sons, il nous demande si nous nous sommes « alcoolisés au préalable » avant de nous confier que c’est également son cas… ce dont nous ne doutions pas ! Malgré une tournée placée sous le signe de son dernier album, SCH sait que son public est expert et n’hésite pas à lui offrir des textes plus anciens voire confidentiels. Ainsi, Millions (feat. Lacrim) ou encore Morpheus laissent aux anges des fans qui s’égosillent en reprenant ses lignes. Sa gestuelle est chirurgicale, sa présence sur scène impeccable et nous sommes agréablement surpris de reconnaître au micro sa voix grasse et cassée, non trafiquée à grands coups de vocodeur.

Une interaction calculée

Malgré une symbiose totale avec son public, le S sait garder ses distances et se faire désirer. Malgré quelques clins d’oeil et une poignée de checks avec les spectateurs du premier rang, ses interactions avec les fans sont plutôt rares. Sans paraître désinvolte ni particulièrement insolent, son attitude s’apparente davantage à une certaine forme de pudeur. On comprend aisément ce « retrait » (volontaire ou pas ?) tant le succès que connait SCH est frais et sa popularité récente. Pêché d’orgueil ou simple timidité ? Peu importe puisque ce flou artistique colle parfaitement à l’image sombre, torturée et désenchantée qu’il a construite autour de son alter-ego à 3 lettres.

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Référence explicite à l’album « Relapse » d’Eminem, le S exploite un univers noir où violence, drogue, amour et nostalgie se mêlent sur des beats rythmés et efficaces.

L’heure de la maturité

Bercé par les voix de Joe Dassens et Elton John, Julien Schwarzer s’est pourtant rapidement tourné vers le rap, inspiré par les mastodonte du game comme 50 Cent et Eminem. Dès l’âge de 13 ans, il prend sa plume et grave sur le papier ce qu’il ne peut exprimer autrement. D’abord sous le pseudonyme de « Schneider », il lance un skyblog où il recense ses sons mais il doit le décollage de sa carrière à un autre parolier marseillais : Lacrim. En insérant le titre « Millions » dans son album RIPRO1, ce dernier a véritablement joué le rôle de grand frère et de business angel vis-à-vis de SCH puisque cette apparition dans la mixtape a permis au jeune homme d’Aubagne de se faire un nom dans le milieu. Ce nom, dorénavant associé à la queue de cheval la plus célèbre de la scène Rap francophone, va résonner quelques mois plus tard lorsque « Götze » (du nom du footballeur du Borrussia Dortmund) sort son premier opus « A7 ».

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Au transbordeur, après avoir soufflé la deuxième bougie du disque en question, SCH a interprété quelques titres de ce double platine dont « John Lennon », « Fusil » ou encore « Champs-Élysées ». Évidemment, il n’a pas oublié de reprendre certaines pistes de son deuxième grand succès dans les bacs : « Anarchie » (2016). Ainsi, nous avons salué nos génitrices sur « Allo Maman », nous avons entonné l’air de « Je la connais » et nous avons rendu hommage au numéro fétiche du Scélérat à l’écoute de « Dix-neuf ». Forcément, les tracks de Deo Favente (dernier album sorti début 2017) ont largement couverte le showcase et « Mac 11 », « La nuit », « Météore » ou « Comme si » ont sonné le glas de nos cordes vocales. Sirotant régulièrement une bouteille riche en éthanol, et ne quittant le goulot que pour le remplacer sur ses lèvres par un joint de belle taille et particulièrement odorant (même dans une salle où le code pénal n’avait apparemment pas voix au chapitre), le S a clairement fait monter la température en se livrant corps et âme sur « Nino Brown », distillant les punchlines du calibre de celle-ci :

  « Vu les goûts qu’j’ai, j’fais le tour d’la ville en Rover noire

J’fume la blue haze

J’vais t’clouer les mains, les pieds, pour les clouer

J’regarde le ciel, j’me soucie pas d’leur devenir, ni de leur karma

J’sais qu’ici tout s’paie ».

Conclusion

En sortant du transbordeur, nous allumons un clopet et débriefont la prestation : il en ressort un bilan en demi-teinte. Malgré un tarif abusif, une ponctualité à revoir, une durée presque offensante (55 minutes de show montre en main) et une salle ridiculement petite pour un artiste de ce calibre,  nous avons assisté à une performance de haut-vol, porté à bout de bras par un SCH à la hauteur des attentes.

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