Réponse à l’article sur le suicide de Joshua Alcorn

Suite à l’article publié dans le dernier numéro du Cheveu, Gérard a tenu à écrire une réponse, que nous avons accepté de publier ici.


Il est toujours triste de voir un être de la création céleste quitter notre terre, je tiens donc à préciser d’emblée que je regrette la mort de ce jeune homme – certainement parti trop tôt. Il me semble que c’est effectivement au nom du bien-être de leur enfant que les parents de Joshua ont essayé de lui proposer d’autres orientations que celles qu’il avait choisies (ou pensait avoir choisies tout du moins). Peut-être de manière maladroite, mais toujours en l’aimant et en le chérissant (ils ont essayé de le changer, certes, mais il n’a surtout pas été rejeté ce qui serait une preuve de désamour), contrairement à Joshua qui s’est suicidé, ce qui est un acte purement égoïste : il ne s’est pas suicidé pour la cause, mais parce qu’il était malheureux et qu’il voulait en finir avec cette vie – au même titre que beaucoup d’adolescents se suicident chaque année partout dans le monde, car ils sont victimes de brimades et de railleries.

Tu vilipendes l’attitude de ses parents, mais c’est bien le rôle des parents que de nous guider et de nous aider lorsque l’on fait des erreurs. Je pense que tous les fils de CSP+ que nous sommes doivent l’admettre : sans nos parents nous ne serions certainement pas là où nous sommes et s’ils nous avaient laissé faire ce que l’on désirait durant notre adolescence, le résultat serait moindre. Le pouvoir de contrainte des parents est donc légitime, en plus d’être légal. Une partie du malheur de ce jeune homme consistait à ce que ses parents refusent de lui financer son changement de sexe, il me semble que c’est le minimum, qu’avant sa majorité ses parents refusent de transformer le corps de leur enfant pendant une période de la vie où son esprit est aussi dispersé. Ils ont eu raison, on ne change pas de sexe comme de paires de Jordans !

Par ailleurs tu parles de « notre société », de quelle société parles-tu ? Des États Unis ou de la France ? Car je ne me sens absolument pas américain et je ne pense pas que leur libéralisme soit comparable à notre système. Les problèmes de la société américaine sont à mille lieux des nôtres et assimiler nos deux sociétés sur un sujet se révèle être un exercice plus que périlleux (il suffit d’imaginer une équivalence de l’affaire Dieudonné chez eux, ou de l’affaire de Ferguson chez nous). La même incertitude concerne le terme « d’extrême droite » dans le petit encadré : de quelle extrême droite parles-tu ? La frange ultra minoritaire en France que constitue Civitas ou les milieux très conservateurs américains, plus ou moins sectaires, qui créent une véritable société dans la société ?

Je considère à titre personnel la lutte transgenre comme l’écologie ou le féminisme : c’est un sous-combat. Un combat certes à mener, mais qui n’est possible que dans une société où les besoins élémentaires ont été remplis. Contrairement à la lutte des classes, qui oppose les pauvres et les riches, la lutte pour les transgenres concerne une frange minime de la population et n’est accessible que par ceux qui ne sont pas dans le besoin. Le niveau de vie occidental parait bien trop élevé quand on constate des préoccupations si volatiles.

Pour finir je remarquerais juste une dernière chose : les Brangelina, vainqueurs de la « palme » des parents modèles ? Sérieusement ? Pour moi, des parents modèles sont ceux qui, comme il en existe des milliers en France mais que tu sembles ignorer, ayant un travail très mal payé, fatiguant et répétitif, arrivent à faire de leurs enfants des citoyens respectueux de la République et leur permettent de faire des études et de se réaliser, indépendamment de leur milieu social originel. Car leur vie est un poil différente de celle de ce cher couple de millionnaires, et que ces gens doivent assumer leur enfant tout le temps, sans pouvoir compter sur des bataillons de nourrices.

Signé : Gérard Pichon.


Il existe maintenant une page wikipédia dédiée à la mort de Joshua Alcorn, pour en savoir plus :
http://en.wikipedia.org/wiki/Death_of_Leelah_Alcorn


Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

3 commentaires

  1. En tant que rédactrice en chef (le nom est plus pompeux que la fonction…) je me permets d’ajouter que j’ai accepté de publier cette réponse au nom de l’idéologie du journal qui est de laisser la parole libre à tous les étudiants de Sciences Po Grenoble. Nous voulons laisser un espace d’expression aux élèves et faire vivre le débat.

    En revanche, lorsque Gérard parle du féminisme et de l’écologie comme de « sous-combats » ne pouvant être menés qu’après l’acquisition de tous les autres droits et après la lutte contre les inégalités de richesse, je ne peux m’associer. Ce n’est que ce thème que je vais développer, car si je m’arrête sur chaque phrase de cet article, mon commentaire sera trop long… (mais « pour le bien-être de leur enfant »… ?)

    D’abord, le féminisme. Il me semble que l’égalité entre les Hommes n’est pas un combat de second ordre, mais bien le premier des combats à mener. Or on ne peut pas dire qu’une société soit égalitaire, même de façon économique, lorsque la moitié de la population est exclue justement de ce jeu économique. La lutte pour l’égalité homme femme est à la base de tout. Comment pouvons-nous penser fonder n’importe quelle société sur une inégalité aussi primaire ?
    Penser qu’il y a des sous-combats en général ne me semble pas justifiable, car lorsque nous luttons pour une cause, nous luttons pour des idéologies plus grandes. En ce qui concerne la défense des transgenres, nous luttons en l’occurrence pour le droit à disposer de soi-même, le droit à l’égalité. Et ce ne sont pas des sous-combats, ni des combats qui ne touchent qu’une partie minime de la société. Par ailleurs, concernant cet argument de partie « minime », en quoi l’écologie et le féminisme toucheraient moins de personnes que les « riches/pauvres » ??? Ce sont trois notions qui me semblent plutôt universelles. Je ne relève même pas l’idée que l’écologie puisse être rangée dans cette case des « sous-combats »…
    En fait, le défaut du paragraphe que je vise ici, est que tu as employé un argument qui ne se positionne pas du tout au même niveau que le débat. Nous ne pouvons pas dire « ne parlons pas de ça, il y a quand même plus grave ».

    Je tenais à commenter cet article pour ne pas m’y associer. Je salue néanmoins l’initiative de la réponse, réponses grâce auxquelles nous pouvons construire un dialogue.

  2. Je me permet de répondre moi aussi à ton « droit de réponse ». Je ne vois pas bien le but de ton article. Tu reproduis le même schéma que les parents de Leelah en niant son identité de genre. Oui c’est sans doute dur à accepter, mais certaines personnes s’identifient au genre différent du sexe dans lequel ils sont nés. (Si tu ne vois pas la différence, je t’invite à faire quelque recherches). Et le fait de ne jamais se faire prendre au sérieux est peut-être une raison valable qui les pousse au suicide. Tu trouves cela égoïste mais tu n’étais pas dans sa tête, tu n’es pas pertinent en portant de tels jugements de valeur.

    On voit que tu n’as pas lu la lettre de Leelah avec tes insinuations sur elle et ses parents. Ce que tu prend pour un égarement d’adolescent est une décision mûrement réfléchie, dans ce cas là. On ne parle certainement pas de changer de sexe à ses parents sur un coup de tête. De plus chacun à le droit de disposer de son propre corps comme il l’entend.

    Lorsque je parle de la société, je sous-entend la société occidentale et ses valeurs. Dans l’encadré, il est question des Etats-Unis.

    Alors effectivement, cette lutte concerne une minorité, mais est-ce une raison pour se montrer intolérant ? On peut se battre pour réduire les inégalités entre les riches et les pauvres, tout en respectant d’autres causes comme les droits des LGBT, le féminisme et l’écologie. Je suis tout à fait d’accord avec ce qu’à dit Isaure plus haut.

    Ma remarque sur les Brangelina comme parents modèles n’était pas vraiment à prendre au sérieux… Ton discours de fin est très émouvant, mais tu ne m’apprend rien. Et là encore, ce n’est pas dans le sujet.

    Enfin, tu aurais pu mettre ton vrai nom si tu avais vraiment voulu assumer ton point de vue jusqu’au bout.

    1. > De plus chacun à le droit de disposer de son propre corps comme il l’entend.

      Certes. Cela n’implique pas un pouvoir de coercition sur autrui afin de se faire payer une opération. S’il veut prétendre être une femme, parfait, c’est son droit le plus strict. Pour autant personne n’est tenu d’apporter un soutien financier (ou moral) à cette entreprise.

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