Lettre ouverte à nos amis carnivores

Et si les végétariens n’étaient pas tous des brouteurs d’herbe extrémistes ? A l’étranger, le végétarisme a la cote. Avec 6% de végétariens en Grande-Bretagne, 9% en Suisse et en Allemagne, les français sont à la ramasse. Au pays du bœuf bourguignon la démarche végétarienne reste incomprise. Du moins, rien n’est fait pour leur rendre la vie facile : disparition subite du wrap chèvre, seul plat végétarien à Mc Do, cantines sans alternatives végétariennes… jusqu’au menu du Gala de l’IEP. Sans accuser en rien le BDE (qui avait bien d’autres sujets de préoccupation), cela illustre bien que le végétarisme n’est pas dans les esprits.

Cependant, à la suite des récents scandales alimentaires, le végétarisme s’est soudain retrouvé sur le devant de la scène. Finalement, quelles sont les motivations des végétariens ?
L’argument le plus évident semble être celui de la souffrance animale. Avec près de 95% de la viande provenant de l’industrie, les joyeuses fermes familiales sont en voie de disparition. Des documentaires comme Earthlings ou Meet your meat ont contribué à révéler au plus grand nombre les conditions choquantes d’élevage et d’abattage des animaux, ceci pour satisfaire les exigences du consommateur : toujours plus de viande, au plus bas prix. Vous nous direz, c’est la loi du plus fort: « le lion mange la gazelle », consommer de la viande c’est « naturel ». Mais faire naître artificiellement des animaux, les engraisser puis les tuer à la chaîne pour pouvoir manger un Mc Do à 16h, est-ce encore le cycle de la vie ?
Selon la FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations), l’élevage est en outre “l’une des causes principales des problèmes mondiaux d’environnement les plus pressants, à savoir le réchauffement de la planète, la dégradation des terres, la pollution de l’atmosphère et des eaux et la perte de biodiversité”. C’est aujourd’hui la première cause du réchauffement climatique, il y participe pour 40% de plus que l’ensemble des transports dans le monde…
En utilisant 60% de la production céréalière mondiale pour nourrir notre bétail, nous en privons également 923 Millions d’humains, qui pourraient être nourris si les pays occidentaux réduisaient significativement leur consommation de viande.
Tout cela alors qu’on connaît aujourd’hui les valeurs nutritionnelles de tous les produits, que les protéines végétales apportent autant que les protéines animales et sont mieux assimilées. Contrairement aux idées reçues, le végétarisme ce n’est ni la privation, ni les carences, mais une cuisine riche et variée.
La non-consommation des graisses saturées et du cholestérol de la chair animale diminue fortement le risque de cancer, diabète, hypertension… Trois ans de vie gagnés en moyenne, c’est tentant non ?

Le végétarisme, c’est avant tout se placer dans une démarche fondamentale : recréer le lien entre ce que nous consommons (parfois innocemment) et ce que cette consommation implique. Si les gens devaient tuer eux même les animaux qu’ils consomment, le nombre de végétariens exploserait. C’est sur cela que nous voudrions vous faire réfléchir, sans pour autant prétendre détenir le Graal de la consommation parfaite…

I.C., E.B., M.P.

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Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

2 commentaires

  1. Un article fort intéressant, mais cessons avec les arguments relevant de l’anthropomorphisme sur la souffrance animale pointant du doigt tous ces « inhumains » consommateurs de viande. De même pour l’argument écologique, pourquoi ne pas prôner une autre manière de consommer de la viande plutôt que de la bannir tout simplement de nos assiettes. Par ailleurs la consommation de viande relève de l’habitude, du culturel, de l’émotionnel, du souvenir des viandes en sauce que nous préparent nos grand mère avec toujours se soucis du détail culinaire et ce n’est pas des arguments froidement rationnels comme l’épaisseur de la couche d’ozone qui feront changer les habitudes je pense….

  2. Je n’avais pas vu ce commentaire donc je me permets de répondre maintenant :) J’ai participé à l’article et je suis totalement d’accord avec toi en ce qui concerne les arguments « froidement rationnels » comme tu dis. On était très limité concernant la longueur de l’article donc on s’est borné à une simple synthèse, il est évident qu’il y a plein d’autres façons d’en parler mais des gens l’ont fait bien mieux que nous ! Le facteur de l’habitude et de l’émotion concernant la consommation de viande est bien le plus marquant, avant le goût lui même. Il mène à une sorte de politique de l’autruche, et on s’entend souvent répondre « ah tais toi tu vas me dégouter »… Concernant l’argument écologique, l’urgence est effectivement de réduire drastiquement la consommation de viande (indispensable) et de sensibiliser les gens à la qualité de ce qu’ils ont dans leur assiette, et ça ne peut se faire que si on arrive à faire passer le message que l’on a PAS besoin de viande à chaque repas, que si on veut continuer à en manger par choix, il y a d’autres manières de consommer. Si l’on choisit de bannir totalement la viande de son assiette, c’est bien entendu qu’on a pas été seulement touché par cet argument de l’impact sur l’environnement. C’est cet argument là qui m’a poussé à m’y intéresser, dans un souci de cohérence (se prétendre « écolo », même si je ne suis pas fan du terme, et manger tranquillement son steak tous les jours ou presque, c’est l’incohérence suprême à mes yeux). Mais ensuite on découvre une réflexion beaucoup plus complexe et assez passionnante. Ca devient un choix militant en quelque sorte, de faire le choix de ne plus se nourrir d’animaux. Après y’a quand même des gens qui ont été convaincus par une réflexion « rationnelle » et qui ont pesé le pour et le contre (c’est un peu ce que j’ai fait : impact énorme sur l’environnement + souffrance animale extrême + pas de bénéfice pour la santé + participe à une inégale répartition des ressources vs. goût). D’autres vont regarder une vidéo choc et devenir végétarien d’un coup, de façon plus « émotionnelle », je n’en fais pas partie mais ça recouvre pas mal de gens. Ici on écrivait dans un petit journal d’IEP et on a écrit pour ces lecteurs là, et pour réagir à des remarques. Ensuite libre à chacun de s’informer vraiment s’il le souhaite ;)

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