Ty Segall : le renouveau du rock

Ozzy Osbourne, 65 ans et chanteur mythique de Black Sabbath, déclarait récemment « Le rock mourra avec nous. » Non, non et, tout simplement, non. Et ce pour une simple raison : lorsqu’Ozzy et ses compères ont réveillé les morts au début des années 70 c’était dans un plus large mouvement d’émancipation, d’une jeunesse opposée à ses aïeuls et leur musique jugée trop poussiéreuse. Le rock, porté par les Stooges ou les MC5 entre autres, était pratiqué par des jeunes et pour des jeunes, avec cet esprit de révolte, de liberté et de renouveau. Si le rock est une contestation des codes et de la morale bien-pensante, de la musique qui sommeille, il est temps qu’il change lui aussi.

Personne ne remet en question l’héritage fabuleux de tous ces dinosaures du rock mais il est temps pour eux de laisser leur place aux jeunes, à une jeunesse avide de riff qui attend patiemment de reprendre le flambeau en faisant du mieux qu’elle pouvait pour se faire entendre pendant qu’on l’abreuvait de Rihanna et autres produits commerciaux. Comme de son temps où un Ozzy ou un Iggy rugissaient dans leurs micros, symboles pour leur génération, nous avons Ty Segall, pur produit du rock, ne vivant que pour sa musique.

A l’époque des groupes qui pondent un album tous les quatre ans au mieux, Ty Segall est un génie prolifique qui à réalisé 13 albums en seulement 5 ans !

Un génie on vous dit.

Pur produit Californien, Ty commence par jouer de la batterie dans un groupe de pote au lycée, Epsilon, avant d’enchainer des groupes différents en maniant aussi bien la guitare que le chant. Il publie plusieurs albums, en groupe ou en solo avant de remporter un petit succès critique avec Slaughterhouse. Son talent est enfin reconnu début 2012 avec la sortie de Twins, publié sur Drag City avec son groupe Ty Segall Band, et il devient la coqueluche de tous les amateurs de rock psyché et underground. Après une interminable tournée, alors que tout le monde attend la confirmation de Twins, il publie un album folk intime, en solo acoustique ou accompagné d’un ami violoniste. La nouvelle surprend tout le monde, lui qui se disait « incapable d’écrire un album folk sur commande » en enregistra un chez lui avec les moyens du bord et un vieux magnéto alors que tous attendait qu’il fasse une nouvelle fois cracher les amplis. Tout simplement. Magnifiquement.

Et alors que l’on débute l’écoute de ce bijou de sincérité et de mélodie on apprend que notre Ty aurait été vu dans des bars jouer avec des amis de lycée du heavy rock, la pédale fuzz à fond. Derrière la batterie, braillant de temps à autre dans son micro quand son compère à la gratte Charles Moonheart le lui en laissait le temps. Inutile de vous dire que nous nous en sommes réjouis, d’autant plus que la nouvelle d’un album rock heavy/psyché bien-nommé Fuzz pointait le bout de son nez peu de temps après. Inutile de vous dire que c’est une tuerie, à proprement parlé.

Un déluge de reverb et de guitare saturé façon grunge couplé d’une section rythmique dantesque qui martèle un groove hypnotique. Les chansons et les jams (sur un album, oui oui on plane là) s’enchainent et à peine la dernière note joué on ne peut s’empêcher de relancer le disque.

Volume à fond. En transe. Fuzz est définitivement monstrueux.

Le nom de cet album, et de son groupe par la même occasion, est-il un pied de nez aux vieux de Sabbath en portant le nom de la pédale qu’ils affectionnaient et les rendaient célèbres ? Mystère, quoi qu’il en soit le nouveau né du Californien tient sans peine la comparaison avec le nouvel album 13 de la bande à Ozzy qui au passage est leur manière depuis Sabbath Bloody Sabbath.

Sa voix torturée et nasillarde, qui se déchire dans les aigus et chante sa folie au son d’une guitare saturée, nous rappelle étrangement celle du jeune Osbourne…

Mais je m’égare à le comparer à ces légendes qui n’ont plus rien à prouver. Lui, au contraire, a encore tout a faire. Il porte l’espoir d’un renouveau du rock qui contrairement aux idées reçues n’est pas mort, non, loin de là ! Il a juste muté, évolué en majorité vers de l’indé, du rock New-Wave et recherché – mais non moins brillant. Le rock brut et sans concession se fait lui plus rare mais reste bel et bien vivant. Il suffit juste de bien savoir le chercher. Il est fini le temps où il était la musique la plus populaire, que les tubes de Led Zeppelin, du Velvet Underground ou de Janis Joplin tournaient en boucle à la radio et qu’il passait même à la télé (incroyable non !!). Il faut désormais fouiner, passer des heures sur internet pour trouver la perle rare, se renseigner sur le petit nouveau qui fait parler et le dernier groupe à avoir retourné un bar.

A une époque où la musique commerciale et éphémère sans saveur pour adolescents pré-pubères est reine, des gars comme Ty Segall ou les Strypes, un jeune quatuor Irlandais qui fait furieusement revivre le blues rock ou bien encore Fidlar et son punk rageur, continuent de faire vivre le rock qu’on aime : brut, sans concession, jeune et révolté.

En espérant qu’ils montrent l’exemple ou fassent naitre des vocations, il est temps que je vous laisse, je viens d’apprendre que ce troubadour moderne venait d’annoncer la sortie de son premier double album au doux nom de Manipulator…

Quentin Sorbier

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