Xi Jinping, ce grand inconnu

« Aucun pays n’a le droit de précipiter l’Asie dans le chaos »

Cette déclaration de Xi Jinping le 7 avril 2013, au forum économique annuel de Boao, dans l’île méridionale de Hainan, marque un tournant dans la politique de Pékin vis-à-vis de son traditionnel allié nord-coréen. Dans un contexte de tensions en Asie suite aux déclarations belliqueuses de Pyongyang, le nouveau dirigeant chinois a montré que la Chine souhaitait pleinement jouer son rôle de puissance régionale pour désamorcer les crises, quand bien même elle devrait rompre avec son remuant voisin, tout en appelant la communauté internationale à défendre “ une vision pour une sécurité globale, commune et coopérative”.

C’est également un excellent moyen pour Xi Jinping de s’affirmer sur la scène internationale, où il reste peu connu. Il a pourtant été porté au pouvoir après une vie pour le moins singulière, et surtout, incarne un espoir de changement par la reprise de réformes suspendues sous son prédécesseur.

Fils de l’un des huit Immortels du Parti communiste chinois – les révolutionnaires compagnons de route de Mao Zedong, qui forment une aristocratie communiste -, il est élevé dans un milieu privilégié réservé aux Princes rouges, les descendants des hauts dignitaires du parti. Il est néanmoins marqué par la disgrâce de son père, exclu du parti par Mao Zedong en 1962, et est exilé dans la province du Shaanxi, comme travailleur rural durant la Révolution culturelle. Il lui faut attendre la réhabilitation de son père à la fin des années 1970 pour entamer une carrière politique. Celle-ci est marquée par son combat contre la corruption, et la promotion de l’écologie, mais surtout une grande prudence et une aversion pour les querelles idéologiques qui ont bouleversé sa jeunesse, ce qui en a fait un homme pragmatique et discret, attendant son heure. Par sa nomination au poste de vice-président de la Commission militaire centrale du Parti en 2010, il est pressenti pour succéder à Hu Jintao. Il devient effectivement secrétaire général du Parti communiste chinois le 15 novembre 2012 ainsi que président de la République populaire de Chine le 14 mars 2013. Xi Jinping est désormais à la tête de la Chine pour une décennie, s’il effectue comme son prédécesseur deux mandats de cinq ans.

Partisan inconditionnel de la lutte contre la corruption qui gangrène le pays, et de la ligne « pro-marché » suivie depuis 1990 par le parti, Xi Jinping se pose clairement comme un président réformiste en faveur d’un Etat limité. Malgré la nomination en ce sens de Li Yuanchao, favorable à la reprise des réformes suspendues depuis 2008, au poste de vice-président, nombre d’analystes craignent que la personnalité prudente de Xi Jinping et la composition peu hardie du Politburo de sept membres n’aille pas dans le sens de réformes vigoureuses.

Reste à savoir à présent s’il parviendra à débloquer la pression des « groupes d’intérêt », dénoncés par l’ancien Premier ministre Wen Jiabao et comment il arrivera à répondre aux attentes de plus en plus fortes de la nouvelle classe moyenne chinoise en termes de liberté d’expression, d’indépendance de la justice et de sécurité sanitaire…

Civis Morator

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Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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