Benoît Hamon à la conquête des jeunes grenoblois.es.

Eliot Goarant est rédacteur et partage sa plume délicate dans les colonnes de votre Cheveu ! Pour vous, il a assisté à la conférence de Benoît Hamon avant les vacances et vous en distille ci-après un résumé des plus experts. Merci à lui !

Devant la porte, les gens se bousculent gentiment. Ils sont venus nombreux ; étudiant.e.s, mais pas seulement : des adultes sont là aussi.

« On n’attendait pas autant de monde » disent les militants.

Les (nombreuses) personnes qui attendaient désespérément devant la porte pourront finalement rentrer. Ce jeudi 19 octobre 2017, l’ancien candidat à la présidentielle Benoît Hamon est venu s’exprimer sur le campus de Grenoble, dans les amphis du bâtiment Pierre Mendes France, à l’occasion d’une « Conférence – Débat » sur le thème « Etre jeune en 2017 ».

Après sa 5ème position lors de l’élection présidentielle avec un score de 6,36% et son départ du Parti Socialiste (PS) le 1er juillet 2017, l’homme politique de 50 ans a fondé son propre mouvement politique, le Mouvement du 1er Juillet (abrégé en M1717 en référence à sa date de fondation) dans le but de « refonder et rassembler la gauche » en France.

Un nom qui intrigue : « M1717… On va changer pour ceux qui ne comprennent pas » dit-il en riant.

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Aucun doute, ce n’est pas un amphi de macro-économie…

« Dans chaque nouvelle génération, il y a un peuple nouveau. Et dans votre génération aussi, il y a un peuple nouveau. Il s’agit maintenant de savoir quel peuple vous voulez être. »

C’est avec cette référence à Tocqueville que Benoît Hamon a choisi d’introduire son discours dont le thème central fut le revenu universel, en écho avec le programme qui fut le sien et celui du PS pendant la campagne.

Il a tenu d’abord à préciser que, « quand on propose une idée nouvelle », il y a « deux stades » : d’abord la moquerie (en référence aux « comportements moqueurs » de David Pujadas et Léa Salamé lors de l’Emission Politique du jeudi 8 décembre 2016 sur France 2, dans laquelle il était l’invité), puis vient ensuite la peur, le danger. Il tient à préciser que le revenu universel, « ce n’est pas des jeunes, dans un hamac, qui fument leur pétard, et qui en plus touchent de l’argent », mais que c’est « autre chose, bien plus que ça ». M. Hamon a ainsi tenu à faire valoir une image plus juste, plus sincère et moins caricaturale du revenu universel, défini selon lui comme étant « un principe selon lequel on reçoit, dès 18 ans, un revenu qui nous est garanti jusqu’à la fin de votre vie ».

Il en a aussi profité pour évoquer l’impact de l’innovation technologique sur l’emploi. « Toute innovation technologique a un prix. (…) C’est près d’un milliard 600 millions d’emplois dans le monde qui seront détruits. » En appuyant son propos, il mime les caisses automatiques des supermarchés, suscitant quelques rires dans la salle. La révolution numérique est donc selon lui « dangereuse » puisqu’elle « tue le progrès et la protection sociale ». Pour justifier de l’importance de son idée, M. Hamon évoque le discours prononcé par le créateur de Facebook, Mark Zuckerberg, à Harvard en mai 2017, où il avait lui aussi évoqué la question du revenu universel : « Que change le revenu universel pour les gens qui font un travail éprouvant ? Il est possible pour eux de réduire leur temps de travail, et de redonner du pouvoir aux salariés et aux citoyens, surtout aux plus précaires. »

Mais avant tout, face à cette foule, Benoît Hamon cherche à mobiliser. « Tout comme avec les ordonnances Macron », il tient à « mobiliser contre les lois inefficaces mises en place, par exemple, dans la lutte contre le terrorisme par [le Ministre de l’Intérieur] M. Collomb, qui ne sont d’aucune utilité et qui nuisent au respect des libertés fondamentales. » Sans oublier la dette écologique, « irréversible ».

Avant de conclure par un message mobilisateur et incitatif : « C’est vous qui avez la main à présent. (…) J’espère bien qu’on restera ensemble pour encore quelques années. C’est votre combat. »

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Le public semble conquis, comme en témoignent les longs applaudissements qui suivirent…

Pour les minutes qui restent, il s’agira de « débattre ». Tour à tour, les « spectateurs » (étudiant.e.s et autres curieux.ses) poseront des questions à l’ancien candidat. L’occasion, donc, d’évoquer des sujets plus larges… « Pourquoi une position en faveur de l’UE, qui ne permet pourtant pas la mise en place du revenu universel et de l’application de vos propositions ? » ; « Et en ce qui concerne la politique internationale… car elle n’a été que peu évoquée pendant la campagne, non ? »… Il laisse défiler les questions, sans réagir, se contentant de quelques notes, histoire de ne pas les oublier. « Ne pensez-vous pas que le revenu universel entraînerait une plus forte évasion fiscale ? ». La 3e question, c’est la bonne. Benoît Hamon prend le micro et répond. « (…) les gens qui pratiquent l’évasion fiscale sont déjà mobiles. (…) La mise en place du revenu universel ne changera rien à cela. » A-t-il oublié l’Europe ? Non, la preuve : « Il faut changer les règles du jeu dans de nombreux domaines comme pour la question environnementale. » Et même concernant la politique européenne plus large, si ça n’avance pas, « on fera un traité à 12 ».

L’ex-socialiste a aussi parlé de sujets plus sensibles tels que le sexisme, le harcèlement sexuel, et en a profité pour briser quelques tabous sur la religion musulmane : « Non, le harcèlement sexuel n’est pas apparu au moment où le premier musulman a mis un pied sur le territoire. » Longs applaudissements.

Allez, un dernier sujet pour la route : politique internationale. Trump ? « Pas rassurant ». « Mais le désengagement de la protection de l’Europe sera, dit-il, nécessaire aux européens, car il permettra de se questionner sur leur avenir. » Poutine ? « Il insécurise non seulement le continent européen mais l’ensemble des autres territoires ». Le Moyen-Orient ? « Il faut rappeler l’importance de la société civile musulmane, en dehors de l’islam, et de l’islam politique. (…) Il est indispensable de construire des partenariats avec eux ». D’autres questions persistent, et les derniers volontaires lèvent la main. Moins de réactions, cette fois, car le temps passe.

Finalement, Benoît Hamon aura passé la majorité de son temps de parole sur le revenu universel, en cherchant plus à convaincre qu’à expliquer, mais aussi en voulant lutter contre les caricatures qui lui collaient à la peau depuis la campagne. Mais M. Hamon n’a pas oublié le thème principal de cette conférence ; il semblait plus décontracté, plus proche du public, donnant même certaines invitations de lectures, du style « je vous conseille fortement de lire le livre de [Untel], il est vraiment bien pour comprendre [telle ou telle chose] ». Pari réussi, donc, selon la page Facebook du mouvement M1717, selon laquelle près de 800 personnes ont répondu présent à l’appel.

Terminée, cette conférence, vraiment ? Apparemment non, car quelques minutes plus tard, en coulisse, sous le micro de Lucas Luiggi, il dira : « Je tiens à dire que je soutiens Sciences Po Grenoble pour le CRIT 2018 ». Merci Benoît !

 

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Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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