Non à la perversion de la Laïcité !

     Au nom de la laïcité, ce grand, beau, noble et généreux principe, de nombreuses personnes déclarent la guerre aux religions. Pourtant, cette attitude n’est en rien conforme à la laïcité.

Quotidiennement, il arrive malheureusement d’entendre un grand nombre de choses fausses à propos des différentes religions et de leurs pratiquants. Plusieurs clichés plus stupides les uns que les autres sont sans cesse formulés et répétés, au point de devenir particulièrement lassants. Ainsi, si on les prenait au sérieux, on pourrait croire que « tous les musulmans sont des délinquants et des terroristes, tous les catholiques sont des ultraconservateurs, des réactionnaires et des monarchistes, tous les juifs sont riches et détiennent le pouvoir, tous les protestants sont d’odieux capitalistes liés à des sectes ». La liste est hélas bien longue, mais ces quelques exemples montrent, à mon avis, la triste tonalité générale de ce genre de propos peu intelligents.

Ceux qui prétendent que les religions représentent un danger pour la République, devraient sans doute repenser à ses grands principes. Ainsi, l’article 10 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen stipule : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».

Voici donc ce que signifie pour moi la laïcité française. C’est la neutralité de l’Etat à l’égard des religions et la garantie pour chacun de pouvoir librement croire et pratiquer sa religion hors de l’espace public. La laïcité n’a ainsi en aucun cas pour objectif d’annihiler les religions, mais doit au contraire les protéger en les mettant sur un pied d’égalité et en laissant chacun libre de ses choix.

Mais certains diront que la laïcité s’est construite contre le catholicisme, et ainsi que cette religion et la République sont incompatibles. Pourtant le cardinal Lavigerie et le pape Léon XIII ont réconcilié catholiques et républicains, respectivement lors du « toast d’Alger » en 1890, et grâce à l’encyclique Au milieu des sollicitudes en 1892.

On rétorquera qu’il faut songer à la loi de 1905. En effet, comment parler de laïcité sans la mentionner ? Mais au fait, comment se nomme-t-elle ? La séparation de l’Eglise et de l’Etat ? Non ! La séparation des Eglises et de l’Etat. Lisons son premier article : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes… ». Peut-on expliquer en quoi cette loi a pour objectif de combattre les religions ?

A ceux, qui souhaitent nous faire croire que les valeurs chrétiennes et républicaines sont inconciliables, je demande de bien vouloir se donner la peine d’essayer de trouver quelle différence il existe entre charité républicaine et charité chrétienne. Que cela leur plaise ou non, il est absolument indéniable que notre culture a des racines judéo-chrétiennes. Cela ne signifie pas que tous les Français sont tous chrétiens, ni qu’il ne faut pas accepter d’autres religions en France, mais simplement que des siècles de christianisme ont laissé de nombreuses traces dans notre culture nationale. Il existe de nombreux exemples, mais un seul très simple et très emblématique me semble convenir : quels sont nos jours fériés ? Qui n’a pas fêté Noël cette année en France ?

Certains détracteurs des religions affirment que ces dernières s’opposent à la démocratie ainsi qu’à toute forme de progrès. Certes, il est irréfutable que par le passé, l’Eglise catholique a entravé le développement des sciences et que certaines de ses pratiques étaient en totale contradiction avec la démocratie. Mais pourquoi attaquer, encore de nos jours, les catholiques à propos de l’inquisition ?

Reproche-t-on aux Français d’être de farouches opposants à la République parce que pendant la majeure partie de leur Histoire, ils ont vécu en monarchie ? Leur reproche-t-on actuellement de persécuter les protestants, puisqu’ils en ont massacré au XVIème siècle ? Les accuse-t-on aujourd’hui encore d’être antisémites en se référant à l’affaire Dreyfus et au régime de Vichy ?

On dira que les Français ont changé et qu’ils ne se sont pas tous comportés de la même manière. Je suis tout à fait d’accord, mais en est-il autrement pour les catholiques ? D’autres feront remarquer que certaines sombres pages de l’Histoire de France ici mentionnées sont plus imputables aux catholiques qu’aux Français en général, mais le pouvoir et la religion n’étaient-ils pas alors mêlés ? Le catholicisme n’était-il pas alors religion d’Etat ?

S’il y a longtemps, des croyants accusaient parfois ceux qui ne partageaient pas leur foi d’hérésie ou de démence, l’intolérance semble aujourd’hui s’être déplacée. Non seulement, les croyants ne sont pas toujours bien vus, mais certains vont même jusqu’à affirmer que croire est une faiblesse.

En démocratie, différent n’est pas synonyme de dangereux, ce type d’amalgame honteux caractérise plutôt les régimes totalitaires. Ces derniers imposent l’idéologie du parti unique au pouvoir et n’en tolèrent aucune autre. Les nazis ne persécutaient-ils pas certaines personnes en raison de leurs croyances ? Pour les communistes, la religion n’était-elle pas « l’opium du peuple » ?

Certains affirment que croire est irrationnel car il n’existe aucune preuve de l’existence de Dieu. Une question pertinente est alors elle aussi fréquemment posée en guise de réponse : l’athéisme est-il alors plus rationnel, sachant qu’il n’existe aucune preuve de l’inexistence de Dieu non plus ?

N’est-il pas paradoxal que dans une société libérale et individualiste, on témoigne si peu de respect aux choix des individus ? Ou alors essaie-t-on d’imposer une normalité ? Confond-on égalité et uniformisation ? Ne fait-on pas erreur en qualifiant de progrès toute nouveauté ? Les défuntes polices politiques des anciens régimes totalitaires n’auraient-elles pas rêvé de bases de données telles que celles des réseaux sociaux ? La gratuité semble avoir un prix. De même, la vidéosurveillance à outrance ne paraît-elle pas menaçante ? Ne fait-elle pas penser aux grands écrans noirs de Georges Orwell ?

La laïcité est l’un des piliers de notre République. Elle est un atout primordial pour chaque individu car elle protège les libertés de conscience et de culte. Pervertir de grands principes est néfaste, nuisible et dangereux. Ainsi, sur l’échafaud, Mme Rolland s’exclamait : « Ô liberté, que de crimes on commet en ton nom ! ». Que fait-on au nom de la laïcité ?

David Rémy

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Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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