Jasmin étoilé aux pétales délicates

Respirez, humez les senteurs de chèvrefeuilles et de jasmin qui ressortent de ce film, bouleversant et riche de ses personnages et de sa narration. Le synopsis laissait pourtant planer quelques incertitudes. L’histoire aurait pu être inexistante. Le choc des modes de vies, un jeu entre la vie mondaine et celle des autres. Les personnages auraient pu être classiques. Une citadine obligée de retourner en cambrousse chez une soeur lointaine, presque inconnue, suite à des soucis pécuniaires. La fin aurait pu être classique. Une banale dénonciation des inégalités sociales qui suivent les gens du berceau jusqu’à la tombe.

C’était sans compter Woody Allen et le talent que l’on sait. Derrière sa caméra, il filme, il saisit et mobilise les acteurs à sa guise pour leur faire jouer exactement, dans les moindres détails, la finesse et la profondeur qu’il veut transmettre à ces femmes et ces hommes sous sa direction. On y découvre alors une Cate Blanchett épanouie dans le rôle d’une femme seule, égarée dans ses contradictions, qui s’abandonne, ne sachant attraper une main tendue, et refusant d’admettre son désarroi. « Blue » Cate ne sait que faire de sa nouvelle vie, et pourtant l’on sent, le spectateur perçoit cette détresse, mais aussi cette volonté de repartir sur de nouvelles bases mais en se voilant la face. L’actrice australienne se révèle ainsi pleine d’humanité, entre rage, compassion, panique, elle garde un sens poétique et romanesque qui la pousse à préférer une existence imaginaire plutôt que réelle, à fermer les yeux et s’enfermer dans un sentiment d’incompréhension et d’injustice. Sublimant ce premier rôle, jouant tantôt l’audace, tantôt la détresse, voire l’allégresse et l’euphorie avec une subtilité que l’on a plaisir à découvrir, on ressort de ce film, émerveillé, et touché de compassion. Sans se répandre dans le pathos, et maîtrisant la beauté des personnages dans ses moindres faits et gestes, Woody Allen nous livre, encore une fois, une pièce aux personnages énigmatiques et une fin encourageant à la réflexion sur le refus perpétuel de se remettre en cause. Blue Jasmine, un voyage que je ne peux que conseiller, une porte vers un moment d’isolement et de tranquillité.

« Voyager, être à l’étranger, très loin de chez soi, c’est comme assister à un film. Ça se fait en silence. » Claude Jasmin.

Caligula.

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Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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