Média – Quatrième pouvoir

Du self defence intellectuel grâce aux documentaires de Pierre Carles ?

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Citoyens en construction, nous voulons et entendons exercer notre citoyenneté en toute conscience. Peut-être futurs membres du système politique ou médiatique, nous souhaitons exercer notre métier en toute connaissance des enjeux que nous portons. Peut-être devons-nous alors aller au-delà de ce que l’on nous donne, et exercer un esprit critique, sans cependant tomber dans la dénonciation irréfléchie et systématique. C’est ce que propose le collectif CorteX, qui donne des cours « d’autodéfense intellectuelle », à l’université de Grenoble. Ils ont invité Pierre Carles à présenter son film Fin de Concession, mercredi 6 novembre.

Qui est Pierre Carles ? Un documentariste français, en marge des circuits visibles et commerciaux. C’est surtout quelqu’un qui dérange la profession médiatique, par sa ligne conductrice qui consiste à dénoncer non pas le système de puissance des médias, mais leur hypocrisie.

Ejecté des grandes et petites chaînes de la télévision française, Pierre Carles s’estime être, en France, celui des « documentaristes qui a fait le plus de longs-métrages sans être diffusé à la télévision ». Ce rapport ambigu aux médias et en particulier à la télévision est illustré dans son long-métrage très controversé Pas vu pas pris (1998), jamais diffusé encore sur les chaînes françaises, alors qu’il a dû y être cité des centaines de fois. Nous pouvons voir les films de Pierre Carles dans certains cinémas, mais aussi sur internet. Son dernier film, Hollande, DSK, etc. est d’ailleurs disponible sur le site du réalisateur en libre téléchargement.

Lors d’une projection de son film Fin de concession, sur le campus grenoblois, à l’occasion d’une série de projections autour du thème « Médias quatrième pouvoir », Pierre Carles est venu présenter et défendre son œuvre avec un certain brio. Ce film est une rétrospective de sa lutte, mêlée à une autobiographie, dans laquelle il fait sa propre critique, questionne ses réels buts, et surtout l’efficience ou non de toutes ses années d’acharnement.

Pierre Carles, avant même la projection du film, nous prévient : le ton sera « désabusé ». Tout est en effet remis en question chez lui, il ne donne aucune réponse, mis à part peut-être celle-ci : « Nous nous sommes rendu compte que l’action collective était bien plus efficace que l’action solitaire ». Le film paraît en effet reprendre son souffle, dès l’instant où Pierre Carles n’est plus seul à mener ses actions. Le film s’achève d’ailleurs sur une scène où plusieurs centaines de personnes sont mobilisées, à l’endroit même où le film commence, mais où alors ils n’étaient que deux, impuissants.

Son objectif  global affiché qui dépasse sa dernière production ? Rompre avec les films porteurs de doxa, quelle que soit la nature de celle-ci. Le but de Pierre Carles est d’apporter un regard éclairé et non « péremptoire» sur la société. L’angle d’attaque qu’il a trouvé est celui de la remise en cause de deux des grandes institutions qui nous imposent justement une vision censée être réfléchie  de  la société : le pouvoir politique et le pouvoir médiatique. Par l’accolement ici, naturel, du substantif « pouvoir », nous voyons déjà émerger le problème que tente de dénoncer Pierre Carles, celui des organisations qui se sont octroyé un pouvoir, difficilement évaluable, sur l’ensemble de la société.

Le véritable dysfonctionnement, d’après le documentariste, aurait alors deux pendants. D’un côté, nous le trouvons du côté des acteurs du pouvoir. Des institutions ayant une réelle influence sur la société rejettent toute responsabilité et la font porter à d’autres. Les médias ne seraient donc pas responsables de l’économique ou de la politique, et la politique ne serait ni responsable de l’économique, ni des médias. Chacun revendique sa soumission aux autres, volontaire ou non, et aucun n’assume exercer de pouvoir : là est la dangerosité et l’hypocrisie dénoncée.

La deuxième face du dysfonctionnement vient alors du consommateur lui-même, consommateur d’images et de mots, de concepts tout faits, qui n’a pas les armes pour se défendre, et accepte avec une certaine résignation de prendre tout ce qu’on lui donne. Pierre Carles et ses compères veulent alors nous réveiller, nous révéler cette « violence symbolique » dont nous nous rendons victimes.

Autant – et le regard désabusé de Fin de concession nous le prouve – il apparaît difficile de changer les jeux de pouvoirs, autant une prise de conscience de la part des citoyens semble encore possible.

Nous parvenons alors ici à l’ordre plus théorique de l’œuvre du réalisateur. Nous comprenons en effet très vite, dès l’instant où nous l’écoutons, où nous visionnons quelques-uns de ses films, que sa lutte n’est pas seulement dirigée contre le système médiatique, ni contre le système économique. C’est une lutte philosophique et sociologique qu’il mène, fort de l’héritage de Bourdieu, auquel il a d’ailleurs dédié deux de ses films. Ainsi, se basant sur les leçons du sociologue, c’est un appel à l’action qu’il nous envoie, conscient que, seuls, les mots et les images ne suffisent pas.

Isaure M.

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Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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