Xinran

Xinran, ou le premier pas vers l’émancipation des Chinoises: La Chine, vaste ensemble géographique rassemblant un peuple complexe dans son organisation et sa pensée, opaques à nos yeux occidentaux et mal habitués à tant de contradictions et de population. La Chine, fourmilière innommable, méconnue et souvent mal-aimée.

Qui se préoccupe donc en Europe, plus globalement dans le « monde occidental », ou tout simplement quelque part dans ce bas-monde de la condition réservée à ses habitants, ou plus précisément à ses habitantes? Qui s’est un jour demandé ce que les femmes chinoises vivaient au jour le jour, qui pourrait même oser imaginer que leurs habitudes de vie et leur mode de pensée résonneraient à nos yeux comme étant des absurdités sans nom, des injustices indicibles, des douleurs sourdes et inaudibles?

Rien ne laisse supposer que la Chine, au-delà de sa croissance économique assez formidable, au-delà de son poids croissant dans le monde contemporain, demeure un pays en retard à bien des égards. Les droits de l’Homme y sont absents, les droits de la Femme ne sont même pas envisagés.

C’est à partir de cela que Xinran, journaliste qualifiée de dissidente en Chine, a basé toutes ses recherches et ses investigations.

Xinran débute cette aventure et décide de donner enfin la parole aux femmes chinoises en 1989 à Nankin, dans une émission radiophonique quotidienne, intitulée de manière subtile « Mots sur la brise nocturne ». Les intervenantes posent leurs questions, exposent leurs problèmes douloureux dans les quelques termes mis à leur disposition, et le plus souvent de manière cachée, s’accrochent à cette émission puisqu’elle est leur seul espoir, leur seule lueur dans le tunnel d’une vie bafouée et gâchée. L’émission de Xinran est bien vite censurée par le gouvernement chinois, et la jeune journaliste ne peut compter que sur elle-même pour faire parler ces femmes meurtries, allant de porte en porte, les incitant à se confesser sans craintes. Elle fuit plus tard la Chine pour ne jamais y revenir, et publie alors sa première œuvre en Angleterre, relevant plus d’une étude de terrain quasi-sociologique que d’un roman à proprement dit, Chinoises. Une œuvre bouleversante, émouvante, malgré la neutralité que s’impose la journaliste.

Et c’est ainsi que l’on apprend la condition de vie des fillettes, ces « baguettes chinoises » à qui l’on ne donne ni nom ni prénom, et qui restent simplement vouées à assouvir les besoins pervers de leur père, à travailler et à se taire. C’est ainsi que l’on apprend que l’amour et le désir féminin sont des péchés mortels, et qu’un simple baiser peut valoir une réputation et une honte ad vitam aeternam. C’est ainsi que l’on comprend l’étendue de l’ignorance des chinoises en matière de sexualité, d’amour, et de liberté.

L’œuvre dans son ensemble est poignante, criante de vérité ; les tabous volent en éclat, les principes et les mœurs sont remis en question, une nouvelle voie et une voix nouvelle sont offertes à ces femmes détruites par tant d’années de silence. Xinran porte dans son œuvre le désespoir et la honte, mais apporte dans le même temps l’espoir d’y mettre un terme un jour. Pour la première fois,  de nombreuses femmes chinoises sont regardées en face comme étant des êtres à part entière ; elles sont écoutées sans jugement ni pitié, elles dénoncent avec leurs propres mots et leurs maux salis leurs conditions de vie inhumaines et impensables à nos yeux.

Xinran conclue son œuvre en écrivant que malgré toutes les difficultés qu’elle a dû surmonter, la publication de son livre avait fait « pousser une plume dans son cœur » ; elle est aujourd’hui journaliste au Guardian et a publié deux autres livres sur le même thème :  Baguettes chinoises  et Messages de mères inconnues ; poursuivant sa quête de vérité et son combat pour la liberté de fait et de droit des femmes chinoises.

« Il ne m’a jamais touchée, mais un voisin l’a vu m’embrasser sur le front et a raconté à tout le monde que j’étais une femme perdue. […] Je ne comprends pas ce que j’ai fait de mal. Comment l’amour peut-il être immoral ou offenser la décence publique ? […] Personne ne se soucie de moi. Je n’ai pas de raison de continuer à vivre. Adieu Xinran. Je t’aime et te déteste. Une auditrice fidèle. Xiao Yu ».

Xinran, Chinoises, titre original : The Good Women of China, traduit de l’anglais par Marie-Odile Probst, Picquier Poche, 2005, 352 pages.

Lilas Bass.

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Auteur : lecheveusurlalangue

Journal de SciencesPo Grenoble (Isère, 38) et de ses étudiant.e.s

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