Au sommet des bananiers (Festival Expresso 6/10)

Comment qualifier ce sixième article issu de l’édition du festival Expresso ? Ni un apologue, ni même une satire, oserons nous le classer dans le registre de l’absurde ? L’actualité ne serait alors pas une intruse dans une pièce de Beckett…


 

Comme le disait un sage proverbe africain : « la vie c’est comme une banane : on peut la prendre par les deux bouts ». Bien loin de ces clichés, nos journalistes envoyés en terre bananière ont réussi à interviewer des représentants du congrès de la très honorable Fédération internationale des fruits arboricoles (FIFA).

La première chose de frappante quand on arrive en terre bananière se trouve être les bananiers, foisonnants et grandioses. A Bananopolis en ce 24 mai 2014, une foule de bananes se masse devant le grand parlement de la FIFA. Jamais crise n’avait été aussi grave dans le monde des fruits jaunes.

Très inquiets des événements récents ayant pris place dans le monde humain, les bananes craignent d’être impliquées par grappes entières dans une vaste campagne politique. En effet, les récents lancers racistes de bananes envers certaines personnalités politiques et sportives originaires d’Afrique agitent plus que jamais les hautes sphères bananières.

Les bananes doivent-elles choisir un camp ? Faut-il se rallier aux moins bellicistes, hostiles à tout jet de fruits ? Peut-on vraiment faire un parallèle avec le lancer de nains ? Autant de débats qui agitent les repas des honnêtes
familles fruitières.

Dans la chambre haute, la matinée est particulièrement animée. Monsieur Split, député du parti pour les bananes libres (le PBL), commence la séance par un violent réquisitoire contre le jet de bananes. Les mots sont durs, le ton est ferme : indignes, méchants, et gaspilleurs, ces humains qui se jettent ainsi d’honnêtes bananes ! Après ce discours emphatique, Monsieur Split annonce la proposition de loi de son parti : l’interdiction pure et simple de toute coopération entre humains et bananes dans un cadre politique.

La réponse de l’opposition, à travers Monsieur le député Tromür, membre du parti nationalbananier (PNB), ne s’est pas faite attendre. « Il est temps de dire les choses : il y a une hiérarchie, une banane verte ne vaut pas une banane jaune ; chez les humains c’est la même chose ! » explique-t-il ainsi, bientôt couvert par les huées des bananes nordiques, toujours trop vertes. Continuant néanmoins sa diatribe, Monsieur Tromür, avance un projet de loi devant permettre aux humains d’user des bananes pour prouver scientifiquement que certains hommes sont trop ou pas assez mûrs. L’auditoire s’excite alors et craignant des débordements bananiers dans les tribunes, Monsieur le président Unpeumöll fait évacuer la salle.

La séance reprend à 14 heures alors que la chaleur et la tension menacent de faire flamber les bananes les plus sensibles. Une délégation de citrons est auditionnée : en effet, la Citronie avait déjà dû faire face, il y a une dizaine d’années, à une question similaire concernant les humains originaires d’Asie. Les paroles du citron, Monsieur Pressay, sont mesurées, il rappelle que son pays a su tirer des avantages de la coopération avec les humains ; « nous avons besoin des humains autant qu’ils ont besoin de nous : nous ne pouvions nous priver de toute relation politique avec ces derniers, sans nous exposer à des pertes acides pour le jus de la nation » ajoute-t-il.

Le mot de la fin revient à la banane Monsieur Ekrasayausükr, membre du parti des bananes pour la liberté d’épluchage (PBLE), qui condamne violemment tout ceux qui jettent des bananes sans les éplucher ou les manger. « Je pense aux familles de ces bananes lancées ainsi par terre avec violence et haine, risquant leur peau pour des intérêts qui leur sont étrangers » a ajouté Monsieur le député Ekrasayausükr, avant de préciser « en plus ça explose partout : c’est dégoutant ».

Ces discussions devraient se poursuivre plusieurs jours. En attendant, Madame Taubira a annoncé son soutien le plus total au parti pour les bananes libres, et devrait intervenir en fin de semaine, en conclusion des débats, avant le vote définitif, qui se promet épicé.

Charles Corval et Victor Amoris

Retrouvez les autres articles de notre « série de l’été » spéciale édition du festival Expresso :

1/10
2/10
3/10
4/10
5/10

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Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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