Jean-Charles Froment réagit au rapport de la Cour des Comptes

Dans un rapport rendu public le 13 mars 2017, la Cour des Comptes épinglait la gestion financière et administrative de l’IEP de Grenoble. Jean-Charles Froment, réélu directeur de l’IEP au lendemain de la parution du référé, a accepté de nous livrer son ressenti.

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La charge est lourde et les hasards du calendrier ont fait que ce référé a été publié à la veille de la réélection du directeur de l’IEP, Jean-Charles Froment. Dans un rapport rendu public le 13 mars dernier, la Cour des Comptes revient sur les problèmes de gestion de Sciences Po Grenoble. Accompagné de la réponse de la ministre de l’Education Nationale, Najat Vallaud-Belkacem, le document met en exergue « l’importance et la récurrence des désordres comptables et financiers » et émet quelques recommandations pour redresser la barre.

Si l’on savait que l’école a connu de nombreuses difficultés ces dernières années, la parution du rapport semble avoir agité la communauté de l’IEP. Pourtant, pour le directeur de l’établissement, « ce n’est pas une surprise ». « Nous avons eu la possibilité d’en discuter avec la Cour des Comptes au fil de l’enquête qui porte sur un contrôle de 2011 à 2014, affirme-t-il ; la seule inconnue était la date à laquelle elle allait être médiatisée. »

Rattacher les IEP aux universités

Pour faciliter la gestion administrative et financière, le Palais Cambon recommande aux IEP bénéficiant du statut d’établissement public administratif (EPA) de s’intégrer aux universités comme c’est déjà le cas à Strasbourg et Saint-Germain-en-Laye. Si Jean-Charles Froment reconnaît que les constats sont globalement bons, il regrette en revanche que la Cour ne tienne pas assez compte les moyens jugés « insuffisants » avec lesquels l’établissement a du travailler. Pourtant, cette préconisation n’était pas celle qui avait été initialement formulée. « Ce que demandait la Cour au départ, c’était le passage des IEP de régions aux Responsabilités et Compétences Élargies, qui confèrent une plus grande autonomie, notamment dans la gestion de la masse salariale. C’est le régime qui a été mis en place dans les universités dès 2007 » explique le directeur de l’IEP. Le principal problème pour le ministère ? La taille des IEP qui ne se prêterait pas à un tel régime. « De fait, il a ensuite été proposé des instituts internes aux universités » explique-t-il. Pour le directeur cependant, pas question de s’intégrer, mais plutôt de poursuivre la direction engagée il y a deux ans par l’IEP. « Il s’agit de franchir l’étape qui nous amènera dans une relation avec l’université qui permet de mutualiser nos expertises en cas de besoin. » a-t-il précisé.

Mais entre l’ex-UPMF et Sciences Po Grenoble, le torchon a longtemps brûlé. En cause notamment, le passage de la formation de 3 à 5 ans. « Lorsque le cursus s’effectuait en 3 ans, l’université nous voyait comme une composante car nos élèves partaient ensuite y faire un DEA ou un DESS, explique-t-il. Lors du passage de 3 à 5 ans, nous avons gagné en autonomie sur le plan pédagogique et chacun a perçu l’autre comme un élément étranger, même au sein de la PRES et de la COMUE. » Le directeur affirme cependant que des efforts ont été faits ces dernières années pour resserrer les liens avec le campus grenoblois.

« Nous avons ouvert vingt formations sans la structure adéquate »

Voilà maintenant trois ans que la Cour des Comptes a cessé de passer au crible la gestion de l’IEP, mais la question de l’origine de ces dysfonctionnements est sur les lèvres de bon nombre d’étudiants. En cause encore, le changement de la durée de la formation. « Nous avions la nécessité de diversifier rapidement notre offre de masters pour répondre aux aspirations des étudiants. En 6 à 8 ans, nous avons ouvert vingt formations sans la structure adéquate » explique Jean-Charles Froment. « Le manque de professionnalisation de notre gestion administrative et financière nous faisait également défaut » précise-t-il. Pourtant le directeur reste serein quant à l’avenir et affirme que l’institut a pris conscience de ce besoin de professionnalisation et ainsi que « l’essentiel est fait ». Pour améliorer la trésorerie, l’IEP a aujourd’hui renforcé considérablement les règles et les contraintes financières et mis en place une fonction juridique au sein de l’établissement. La méthode semble porter ses fruits. L’an dernier, l’établissement a présenté un premier résultat excédentaire et ce résultat s’est renouvelé cette année.

Le directeur déplore en revanche un manque d’effectifs. « Avec l’augmentation du nombre de formations, les contraintes ont également augmenté. Et pourtant aucun poste ne s’est créé » regrette-t-il lors de l’interview. Aujourd’hui, grâce au dispositif Geneviève Fioraso, l’établissement n’a réussi qu’à obtenir trois postes supplémentaires, poussant l’IEP à engager des contractuels (ndlr. 40 % de la masse salariale) même pour des tâches récurrentes. Sciences Po Grenoble est apparu comme mieux doté en raison du nombre de postes FNSP alloués par le statut d’IEP d’équilibre. Des postes qui ne contribuent en rien à l’amélioration de la gestion administrative et financière. « L’analyse est de toute manière biaisée. La dotation finale des IEP ne repose sur aucun critère objectif et manque de transparence » avoue Jean-Charles Froment. Un fait que le président de la Cour des Comptes ne relève que brièvement dans son rapport.

Matthieu DESMOULINS

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