Régionales : entretien avec Jean-Jack Queyranne (PS)

A L’APPROCHE DES ÉLECTION RÉGIONALES DES 6 ET 13 DÉCEMBRE PROCHAINS, LE CHEVEU SUR LA LANGUE EST ALLÉ INTERROGER TROIS CANDIDATS À LA PRÉSIDENCE DE LA RÉGION RHÔNE-ALPES-AUVERGNE : LAURENT WAUQUIEZ (LR), JEAN-JACK QUEYRANNE (PS) ET JEAN-CHARLES KHOLHAAS (EELV-PG). CHRISTOPHE BOUDOT (FN) N’A QUANT À LUI PAS SOUHAITÉ RÉPONDRE À NOS QUESTIONS.

Jean-Jack-Queyranne
©PHOTOPQR/LE PROGRES/GUIOCHON STEPHANE / LYON / LE 31/08/09 via MaxPPP]

La réforme territoriale engagée par le gouvernement Valls aboutira après les élections de décembre à une fusion de la région Rhône-Alpes et de la région Auvergne. Comment envisagez-vous l’évolution de la présidence régionale ? Quel doit être le rôle du président de la région ?

Je veux d’abord rappeler qu’avec René Souchon, Président de la Région Auvergne, nous avons été les premiers à préparer cette réforme, dès que celle-ci a été adoptée. Aujourd’hui nous sommes prêts pour l’union d’Auvergne et de Rhône-Alpes, qui est une opportunité formidable.

Le rôle du Président de Région exige d’être à la fois proche des territoires et de leurs réalités, à l’écoute des habitants et de leurs préoccupations mais aussi d’être capable d’une vision stratégique et de mener des projets de très grande ampleur. Avec l’union, ce rôle sera encore accru dans une Région plus grande et plus peuplée. Par ailleurs la Région aura des compétences encore affirmées, dans le domaine économique par exemple.  

 

Vous avez rendu public un programme électoral précis. Pouvez-vous nous présenter les grandes lignes de ce projet ?

Mon projet est avant tout guidé par une exigence forte, celle de l’humanisme social. Plus que jamais, je considère qu’il est essentiel de défendre la promesse républicaine de l’égalité, de lutter contre toutes formes de discrimination, de favoriser l’accessibilité des personnes handicapées, d’encourager l’égalité femmes-hommes ou encore de faire vivre la laïcité.

Surtout, cette exigence doit se retrouver dans l’ensemble des politiques régionales et des territoires. En effet, je veux défendre l’accès de tous aux transports, à la formation ou à la santé par exemple, mais également permettre le développement de tous les territoires, qu’ils soient urbains ou ruraux.

Nous porterons une attention particulière à l’emploi et notamment à l’emploi des jeunes, que ce soit en renforçant nos politiques de formation, qui est une grande compétence régionale, mais aussi en continuant à soutenir les entreprises, et en particulier les PME.

Enfin, la transition énergétique est au cœur de notre projet, parce qu’elle est nécessaire pour lutter contre le changement climatique mais aussi parce qu’elle est porteuse d’empois nouveaux.

 

On sait que les jeunes sont particulièrement touchés par le chômage (24,5% d’entre eux sont concernés, selon des chiffres publiés en août 2015). Comment la région peut-elle participer à la création d’emplois, notamment pour les jeunes ?

La lutte contre le chômage, et en particulier contre le chômage des jeunes, est, comme je l’évoquais précédemment, au cœur de notre projet. La priorité est de donner à chaque jeune d’Auvergne-Rhône-Alpes la possibilité d’accéder à une qualification qui lui permette de s’épanouir et dans le même temps de trouver un emploi stable. Il faut à la fois être à l’écoute des jeunes mais aussi à l’écoute de l’économie, des entreprises, de leurs besoins. C’est à mes yeux l’enjeu central.

Dans cet objectif, nous créerons des campus des métiers qui permettront le rapprochement des lieux de formation et des entreprises dans les domaines créateurs d’emplois. Nous continuerons aussi à développer l’apprentissage, qui est devenu une voie d’excellence vers l’emploi. Et cela pour tous les niveaux de qualification. La prime aux employeurs sera par exemple reconduite pour ceux qui s’engagent à embaucher leur apprenti en CDI.

Je veux aussi permettre aux jeunes qui le souhaitent de créer ou de reprendre une entreprise. Je reste convaincu qu’il faut encourager l’esprit d’entreprise des jeunes. Cela est également valable dans l’agriculture et nous aiderons les jeunes agriculteurs à s’installer.

 

L’enseignement supérieur est un des principaux domaines d’intervention de la région. Quels sont vos projets pour améliorer les conditions de vie des étudiants de la nouvelle région Rhône-Alpes Auvergne ?

Nous avons déjà fait beaucoup pour améliorer les conditions de la vie étudiante et l’accompagnement des jeunes vers l’autonomie. Nous continuerons à œuvrer dans ce sens. Nous créerons un centre de santé par campus. Nous augmenterons le nombre de logements étudiants en tenant compte des réalités locales. Nous développerons la vie culturelle autour des universités. L’exemple de Clermont-Ferrand, élue «ville de France la plus attractive pour les études supérieures» guidera notre travail avec les métropoles et les agglomérations.

Nous poursuivrons aussi nos efforts pour la mobilité internationale, que ce soit pour l’accueil des étudiants et des chercheurs étrangers ou par les parcours d’études dans des établissements partenaires. Davantage d’étudiants, d’apprentis, pourront suivre des études à l’étranger, confortant ainsi leur formation.

 

Quel diagnostic portez-vous sur le désintérêt croissant des jeunes vis-à-vis de la politique, que prouvent notamment les chiffres de l’abstention ? Comment y remédier ?

C’est une réalité contre laquelle nous devons lutter, les responsables politiques en premier. Pour cela je suis convaincu qu’il faut d’abord restaurer l’exemplarité des élus. Chaque candidat sur mes listes a ainsi signé une charte d’éthique. Nous lutterons contre l’absentéisme des élus en maintenant des sanctions financières et en rendant publique leur assiduité. Nous demanderons à chaque élu d’effectuer une déclaration d’intérêts qui sera rendue publique afin notamment d’empêcher toute interférence entre intérêt général et intérêts particuliers.

Dans le même objectif, je considère qu’il faut agir contre le cumul des mandats et c’est pourquoi dès 2012 j’ai abandonné mon mandat de député pour me consacrer uniquement à la Région. Ce que je continuerai bien sûr à faire dans les prochaines années. Je serai un Président à temps plein.

Enfin, pour redonner envie aux jeunes de s’intéresser à la politique, je considère qu’il faut leur redonner accès à la vie publique. C’est ce que nous avons fait par exemple dans la démarche Montagne 2040 qui est fondée sur une très large concertation des jeunes. Nous nous engageons dans l’avenir à répéter cette expérience. Je souhaite aussi que tous les citoyens aient pleinement accès aux données publiques, ce qui sera rendu possible par la mise en œuvre d’un portail Open Data.

 

Le 15 septembre, une quinzaine de candidats se sont retirés de vos listes, non encore déposées. On évoque des différends entre vous-même et la fédération du Rhône, voire le maire de Lyon, Gérard Collomb. Est-ce un coup porté à votre crédibilité ?

Cette polémique est derrière nous. Et je ne crois pas que ma crédibilité ait été atteinte. Je suis fier de la liste que je mène. Elle donne toute sa part au renouvellement et à la diversité de notre Région. Ma candidature et ma campagne sont animées par un esprit positif et constructif et ne laissent aucune part aux polémiques politiciennes qui n’intéressent pas les habitants d’Auvergne et de Rhône-Alpes.

 

Regrettez-vous l’absence d’unité à gauche, avec la formation d’une liste rassemblant des partis de gauche radicale et EELV, quand la droite s’est alliée avec l’UDI et le Modem ?

Je présente une liste qui rassemble les socialistes, les radicaux de gauche mais aussi des démocrates et écologistes et bien sûr la société civile. J’aurais souhaité que l’union de toute la gauche puisse se faire dès le premier tour sur les bases de notre bilan commun mais aussi d’ambitions et de valeurs partagées. Nos partenaires de la gauche ne l’ont pas souhaité, ce que je respecte. Le rassemblement devra se faire dès le soir du premier tour, dans un esprit de responsabilité. C’est ce que je souhaite.

Je note que les conditions de ce rassemblement sont claires, beaucoup plus que celles de la droite extrême et du centre. Cette union de façade s’est d’ailleurs fortement lézardée face à la constitution des listes, qui a été particulièrement difficile mon adversaire principal.  

 

Vous êtes président de la région depuis onze ans. Comment apporter du renouveau ?

Je considère aujourd’hui être le plus à même de présider la grande Région Auvergne-Rhône-Alpes. J’ai l’expérience, la connaissance des territoires et des acteurs. Le renouveau, je l’ai largement favorisé dans la constitution des listes que je mène. Je suis entouré de personnalités dynamiques et capables, représentatives de tous les horizons de notre société, avec des compétences variées. Prenez par exemple Véronique Trillet-Lenoir qui est numéro deux sur ma liste dans la Métropole de Lyon.  Elle est Professeur de Médecine en Cancérologie à Lyon et c’est son premier engagement en politique. Voilà comment j’apporterai du renouveau.

 

Propos recueillis le 1er décembre 2015 
par Clémentine Robert,Samuel Ravier et Corentin Pécot

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Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

Un commentaire

  1. L’élégance aurait été de savoir passer la main et de préparer sa succession, avec effectivement une personne plus jeune et de surcroît de sexe féminin….comme disait le poète qui a toujours raison, … »la femme est l’avenir de l’homme ».

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