« Défendre la bourse au mérite, un combat noble »

Du combat qu’il mène avec d’autres pour sauver la bourse au mérite, Antoine Vermorel, étudiant à l’IEP de Paris, en retient que le pot de terre triomphe parfois du pot de fer. Le collectif « Touche pas à ma bourse, je la mérite », dont il est membre fondateur, a obtenu gain de cause vendredi : le Conseil d’État, donnant suite au référé déposé à la rentrée par des membres de l’association, a provisoirement annulé la suppression de l’aide au mérite, versée aux quelques huit mille étudiants boursiers qui ont obtenu la mention Très Bien au baccalauréat.
L'action du collectif "Touche pas à ma bourse, je la mérite" a permis d'ouvrir le débat sur la suppression décidée par le gouvernement.
L’action du collectif « Touche pas à ma bourse, je la mérite » a permis d’ouvrir le débat sur la suppression de l’aide au mérite décidée par le gouvernement.

Comment le collectif « Touche pas à ma bourse, je la mérite » a-t-il pris une telle ampleur ? 

Antoine Vermorel : Le 24 juillet, la circulaire annonçant la suppression de la bourse au mérite est tombée. Une pétition a été lancée et un petit groupe, décentralisé, dispersé aux quatre coins de la France, s’est formé, via Facebook. Nous avons passé l’essentiel de notre mois d’août à coordonner diverses actions pour faire connaître notre opposition à la suppression. Au creux de l’été, nous avons relayé dans la presse locale les témoignages d’étudiants bénéficiaires de la bourse au mérite. Du 1er au 20 août, la presse quotidienne régionale (La Montagne, Le Progrès, Ouest France, …) s’est fait l’écho de cette suppression grâce aux témoignages que nous avons livrés. Dans un second temps, nous avons contacté les 577 députés, par téléphone, afin d’obtenir des ralliements au sein de l’Assemblée nationale.


«Nous avons plaidé auprès de Michel Barnier pour la mise en place d’une aide au mérite européenne.»

Enfin, à l’issue de ce travail de terrain, relayer notre mobilisation au niveau national est apparu comme la next step. Suite à une conférence de presse du collectif, une dépêche AFP est tombée, ouvrant la voie à une couverture nationale dans le Figaro, Libération, L’Humanité ou sur TF1. A la Commission européenne, nous avons plaidé auprès de Michel Barnier pour la mise en place d’une aide au mérite européenne.

Vous avez obtenu l’annulation provisoire de la suppression de la bourse au mérite grâce au recours déposé devant le Conseil d’État. Votre victoire pourrait n’être que temporaire.

Oui. La bourse est sauvée pour cette année, mais la victoire pourrait n’être que partielle. La requête a été déposée en référé en septembre. La suppression de la bourse a été annoncée en juillet par circulaire ministérielle. Or, à sa création en 1998, la bourse a été mise en place par décret par Lionel Jospin, alors Premier Ministre. Seul un décret peut en annuler un autre. C’est le point de droit qui a permis à notre demande d’aboutir. En réalité, c’est la deuxième fois que le gouvernement cherche à supprimer la bourse au mérite. Cette fois, il avait annoncé que la bourse serait maintenue pour les étudiants qui avaient déjà commencé à la percevoir, ce que je trouve assez vicieux. La solidarité étudiante a prévalu.

Les syndicats lycéens et étudiants auraient dû être en première ligne pour contester la décision gouvernementale. En réalité, c’est votre collectif qui s’est emparé du sujet. En même temps, son caractère transpartisan n’a-t-il pas été une force ?

C’est vrai ! Par ailleurs, nous n’avons jamais été reçus au ministère de l’Éducation nationale ; on ne faisait pas peur. Il faut croire que la recherche du conflit permet à l’inverse d’être écouté ! Il est regrettable qu’un collectif de jeunes respectueux, qui mobilise autour de lui des milliers d’étudiants et de lycéens s’inscrivant dans une démarche républicaine ne retienne pas l’attention du ministère de l’Éducation nationale.


«Nous avons saisi le Conseil d’État parce que nous nous sommes heurtés à un mur.»

Avec le recul, je peux dire que nous avons mené un noble combat avec des personnes de tout horizon politique, qu’elles soient d’extrême-gauche, de droite, du centre, ou apolitiques, ce qui garantissait un équilibre au sein de notre mouvement.

Quels arguments avez-vous opposés au ministère de l’Éducation nationale ?

Nous avons œuvré pour la méritocratie. Face à nous, le ministère de l’Éducation nationale a manqué de clarté en changeant plusieurs fois d’arguments. La décision répond soit à un impératif budgétaire, c’est-à-dire aux injonctions de Bercy, soit à des motifs idéologiques. C’est difficile à savoir. Dans un premier temps, le ministère a soutenu que la mention Très Bien ne signifiait plus grand chose tant le nombre de mentions de ce type s’était accru.


« Le ministère a soutenu que la mention Très Bien ne signifiait plus grand chose tant le nombre de titulaires de mentions de ce type s’était accru. L’argument est fallacieux »

Il est vrai que le nombre de bacheliers titulaires de la mention a augmenté. En revanche, l’argument est fallacieux car la proportion d’élèves boursiers parmi ceux qui obtiennent cette mention, elle, n’augmente pas.

Les membres du collectif restent mobilisés afin que l'aide soit maintenue.
Les membres du collectif restent mobilisés.

A ce stade, que retenez-vous de l’expérience ?

Notre mouvement doit se développer, se renforcer. L’association continue de porter notre revendication dans le cadre républicain qu’elle s’est donné. A 20 ans, nous montrons qu’il est possible de gagner en justice face à un ministère.

Propos recueillis par Emmanuel Samaniego
 
Si vous souhaitez rejoindre le collectif "Touche pas à ma bourse, 
je la mérite", vous trouverez ici le formulaire.
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Auteur : Emmanuel SAMANIEGO

emmanuel.samaniego@sciencespo-grenoble.fr

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