Les liaisons dangereuses, la dualité politico-médiatique remet en cause la démocratie

nLes primaires sont finies, le chemin de Sisyphe ne fait que commencer, médias et politiques sont plus tendus que jamais. Ainsi, la première scène du malade imaginaire de Molière, illustre bien la situation à la fin des primaires : « ARGAN – seul dans sa chambre, assis, une table devant lui, compte (…) : Trois et deux font cinq, et cinq font dix, et dix font vingt ; trois et deux font cinq (…) »

Les primaires sont devenues un lieu où chaque voix est dépersonnalisée comme à chaque élection présidentielle. La démocratie française, démocratie de représentation donc, subit une crise populaire et médiatique. Une crise qui se retrouve dans la profondeur de son corps, dans les abîmes de son fonctionnement. Notre démocratie, dans laquelle le peuple a délégué le pouvoir sans avoir des moyens de le contrôler, chavire sur l’idéologie du «nobody ». Une tendance émerge, celle de ne pas appartenir à un parti, remettant en cause, le système politique actuel et plus encore, la Ve République et le bipartisme. Prenant conscience de se tournant fatidique que le Front National qualifie « d’un choix de civilisation », j’éviterai de commenter ces mots politiquement publicitaires. Les fractures sociétales s’exacerbent et creusent le fossé entre trois sphères : les politiques, les médias, le peuple.

Photo : DR. 

Les interactions de celles-ci constituent d’importants fondements de notre démocratie, entre représentants et représentés, pouvoir législatif, exécutif et contre-pouvoir. Ainsi, si les fils d’Ariane viennent à se tendre, à se mêler, parfois à se déchirer et les crises que nous connaissons émergeant solidement des entrailles de notre si chère idéale démocratie. Crise du politique, crise de la démagogie, du « populisme », crise de l’opposition fondatrice de notre système politique : la gauche, la droite.

Également crise du peuple envers les politiques, crise de son abstention, de son vote envers des extrêmes faisant dès lors frémir les pourfendeurs des libertés individuelles et des droits fondamentaux. En effet, il est possible, comme nous le rappel Alexandre Todd, rédacteur en chef du Courrier Internationale, « que nous voyons finir le monde ancien ». Néanmoins autour de ces diverses crises, au regard de la prochaine élection française, une crise s’élève guidant ainsi la campagne électorale. La crise du jeu bilatéral entre les journalistes et les politiques qui marquent d’une manière certaine l’atmosphère du pays.

Ne revenant pas sur l’Affaire Pénélope et ses probables conséquences, ni même sur le jeu « twitter » entre le président Trump et CNN, il convient de s’étonner sur la relation étrangement hypocrite qu’entretiennent les politiques avec les médias. La dénonciation des médias par les politiques est très présente en France. Peu d’interviews ou de débats ne sont touchés par cette relation à la fois intime et conflictuelle. Mais ne dit-on pas qu’il n’y a qu’un pas de l’amour à la haine ? En outre, de nombreuses critiques sont adressées aux médias, l’absence de pluralisme, l’incapacité des journalistes, l’exacerbation des scandales ou le silence sur certaines affaires, et bien d’autres critiques encore. Tant de critiques, peut-être faciles, mais bien réelles envers la presse, les chaînes de télévision, les chaînes de radio… Pourtant ne pouvons-nous pas penser que cela est justifié ? En effet, il est constatable que plusieurs chaînes de télévision privilégient la vitesse de l’information au détriment de sa qualité. De même, la presse ne devrait- elle pas tendre à l’éducation et à l’enrichissement des lecteurs, plutôt qu’à les éduquer par la vulgarisation de différents termes ?

Évidemment, écrire est plus simple que d’agir, pourtant une partie des médias tend à l’hyper-médiatisation de la société comme à la promotion de la culture de masse. Néanmoins, n’est-il pas écrit que le président de France-Télévision peut être nommé par le Président ? La loi organique n° 2009-257 du 5 mars 2009, dispose que « le Président de la République nommera les présidents des sociétés France Télévisions et Radio France et de la société en charge de l’audiovisuel extérieur de la France après avis conforme du CSA et mise en œuvre de la procédure de consultation des assemblées parlementaires ».

Par conséquent, le journaliste ne serait-il pas limité dans sa liberté de (profession) d’expression et d’intervention auprès du politique ? Le journaliste n’est-il pas la source de la représentation du politique, de sa publicité ? Que seraient les politiques sans les médias dans une démocratie ? Dans un jeu bipolaire que l’on comprend comme un rejet, une tendance méprisante des politiques envers les médias, ils restent pourtant leur unique moyen de se faire connaître, de se promouvoir, et aujourd’hui encore de réussir leurs campagnes. Comment ne pas reconnaître la puissante campagne de communication que Nicolas Sarkozy a menée en 2007, l’amenant sur le trône de l’Élysée. En effet, la relation que le politique entretient avec le journaliste reste comme inconvenant sachant que son utilité lui est essentielle dans le système politique. Toutefois, il semble envisageable que les journalistes ne soient toujours pas libres d’exercer leur profession tant la ligne directrice des médias soit monopolisé par une poignée d’hommes, une oligarchie. De plus, comment ne pas réagir face à l’isolante réponse de monsieur Sarkozy à monsieur Pujadas lors du premier débat des primaires des Républicains au sujet de la frauduleuse campagne qu’il avait réalisée en 2007 ? Peut-être est-ce par conscience qu’il n’y aura pas de retour rhétorique possible du journaliste ? Rappelons ainsi les quelques termes utilisés : « Quelle indignité, nous sommes sur le service public. (…) Vous n’avez pas honte de donner écho à un homme qui a fait de la prison ? Ce n’est pas l’idée que je me fais du service public, c’est une honte » clamait Sarkozy.

Toutefois, la presse, la radio, la télévision demeurent essentielles au sein du fonctionnement de la démocratie. Edmund Burke, homme politique britannique, utilisa pour la première fois l’expression du « quatrième pouvoir » concernant la presse en 1787. Tocqueville, magistrat français du XIXe siècle, fit son éloge afin de dévoiler les abus démocratiques possibles : « la tyrannie de la démocratie ». En effet, la presse est un contre-pouvoir, un garde-fou qui permet de lutter contre les dérives dictatoriales ou tyranniques. De nos jours, le terme « presse » s’est évidemment élargi «aux médias ». C’est avec l’éclairage de Tocqueville que les médias en Amérique doivent rester forts, luttant contre les dérives antidémocratiques atteignant aux Droits fondamentaux et Libertés individuelles. C’est aussi en France face aux critiques que les médias reçoivent qu’ils doivent assurer la pluralité et l’éclairage des visions politiques en vue d’une élection cruciale. Souvenons-nous de François Mitterrand qui disait que « la liberté de la presse présente des inconvénients. Mais moins que l’absence de liberté. »

Ainsi, la presse, les médias doivent rester puissants et influents dans notre société, leur dénigrement n’est pas une solution durable et ne sert qu’à renforcer l’incrédibilité des politiciens qui s’engagent cette démarche, alimentant ainsi la crise de non-confiance des citoyens envers les politiciens. Dans ce rapport bilatéral, des enjeux sont sincères et profonds, voire vitaux pour notre démocratie. Il ne faut pas les négliger ou les compromettre. Mais comment essayer de convaincre que le débat d’idées est préférable au débat d’opposition ?

Comment montrer que la communication dans la compréhension de l’autre reste l’outil de notre humanité pour ne pas s’aliéner ? Comment faire pour que le politique s’écarte de la démagogie sans prétendre à une conquête assoiffée du pouvoir ? Comment convaincre, encore une fois, que l’information est primordiale et qu’elle constitue le cycle de notre système démocratique sachant que sa négligence ou encore sa véracité hasardeuse constitue un risque d’engagement du peuple vers les extrêmes ?

En somme, regardons l’horizon d’une prochaine élection dans le but d’espérer avoir une réponse à ces questions.

Joakim Le Menestrel

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Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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