Barrage de Sivens : « Les pouvoirs publics nous ont marginalisés dès le début »

Entretien. Dès 2011, le Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet a exprimé son opposition à la construction du barrage d’irrigation à Sivens, dans le Tarn. Pour Ben Lefetey, porte-parole du Collectif, le refus du dialogue dans lequel se sont enfermés les élus locaux contenait les germes de la spirale de la violence qui a entraîné la mort de Rémi Fraisse, militant de 21 ans. 

Comment en est-on arrivé à un tel degré d’incompréhension entre partisans et opposants au barrage de Sivens ?

Ben Lefetey : Dès 2011, le Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet a cherché à alerter les conseillers généraux du Tarn. En 2013, ils étaient 43 sur 46 à voter pour la construction du barrage. Mais il y avait manipulation dans l’enquête publique qui leur a été communiquée. Le projet était basé sur des études bidons. Ils ne disposaient pas de tous les éléments pour décider en connaissance de cause. Nous souhaitions qu’ils étudient toutes les alternatives au projet de barrage, ce qu’ils n’ont jamais fait. Au mois d’août, nous avons organisé sur le site une randonnée et une chaîne humaine. Les pouvoirs publics nous ont marginalisés dès le début. Nous avons été traités comme des irresponsables. Le rapport d’experts commandé par le ministère de l’Écologie, remis lundi, nous a depuis donné raison. Il faut en finir avec le dénigrement des écologistes, en particulier au sein du monde paysan. J’ai parfois l’impression que nous sommes les Roms de la société rurale !


«J’ai parfois l’impression que nous sommes les Roms de la société rurale. »


 Par la suite, l‘occupation pacifique par des « zadistes » dès septembre a permis le statu quo du chantier. Peu à peu, nous avons obtenu des ralliements, comme celui de la Confédération paysanne. Mais comme les pouvoirs publics ont opposé une seule réponse, le recours à la violence et la répression, des éléments plus violents et radicaux sont arrivés sur place fin février.

Après la mort de Rémi Fraisse, les hommages se multiplient. Ici, à Nîmes.
Après la mort de Rémi Fraisse, les hommages se multiplient dans toute la France. Ici, à Nîmes.

En résumé, les élus se sont enfermés dans leur refus de débattre ?

Oui. Leur attitude exprime le mépris des citoyens. Je suis comme beaucoup de Français : j’en ai marre que l’argent public soit gaspillé dans de grands projets inutiles, aux dépens de l’environnement.


«J’en ai marre que l’argent public soit gaspillé dans de grands projets inutiles, aux dépens de l’environnement. »


Nous continuerons à nous battre contre cela. Aujourd’hui, alors que le rapport des experts nous donne raison, ils manifestent la même incapacité à reconnaître qu’ils se sont trompés. Ont-ils fumé la moquette ? Trois grévistes de la faim qui réclamaient un débat public n’auront pas suffi : les élus ont tenté de passer en force.

Selon vous, que nous apprend ce conflit du Parti socialiste ?

Sivens a été un révélateur : le PS est devenu un parti conservateur, hermétique aux revendications des jeunes, incapable de s’adapter. Ces jeunes expriment des aspirations louables. Pas un seul élu socialiste ne nous a rallié, à aucun moment.


« Un parti conservateur, hermétique aux revendications des jeunes, incapable de s’adapter. »


Le PS est à l’image de Manuels Valls. Ce dernier a raison de plaider pour un changement de nom. Les élus socialistes ne sont plus les disciples de Jaurès. Le Président du Conseil général, Thierry Carcenac, l’a démontré une fois de plus, en affirmant après le décès de Rémi Fraisse que « mourir pour ses idées, c’est relativement bête et stupide », alors même que le département célèbre le centenaire de la mort du député tarnais. Thierry Carcenac ne devrait pas se réclamer de Jean Jaurès, mais de Margaret Thatcher.

Comment vont évoluer les choses, désormais ?

J’ose espérer qu’après ce qui vient de se passer, le barrage ne se fera pas. La mort de Rémi constitue un scandale. Les alternatives doivent être étudiées ; une vraie concertation doit être menée. La négociation permettra d’aboutir à une solution pertinente. Il n’y a plus d’urgence à aller vite. Les fonds européens servaient de prétexte à Thierry Carcenac pour passer en force. L’argument était fallacieux, car toute alternative coûtera moins cher que la construction d’un barrage.

Propos recueillis par Emmanuel Samaniego

 

 
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Auteur : Emmanuel SAMANIEGO

emmanuel.samaniego@sciencespo-grenoble.fr

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