Retour sur le concert de Columbine à la Belle Électrique.

Des enfants terribles au public terriblement enfantin.

« T’aurais dû te taire on y est c’est trop tard » : en effet, aujourd’hui plus besoin de les présenter puisque le collectif de jeunes rappeurs Rennais, Columbine, crève de plus en plus les écrans de l’Hexagone. Le groupe s’est définitivement fait remarquer courant 2016, après les succès de certains de leurs morceaux phares comme Les Prélis, ou encore Dom Pérignon. On peut également penser que l’énorme buzz d’un de leurs membres, Larry Garcia (qui s’occupe au sein du crew de la réalisation des clips) sous son autre blaze de Lorenzo, a contribué à l’expansion de la hype Columbine.

Bref, en ce moment, Columbine cartonne ! Pour être honnête, on comprend pourquoi quand on s’attarde sur la qualité de leur travail. Après avoir sorti Clubbing for Columbine début 2016, les Bretons ont sorti leur deuxième album , Enfants Terribles, en avril 2017. Ce deuxième album marque le début d’une tendance bien plus prometteuse pour le groupe. Certains des traits qui leur étaient reprochés dans leur premier opus ont été délaissés, comme le ton quasi-systématiquement léger et humoristique, parfois mal interprété par le monde du rap (cf la mauvaise réception du personnage de Charles Vicomte par les pseudo-puristes). Cependant, ce qui les démarquait déjà à cette époque a été repris et amélioré, donnant un mélange varié et assez complet. Réalisation soignée des clips aux mixs, palette extrêmement large de flows modulables et plus travaillés, allant du lourd kickage au chant autotuné maîtrisé et des thèmes plus sérieux associés à des instrus colorées et parfois plus pop, bien souvent composées par les artistes eux mêmes.

Avec ce cocktail détonnant, à la réalisation très pure, le crew propose un rap plein de fraîcheur  qui jure avec le reste de la scène rap Française. Du coup, les frérots de Columbine ont tout pour faire parler d’eux… et surtout pour durer. Comme le dit Lujipéka dans Eté triste : « Tant qu’y aura du malheur y’aura de l’inspiration »… Soyez rassuré.e.s, donc, leurs sources d’inspiration ne sont pas proches de s’éteindre.

Bon vous l’avez compris, au Cheveu on kiffe pas mal Columbine, on ne s’est donc pas fait prier pour aller les consulter en concert dès qu’on a appris leur passage à La Belle Electrique, le 4 Octobre dernier.

Le seul bémol du concert nous est apparu dès notre arrivée dans la salle, inutile de ménager le suspens trop longtemps ; le public est terriblement jeune, et n’a donc pas de vraie culture concert (merci d’avoir essayé de faire partir en pogo les gars mais c’était peine perdue). Et quand on arrive pas préparé, entendre des voix aiguës et surexcitées backer intégralement Dom Pérignon donne un certain mal de crâne. Les deux acolytes en sont évidemment conscient, mais on l’air d’espérer voir la situation évoluer progressivement, comme l’a déclaré Foda C aux Inrocks en Avril dernier :  « On touche un public assez jeune, mais on vieillit, et le public avec nous, comme Harry Potter ».

Bon, maintenant qu’on a passé la partie désagréable, place au principal : la performance des deux artistes en elle même.

Et là, c’est totalement différent. A l’image de leur travail en studio, le concert est très bien pensé. Le duo arrive sur « fireworks » ; morceau populaire pour s’assurer que toutes les groupies soient bien excitées. Les deux ultimes morceaux sont ainsi « Rémi » et  « Les Prélis », qui sont indéniablement leurs deux sons à la fois les plus puissants et identifiables de Columbine. La tracklist  a également alterné les chansons plutôt calmes comme « dans ma chambre » et « été triste », et les chansons plus entraînantes comme « talkie walkie » ou « 1000 ».
Lors du concert, Foda et Luji ont majoritairement passé Enfants Terribles (l’album) en revue ; sans se risquer à des interpretations plus confidentielles. Hors de cet opus tout neuf, seules les incontournables « Prélis », « Pierre feuille papier ciseaux » et « Dom Pérignon » ont rententies entre les murs de La Belle.

C’est dans ce genre de moments qu’on peut mesurer la différence avec les deux albums, avec Clubbing For Columbine qui paraît assez irrégulier face à Enfants terribles, dans lequel chaque morceau est d’une efficacité implacable.

Le climax du concert se situe au moment de l’interprétation de Dom Pérignon, idéal pour faire bouger des têtes et essayer (tant bien que mal on vous rassure) de faire partir la jeune audience en pogo. Tout au long de la prestation, l’autotune est vraiment bien maîtrisé par les deux rappeurs, dont le rendu n’a pas été dégradé par la très bonne acoustique du lieu.

Pris individuellement, on ne peut pas dire qu’une partie du duo soit meilleure que l’autre, tant ils sont complémentaires ; l’énergie de Foda C tranche avec la tranquillité de Lujipéka. Leurs prestations sont représentées par l’interprétation de leurs morceaux solo d’Enfants Terribles, Chateau de sable (Lujipéka) et Les Caméléons (Foda C). Ce sont ces performances en particulier qui permettent de s’assurer que les deux ne blaguent à aucun moment quand ils montent sur scène. Si Lujipéka assure ses couplets solos dans la nonchalance et avec la voix plutôt suave qu’on lui connaît, de façon très efficace ; c’est Foda C, affublé de son maillot de la Juve floqué Chiellini, qui éructe avec énergie dans son micro et qui impressionne le plus sur scène. Son interprétation des Caméléons incarne parfaitement ce sentiment, dans un monologue de plusieurs minutes littéralement à couper le souffle, associé à un jeu de lumière très à propos. Mais de manière général, on peut dire que les deux compères savent vraiment s’approprier la scène ; quelque chose qui nous fait encore un peu plus regretter le manque de maturité du public.

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Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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