Le harcèlement scolaire : fléau ignoré ?

Disclaimer : Justine Magaud est une contributrice du Cheveu sur la Langue. Aujourd’hui, profitant de cette journée dédiée, elle se penche sur le harcèlement scolaire afin de vous en dresser un portrait général et exhaustif. Bonne lecture !

Qu’est-ce que le harcèlement scolaire et quelle est son ampleur en milieu scolaire ?

Aujourd’hui, sont considérées comme du harcèlement scolaire toutes les formes de violences répétées à l’égard d’un.e élève. Ces violences peuvent prendre différentes formes, comme les attaques verbales, physiques, à caractère sexuel ou les cyber-attaques.

Ce phénomène, encore (top) peu médiatisé, fait à ce jour près de 200 millions de victimes dans le monde, et concerne environ 1 élève sur 10 dans l’Hexagone. Il peut avoir des conséquences gravissimes puisque, selon le psychologue spécialiste du harcèlement scolaire Dan Olweus, un.e enfant harcelé.e a 4 fois plus de chances d’avoir des idées suicidaires que les autres.

Les jeunes victimes de harcèlement scolaire sont régulièrement dévalorisées, insultées et humiliées, perdant alors confiance en elles et ressentant honte et culpabilité concernant leur situation. Par conséquent, les victimes se replient souvent sur elles-même et ne racontent pas à leur entourage l’enfer qu’elles vivent à l’école (ou sur les réseaux sociaux). Ainsi, en France, on estime que seuls 14% des enfants victimes de moqueries ou de harcèlement se confient à ce sujet. Heureusement, il est possible pour les proches de l’enfant (notamment la famille et l’équipe éducative) de se rendre compte de la situation grâce à des signaux qui vont souvent de pair avec  harcèlement : difficultés de concentration, troubles du sommeil, perte de confiance en soi… Dans le cas de violences physiques fortes, les stigmates sont encore plus facilement décelables par le cercle proche puisque l’enfant peut présenter des traces des coups portés.

Théoriquement, le harcèlement scolaire se base sur les “failles” (arbitraires) que possède la victime aux yeux du harceleur : trop intelligent, trop gros, mal habillé etc. Par conséquent, « l’attaquant » va exagérer ces caractéristiques pour les critiquer et les tourner en dérision de manière suffisamment insistante pour que d’autres élèves le remarquent et agissent en groupe, provoquant un effet boule de neige tout à fait nocif pour la victime.

Ce phénomène de harcèlement se caractérise par sa fréquence (les violences sont répétées plusieurs fois et pendant un laps de temps indéterminé), par un rapport de domination infligé à la victime (ainsi, dès lors qu’un harcèlement scolaire se met en place, deux groupes se distinguent, d’un côté la “faible” victime et de l’autre le ou les harceleurs, qui sont “forts”), et enfin l’intention de nuire. Évidemment, l’harceleur prétend souvent qu’il.elle agresse “juste pour rire”, loin d’un cadre malveillant. Cependant, plus le harcèlement dure et plus les agressions sont menées dans le but de nuire à l’intégrité (physique ou psychologique) de la victime.

Le harcèlement scolaire est souvent un phénomène de groupe et trois acteurs sont présents : le/les harceleur(s), la victime et les pairs. Les pairs vont être les élèves soutenant l’un ou l’autre des protagonistes, ou restant neutre face à la situation.

Ces agressions répétées sont un traumatisme pour les victimes et, comme tous traumatismes, elles laissent des séquelles qui vont du simple cauchemar à d’authentiques névroses. Problèmes liés au sommeil, flashbacks, répulsion à s’approcher de tous les lieux publics, objets ou personnes pouvant rappeler les agressions, tendance à la dévalorisation sont autant de témoins de la violence symbolique de ces aggressions.

Les appareils connectés : une nouvelle arme.

Aujourd’hui, on estime que 71% des adolescent.e.s de 11 à 13 ans possèdent un téléphone portable. Parmi eux.elles, 64% possèdent un compte Facebook. 61% des collégien.ne.s en moyenne passent d’ailleurs plus d’une heure par jour sur ce réseau social.

Si c’est un moyen de discuter entre ami.e.s pour se détendre après l’école, c’est aussi pour beaucoup une façon de prolonger le cauchemar vécu à l’école. En effet, selon l’UNICEF, environ 12,5% des jeunes français.es sont victimes de cyber-harcèlement. Cela peut prendre diverses formes telles que l’envoi incessant de messages à caractère agressif, la publication sur internet de contenus concernant ou mettant en scène l’élève harcelé.e sans son autorisation, ou encore l’usurpation de l’identité de la victime. Derrière son écran, l’harceleur va avoir tendance à se sentir invincible, et va augmenter l’intensité des attaques envers sa victime. Cette dernière va développer des séquelles souvent plus marquées et plus rapides que dans le cadre d’un harcèlement « physique », car elle va se sentir piégée 24h/24 sans aucun répit. Auto-mutilation, troubles alimentaires, anorexie ou boulimie sont souvent les témoins du cratère éprouvant de ces assauts.

Vers une prise de conscience de ce phénomène ?

La portée médiatique post-Marion.

Le 13 février 2013, la jeune Marion Fraisse, 13 ans, mettait fin à ses jours par pendaison après de longs mois de harcèlement et cyber-harcèlement. Sa mère, Nora Fraisse, lui a d’ailleurs dédié le livre “Marion, 13 ans pour toujours”, dans lequel elle raconte l’enfer vécu par sa fille (enfer qu’elle n’a découvert qu’après le suicide de cette dernière, à travers la lettre laissée par la jeune fille). Elle y expose également son combat, au sein de l’association “Marion, la main tendue”, qu’elle a elle-même créée pour prévenir le harcèlement et venir en aide aux victimes avant qu’il ne soit trop tard. L’histoire de Marion a été très médiatisée et le roman écrit par sa mère a même fait l’objet d’une adaptation sur petit écran, dans lequel on peut notamment retrouver Julie Gayet dans le rôle de la maman.

Les mesures de lutte naissantes.

Le suicide de Marion et le combat de sa mère n’ont pas été vains car, depuis quelques années maintenant, des mesures de lutte et de prévention ont vu le jour en France. Nous pouvons notamment citer la journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, qui a lieue aujourd’hui même : le 9 novembre. Cette journée a été mise en place en 2015 par Najat Vallaud-Belkacem, et a pour but de sensibiliser les élèves à la gravité de ce phénomène tout en incitant les témoins à dénoncer ces agressions.

Un numéro vert, le 3020, a également été mis en place par le Ministère de l’Éducation Nationale dans le cadre d’une campagne “Non au harcèlement”. Cette ligne permet aux victimes et à leurs proches de discuter avec des professionnels dans un cadre gratuit, anonyme et confidentiel.

Enfin, en 2014, un nouvel article du code pénal a reconnu le délit de harcèlement scolaire. Les mineurs de plus de 13 ans responsables de harcèlement scolaire sont alors susceptibles de payer une amende et risquent une peine de prison. À cet égard, l’âge du harceleur et l’utilisation d’internet constituent des circonstances aggravantes.

Les mesures naissantes en matière de lutte contre le harcèlement scolaire semblent porter leurs fruits puisqu’une enquête a révélé en 2016, et ce pour la première fois dans notre pays, qu’entre 2011 et 2014, le nombre d’élèves harcelé.e.s avait diminué de 15%.

Il ne reste plus qu’à continuer dans cette voie en espérant que la prévention permettra une réelle prise de conscience sur ce sujet et amènera à une diminution encore plus forte du nombre de victimes.

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Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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