Les Rohingyas, un peuple qu’on assassine.

Disclaimer : Solène Nyembo est rédactrice au Cheveu sur la Langue. Pour vous, elle a assisté à la dernière conférence d’Amnesty International… Réactions !

  • Présentation

Minorité musulmane en Birmanie, pays à majorité bouddhiste, les Rohingyas sont persécutés depuis des décennies. Marginalisés, privés d’identité officielle, ils sont depuis des années l’objet de violences et de haine de la part du reste du pays.

  • La conférence

Jeudi 12 octobre, une cinquantaine de personnes sont venues assister à l’évènement organisé par l’antenne jeune d’Amnesty International. Il s’agissait d’une projection de documentaires suivie d’un débat, à la Table Ronde, première d’une longue série, dans le cadre du projet « Des droits à défendre ». Les deux documentaires, diffusés sur Arte, ont permis d’aborder deux aspects de cette crise politique et humanitaire.

Le premier donnait des visages et des noms à ceux dont on oublie parfois l’individualité, qui semble si loin de nous. Regards vides, récits de massacres et d’exactions caractéristiques d’un véritable nettoyage ethnique ont rythmé cette première diffusion. Femmes, hommes et enfants démunis, privés de leurs terres, à qui on refuse de bonnes conditions de vie, les Rohingyas sont maintenant des exilés, qui fuient vers des pays frontaliers et notamment le Bangladesh.

« En suivant le parcours d’une famille parmi tant d’autres, le spectateur était directement confronté aux problèmes sanitaires, mais aussi aux traumatismes et à la violence à laquelle cette population est soumise. Nombreux sont ceux qui furent touchés par ces récits racontés avec détachement et désespoir. »

En effet, c’est en août dernier que les choses se sont accélérées pour cette population marginalisée depuis des décennies. Le 25 août, l’Arsa, un groupe constitué pour libérer ce peuple persécuté s’est formé. La création de cette armée a ensuite servi de prétexte à l’armée Birmane, qui a entamé des persécutions encore plus fortes et une tentative d’épuration ethnique, de génocide. Villages brûlés, enfants tués, femmes violées et vieillards égorgés sont des exemples du sort réservé aux Rohingyas dans leur pays aujourd’hui.

Il faut cependant comprendre que les persécutions envers eux ne sont pas nouvelles et inattendues et que les Rohingyas ont un passé douloureux en Birmanie.

Arrivée en Birmanie à la fin du XIXème siècle, cette communauté musulmane a en effet connu, avec l’arrivée des militaires au pouvoir en 1962, des violences et une haine dont ils sont aujourd’hui encore l’objet, dans un pays où ils sont pourtant chez eux depuis des générations. En 1982, la nationalité birmane leur a même été retirée, les privant ainsi d’identité officielle et reconnue de tous. Selon l’ONU, depuis août, 582.000 Rohingyas ont quitté la Birmanie. Ajoutés à ceux qui ont fuit ces dernières années, on comptabilise plus d’un demi million de Rohingyas au Bangladesh qui s’entassent dans des camps, remplis d’habitations précaires.

Aujourd’hui, c’est le silence de Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991, qui contribue à la stagnation de cette crise et au déroulement de ces massacres. Cette dernière, au pouvoir depuis 2016, a préféré rester très évasive et ne s’est pas exprimée clairement sur la question, afin de maintenir son pouvoir et sa légitimité politique dans un pays à grande majorité bouddhiste dans lequel les Rohingyas sont détestés.

Privés de foyers, les Rohingyas ne sont pas non plus accueillis au Bangladesh, où les autorités cherchent à les déporter et interdisent l’hébergement de réfugiés pour éviter une augmentation de la criminalité, mais surtout pour que les Rohingyas ne soient pas à l’origine d’une concurrence déloyale sur le marché du travail. Autre acteur de leur arrivée au Bangladesh, une organisation islamiste qui prétend leur venir en aide, alors que son souhait est aussi de voir le départ des Rohingyas du pays.

 

Le second documentaire, datant quant à lui de 2015, évoquait la propagande mise en l’oeuvre en Birmanie contre les Rohingyas. À la tête de cette propagande xénophobe, on retrouve le mouvement 969, dont le chef est le moine Wirathu, qui oeuvre dans le but, selon, lui de « protéger la race et la religion ». Parfois comparé à Hitler, ce moine organise de grands rassemblements et des tribunaux locaux, pour amplifier la haine contre les Rohingyas et diffuser son désir de les exterminer. À l’époque, on parlait déjà de 100.000 déplacés. Il était intéressant de voir que ce mouvement sait utiliser les outils modernes de communication tels que les réseaux sociaux pour attiser la haine envers les Rohingyas. De nombreux châtiments comme l’emprisonnement sont également réservés à ceux, parmi les bouddhistes, qui osent émettre un avis divergent de celui de l’armée.

  • Analyses

Les réactions du public furent diverses. Les questions qui furent le plus soulevées étaient en lien avec les différents acteurs qui entrent en jeu quant à la résolution ou à la prolongation de cette crise. Nous avons parlé d’autres acteurs étatiques, car il faut savoir que les Rohingyas fuient aussi vers d’autres pays frontaliers, tels que la Malaisie ou l’Inde. Certains ont aussi évoqué l’inefficacité de l’ONU pour venir en aide aux Rohingyas, d’autant plus que le Bangladesh empêche l’accès des aides humanitaires des ONG aux camps de réfugiés. D’autres ont cherché à savoir si la répression résultait d’une décision locale ou si les ordres avaient été formulés à l’échelle nationale : il semble qu’il s’agisse plutôt d’une forme de complaisance de la part de la dirigeante qui n’empêche pas les exactions commises au niveau local. Découvrir que la marginalisation des Rohingyas remonte à de nombreuses années fut aussi intéressant.

Nous nous sommes également posé la question de l’action qui peut être menée à notre échelle. Comment faire changer les choses de si loin? Avec l’absence de volonté politique, l’opinion publique a de fait un grand rôle à jouer et, à l’échelle locale, l’organisation d’évènements de ce type ainsi que la signature de pétitions en ligne sont déjà une façon de faire pression sur les gouvernements et de mobiliser en faveur des Rohingyas. En effet, Amnesty International l’a démontré par le passé, signer une pétition peut faire changer les choses, même si cet acte semble parfois assez abstrait. Un dernier point développé durant ce débat est lié à la radicalisation. En effet, on peut craindre le risque de radicalisation de cette population constamment réprimée » et marginalisée.

L’antenne jeune d’Amnesty International compte organiser d’autres évènements similaires cette année pour sensibiliser à d’autres causes en lien avec les droits de l’Homme.

Une vente de gâteaux aura aussi lieu à Sciences Po le 5 décembre, dans le cadre de l’évènement « 10 jours pour signer ».

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