Six ONG internationales tirent la sonnette d’alarme face à la crise humanitaire au Yemen

Mercredi 22 mars, Action Contre La Faim, Handicap International, Médecins du Monde, Première Urgence Internationale, Solidarités International et Care tenaient une conférence de presse pour alerter sur le risque imminent de famine au Yemen et pour attirer l’attention sur l’une des crises les plus oubliées au monde. En cause, le quasi embargo économique, l’installation durable du conflit corroborée par des ingérences étrangères et la complexification de l’accès aux populations défavorisées.

Il y a bientôt deux ans était lancée l’offensive de la coalition menée par l’Arabie Saoudite pour reprendre aux rebelles Houthistes les deux principales villes du pays: Hodeida et la capitale, Sanaa. Le conflit dure en réalité depuis 2012 avec le départ forcé du président Ali Abdallah Saleh dans la foulée des révolutions arabes. Le groupe Houthi qui contrôlait d’ordinaire le nord du pays tente alors d’étendre son pouvoir jusqu’à la capitale. Depuis lors, le conflit s’embourbe entre Houthis ayant conclu une alliance de circonstance avec l’ancien président et la coalition arabe qui soutient l’actuel président Mansour Hadi. Aujourd’hui, la situation est bloquée et le pays est plongé dans l’une des plus graves crises économique et humanitaire de son histoire. 

Une complexification de l’accès aux populations

En premier lieu, les ONG mettent en cause la dégradation des infrastructures civiles et routières. L’embargo sur les armes à destination des Houthis et de ses alliés s’est transformé en blocus maritime et aérien alors que 90% des ressources alimentaires sont importées. L’aéroport de Sanaa est fermé aux vols commerciaux depuis août 2016 et régulièrement bombardé, le principal port du pays à Hodeida ne fonctionne qu’à 10%, ce qui rend impossible l’acheminement de l’aide alimentaire et médicale d’urgence. L’ONG Première Urgence Internationale indique d’ailleurs la présence d’un bateau plein d’intrants bloqué depuis trois mois au large des côtes yéménites.

17500166_1399431820156072_1892530144_o
Photo : DR.

Les ONG subissent aussi un accroissement des risques avec d’une part la présence d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) et d’autre part les frappes répétées de la coalition qui touchent indistinctement civils et combattants Houthis. Les principales voies terrestres sont régulièrement bombardées. Les six ONG appellent d’ailleurs à l’arrêt des bombes explosives en zones peuplées.

La complexité administrative des institutions yéménites accentue la complexité de la situation. Comme le souligne Première Urgence Internationale, il faut un à trois mois pour obtenir un visa, et les autorisations de déplacement et de projets sont délivrées au compte-goutte. L’aide humanitaire est soumise à une volonté de contrôle croissant de la part du Yémen. Face à cela, les ONG appellent à un soutien de la communauté internationale pour casser ces barrières administratives.

Une situation de famine imminente

L’embargo sur les armes à destination des Houthis et de ses alliés s’est transformé en blocus maritime et aérien alors que 90% des ressources alimentaires sont importées. 3 millions de déplacés s’ajoutent à la charge des populations sur place qui sont déjà dans le besoin. Dans certaines villes, cela pose de graves problèmes d’insalubrité et de gestion des ressources: Action Contre La Faim déplore entre autre le retour du choléra.

La crise économique assortie d’une grave sécheresse dans la corne de l’Afrique et dans la péninsule arabique a laissé 14 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire. Le Yemen est en situation de pré-famine, avec des poches de famine déjà présentes dans les régions reculées. Les problèmes d’accès aux populations font qu’il est très difficile d’établir des chiffres précis sur l’ampleur de la crise, et les zones grises sont très nombreuses. Néanmoins, on sait que les stocks d’urgence sont actuellement utilisés en attendant que la situation se débloque.

L’immobilisme de la communauté internationale

Le drame du Yemen peine à mobiliser, il est peu relayé par les médias notamment du fait de sa longueur et de sa complexité. Toutes les ONG font face à des problèmes de financement de leurs missions: l’année dernière, l’appel de fonds des Nations Unies n’avait par exemple rapporté que 977 millions de dollars sur les 1,6 milliards requis. Pour mobiliser les bailleurs de fonds, les associations sont donc contraintes d’englober le cas du Yemen dans des campagnes plus larges alors que l’ampleur de la crise devrait mobiliser des fonds propres.

Mobiliser des bâilleurs publics soulève également un problème déontologie. Les associations se refusent à recevoir des financements de pays – notamment la France – qui fournissent des armes à la coalition arabe qui frappe les civils. Elles appellent communément les candidats à l’élection présidentielle à s’engager en faveur de la résolution du conflit, sinon à ne plus fournir des armes à la coalition arabe.

Au terme de la conférence de presse, les six ONG ont demandé la relance du processus diplomatique, la levée de l’embargo et enfin le respect du droit humanitaire. Elles comptent sur l’élection présidentielle pour attirer l’attention sur l’urgence humanitaire au Yemen et pour relancer la question de la vente d’arme aux pays qui ne respectent pas les Droits de l’Homme. Médecins du Monde souligne que la réponse à apporter n’est pas tant financière que politique, car seule la paix pourra venir complétement à bout de la crise alimentaire à venir.

Manuela Saccomano

Sources :

Communiqué de presse des six ONG du 22 mars 2017 ; conférence de presse du 22 mars 2017 ; plaquette d’information de Action Contre la Fin « Yemen : les deux ans d’un drame humanitaire

Le live de la conférence de presse à est à retrouver sur la page Facebook de Médecins du Monde France

Pour plus d’informations, sur le conflit au Yemen voire l’article du Monde :  http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/04/17/comprendre-les-origines-de-la-guerre-au-yemen_4617215_4355770.html

La campagne d’Handicap International pour l’arrêt de l’utilisation des bombes explosives en zones peuplées : http://stop-bombing-civilians.org/

Publicités

Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s