galerie La merveilleuse littérature…

… de Jérôme Ferrari

livres

            Difficile de ne pas céder au déclinisme ambiant : Marc Lévy et Guillaume Musso occupent le haut du pavé, rivalisant de mièvreries pour accéder au podium des meilleures ventes de romans, ce à quoi ils parviennent. Alors, le lecteur, frappé de nostalgie devant notre panthéon littéraire, est tenté de penser que la littérature française a été plongée dans des bas-fonds insondables. Tout à coup, il se sent solidaire des piliers de comptoirs : à leurs heures perdues, ces derniers font parfois œuvre de philosophes, en affirmant, Kronenbourg à la main, que « c’était mieux avant ». Dieu merci, nous avons appris de la Bible que le Verbe avec un grand « V » naissait toujours du chaos. Il existe, en France, de grands auteurs contemporains. Modiano, Annie Ernaux, Pierre Michon en sont, avec d’autres.

            Parmi eux, il faut citer Jérôme Ferrari. Remarqué et plébiscité par de grandes plumes (tel Le Clézio), le professeur de philosophie a été révélé au grand public par le prix Goncourt, reçu en 2012 pour son roman Le Sermon sur la chute de Rome. Les références philosophiques ponctuent ses romans. Le titre même du Sermon sur la chute de Rome doit être compris en référence à l’œuvre de Saint-Augustin. Les chapitres sont introduits par des citations du théologien. « Où iras-tu en dehors du monde ? », proclame l’une d’elles. Pour autant, Jérôme Ferrari n’écrit pas en philosophe, car l’écriture du romancier ne saurait se confondre avec celle du philosophe. Il sait que la littérature est l’art des questions, non pas celui des réponses. Roland Barthes l’avait clamé, affirmant qu’ « écrire, c’est ébranler le sens du monde, y disposer une interrogation indirecte, à laquelle l’écrivain, par un dernier suspens, s’abstient de répondre »[1]. Pour chaque grande œuvre ou pour chaque grand roman, les réponses passent, la question demeure.

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            La toile de fond des romans de Ferrari, c’est la Corse. L’Île de beauté renferme une vie impossible. Dans le Sermon sur la chute de Rome, deux étudiants mettent un terme à leurs études de philosophie à la Sorbonne pour ouvrir un bar dans un village reclus de l’île, où tout se déroule en vase clos. Le vase se change bientôt en bain de sang. Balco Atlantico tout autant que Dans le secret sont également des romans noirs. Parfois, des récits familiaux et mémoriels se mêlent au temps présent, et le merveilleux, le réalisme magique d’un Juan Rulfo, ne sont jamais éloignés. L’omerta, la mémoire, une terre accidentée, les obsessions et les travers humains (et sexuels), la faute, sont autant de thèmes qui jalonnent l’œuvre de l’écrivain, et qui rendent pour ses héros la vie impossible. La frontière entre le profane et le sacré n’est pas plus maintenue que celle entre la vie et la mort.

            Ferrari a un univers propre. Il détonne dans le paysage littéraire contemporain. Certains écrivains ont un bel avenir derrière eux. La Méditerranée constitue l’horizon de Ferrari : souhaitons-lui un avenir littéraire aussi lumineux.

Emmanuel Samaniego


[1]Sur Racine

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