Pot de terre contre pot d’acier….

En 2006, Mittal réussit une OPA hostile sur Arcelor et promit de préserver les emplois en Europe. En 2008, malgré les promesses de Nicolas Sarkozy, ArcelorMittal a fermé Gandrange. Aujourd’hui, c’est au tour de Florange de faire les frais des problèmes économiques et financiers que connait le géant sidérurgique, à savoir une dette de 22 milliard d’euros. Outre le discours identique à son prédécesseur qu’a tenu Hollande et l’escalade politicienne qui eut lieu, quels sont les résultats des négociations avec Mittal ?
Mittal en France représente 20 000 salariés sur les 270 000 dans le monde. Le secteur sidérurgique connait de graves difficultés au niveau de la demande, dont la baisse est due principalement au recul de l’industrie automobile. En effet, la compétitivité du site de Florange dépend fortement de celle de Peugeot, dont les ventes ont diminué de plus de 20%. Face ce problème de débouchés, l’enjeu pour ArcelorMittal est de maximiser sa compétitivité-prix en minimisant les coûts le plus possible. Mais la France est spécialisée dans l’acier haut de gamme, et non low cost, avec la production d’un acier très fin et très technique, et donc trop cher et pas compétitif.
Pour Florange, si les coûts variables sont à peu près équivalents aux autres sites en France, les coûts fixes sont nettement plus élevés. C’est lié aux hauts fourneaux, vieux, petits, dont les coûts de maintenance sont importants. L’industrie sidérurgique est une industrie intensive en capital. Les instruments de chauffages, par exemple, sont très chers, et une décision de fermeture fait l’objet d’une longue réflexion. Ainsi, l’extinction de hauts fourneaux peut se faire dans deux buts : fermer un site définitivement, ou bien diminuer les capacités de production afin de faire remonter le cours de l’acier. On peut supposer que ce dernier était l’objectif initial de Mittal puisque le cours de l’acier est en chute libre depuis que la crise fait ses ravages dans l’économie mondiale.
Ces fourneaux sont également moins efficaces que ceux aux bords de l’Atlantique car il est aujourd’hui plus facile de produire sur mer que sur terre. Cela a d’ailleurs été illustré par la relance du 3ème fourneau de Dunkerque le 17 janvier dernier. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Si l’on déplore la mort clinique programmée de la sidérurgie lorraine, certains se réjouiront du sursis accordé à Dunkerque et ses 3300 salariés qui y travaillent.
Quid du projet Ulcos ?
Ulcos est l’abréviation d’Ultra-Low Carbon dioxide Steelmaking, soit processus sidérurgiques à très basses émissions de CO2. Derrière ce nom barbare se cache un consortium de 48 entreprises et organisations de 15 pays européens, réunies dans le but de faire diminuer les émissions de CO2 liés à la production d’acier de 50%. Soutenu par la commission européenne, le site de Florange est censé être le site d’expérimentations. Malheureusement, le coordinateur du projet, ArcelorMittal, s’est retiré du projet sous prétexte d’un problème technique, seulement 150 millions d’euros sur 600 ont été trouvés, et la Commission a aussi remis en cause le choix du site de Florange. Cette tentative de sauvetage des hauts fourneaux lorrains n’est pour l’instant qu’au stade Alpha.
Quid de la nationalisation ?
[na-sio-na-li-za-sion] n. f. Sanction prise pour faire plier une multinationale.
Outre ce trait d’humour d’Etienne de Montety, journaliste au Figaro, cette menace au parfum historique agréable est-elle encore crédible au XIXème siècle, ou est-ce un « bond en arrière » ?
La nationalisation peut être une bonne idée et une réussite à en voir General Motors ou même Alsthom pendant le quinquennat précédent. Il ne faut pas non plus oublier que la fermeture d’un site est aussi la perte d’un savoir-faire, et c’est pour cette raison qu’un projet de loi est en préparation pour que ces sites ne soient pas détruits mais repris en priorité. Cependant, plutôt qu’une nationalisation temporaire, l’idée d’une injection de liquidité eut peut-être été préférable. Si l’on peut féliciter Montebourg de ne pas s’être laissé emporter dans une escalade qui finirait par la nationalisation de tout le secteur sidérurgique en France, de nombreux ravins sont apparus. Montrer que l’on possède nucléaire pour ensuite négocier est utile. Insulter son interlocuteur pour l’exalter après non. Le Gouvernement a brandit la menace, soit. « Menacer c’est frapper » écrivit Machiavel. L’Etat se devrait d’envoyer des signaux cohérents aux investisseurs, or là ce sont des incertitudes juridiques qu’il propage en menaçant la violation du droit de propriété. Néanmoins tout n’est pas clair sur le fond de cette affaire. Mittal a-t-il accepté d’investir 180 millions d’euros dans Florange juste à cause de la menace ? Le Gouvernement a réussi en termes de communication à donner l’impression d’avoir négocié avec Mittal, mais qu’y a-t-il vraiment derrière tout ça ? Est-ce un forçage de main avec la menace d’expropriation ou bien le Gouvernement a-t-il promis des choses afin de sauver ces 630 emplois, tout en sachant que l’entrepreneur indien n’a jamais tenu ses promesses ?
Quel est pouvoir de l’Etat dans cette situation et est-il encore crédible ? Peut-il exproprier une firme multinationale pour sauver quelques centaines de salariés ? « Il n’y aura pas de plans sociaux, et ça » « c’est l’essentiel » déclara Ayrault. Le seul objectif était-il alors de sauver ces 630 salariés, une goutte d’eau par rapport aux 30 à 40 milles nouveaux chômeurs qui s’inscrivent tous les mois à Pôle Emploi ? Ce serait donc une fausse négociation, une pure illusion prolongeant d’un tour de manège l’espoir d’un avenir sidérurgique en Lorraine.
Et au-delà de ce dossier, c’est la ligne politique entière du Gouvernement qui est en jeu car il vient d’amalgamer deux questions distinctes qui sont pourtant au cœur du problème de l’industrie sidérurgique en France : protéger les emplois ou protéger les salariés ?
Caligula.

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Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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